Des mélodies de Xam (chant traditionnel) résonnant au milieu de l’espace du lac Van (dans l’enceinte du complexe du Temple de la Littérature à Hanoï), aux airs de Quan ho (chants alternés) qui s’élèvent près d’une ancienne maison communale, en passant par la culture de l'ethnie Muong racontée dans le langage de la technologie et de la modernité… De plus en plus de jeunes deviennent eux-mêmes des passeurs d’histoires, des organisateurs et des acteurs de la transmission, contribuant à rapprocher les valeurs de la culture traditionnelle de leur propre génération.
Bui Binh An, responsable du projet « Vong Phach Kinh Ky » (Les rythmes de l’ancienne cité impériale), estime que la créativité ne prend véritablement son sens que lorsqu’elle repose sur le respect et la compréhension du patrimoine.
« Lorsque nous avons travaillé avec les artistes de Hat xam, ils nous ont transmis un principe essentiel : il faut préserver l’essence même du Xam, et non communiquer sur cette forme artistique d’une manière qui risquerait de l’appauvrir ou d’en donner une image erronée. Notre plus grand souhait, à travers ce projet, est de permettre aux jeunes de porter un regard très différent sur les anciens airs vietnamiens. Nous souhaitons qu’ils cherchent ensuite à les intégrer à leurs propres démarches artistiques, mais surtout à les renouveler, et non à les réinventer de toutes pièces. C’est ce à quoi nous sommes profondément attachés », explique Binh An.
Cette conviction et cette démarche ont véritablement trouvé un écho auprès du public. Pour de nombreux jeunes venus découvrir le projet « Vong Phach Kinh Ky », c’était également la première fois qu’ils assistaient directement à une représentation de Hat Xam, au lieu de ne connaître cette forme artistique qu’à travers les livres, la presse ou les réseaux sociaux.
Bui Thi Hue témoigne : « J’ai trouvé cela vraiment formidable. Cela m’a permis d’en apprendre davantage sur le Vietnam et, bien sûr, après cette journée, j’ai envie d’approfondir mes recherches et de découvrir également d’autres formes d’art du Vietnam. »
Les jeunes ne se contentent pas de renouveler les façons de transmettre les récits culturels, ils savent également tirer parti des possibilités offertes par les technologies numériques pour rapprocher le patrimoine du public. Qu’il s’agisse de créer des espaces d’expérience interactive, de recourir à la réalité virtuelle, de numériser des documents ou de faire connaître les airs populaires sur les réseaux sociaux, la technologie devient progressivement un « pont » permettant à la culture traditionnelle de sortir des espaces d’exposition pour prendre vie dans la société contemporaine.
C’est également l’approche choisie par le groupe d’étudiants à l’origine du projet « Su Thi Tan Dien » (une nouvelle approche de l’épopée) pour raconter la culture Muong. Plutôt que de se contenter de présenter des objets ou de proposer des spectacles selon les modes traditionnels, le groupe a recours à la réalité augmentée (RA) et à l’intelligence artificielle (IA) afin de créer des expériences visuelles et interactives, permettant aux visiteurs d’interagir, d’explorer et de découvrir la culture Muong de manière plus accessible et plus concrète. Selon Pham Thanh Thao, responsable du projet, la technologie ne remplace pas la culture traditionnelle, elle constitue un outil permettant de rapprocher le patrimoine des jeunes générations.
« Nous avons constaté que les jeunes d’aujourd’hui aiment beaucoup utiliser les technologies numériques ainsi que les plateformes de réseaux sociaux. Nous avons donc intégré la technologie à notre projet. Premièrement, il y a les tableaux en réalité augmentée : lorsqu’on scanne le code, l’image fixe se transforme en image animée. Deuxièmement, nous avons recours à l’IA pour permettre d’essayer des tenues Muong. Lorsque les visiteurs prennent une photo dans la cabine, ils peuvent immédiatement essayer virtuellement une tenue Muong à l’écran, puis imprimer la photo pour en garder un souvenir. Voilà les technologies que nous avons utilisées », ajoute Thanh Thao.
L’initiative des jeunes qui recourent aux technologies pour valoriser le patrimoine s’inscrit également dans l’orientation donnée au développement des infrastructures culturelles numériques au Vietnam. Le décret no 277/2026/NĐ-CP du gouvernement sur le développement des infrastructures culturelles numériques identifie la numérisation du patrimoine, la constitution de bases de données culturelles et le développement de plateformes numériques comme des mesures importantes pour préserver et valoriser les valeurs culturelles nationales à l’ère numérique. Dans ce contexte, les projets culturels menés directement par des étudiants et des jeunes apparaissent comme des exemples concrets de la rencontre entre technologie et patrimoine, contribuant à faire entrer la culture traditionnelle dans la vie contemporaine.
Selon Pham Van Trinh, membre du groupe « Xam 48h », relevant du Centre de promotion et de valorisation du patrimoine culturel immatériel du Vietnam, l’essentiel est que les jeunes comprennent correctement les valeurs fondamentales de la forme artistique traditionnelle qu’ils souhaitent faire connaître. « Ce qui me paraît le plus précieux, c’est de voir ces jeunes accueillir cet art avec respect, avec un véritable attachement à l’art traditionnel transmis par leurs ancêtres. Ils viennent à sa rencontre avec passion, mais aussi avec de réelles connaissances. À mes yeux, ils représentent les futures générations de public qui permettront de perpétuer les arts traditionnels, et pas seulement le Hat Xam. »
Si de nombreux artistes et détenteurs de traditions saluent le respect que les jeunes témoignent au patrimoine, pour Bich Du, artiste pratiquant le gong Muong, cet engagement se manifeste également dans la manière dont les jeunes investissent dans leurs projets et organisent leurs programmes avec professionnalisme. « J’ai été surpris. Cela crée une atmosphère très dynamique. L’organisation est assez soignée et l’événement a une certaine ampleur. Voir des étudiants organiser de telles activités n’est vraiment pas une chose simple. Il faut préparer les ressources humaines et matérielles, assurer le financement, répartir les tâches, puis se documenter sur la culture pour veiller à respecter son authenticité. »
La préservation du patrimoine n’est plus l’affaire exclusive des chercheurs ou des professionnels de la culture. Grâce à leur créativité, à leur capacité à maîtriser les technologies et à leur attachement à l’identité nationale, de plus en plus de jeunes contribuent à faire sortir le patrimoine des lieux où il est conservé pour lui donner une présence dans la vie contemporaine. Cette transmission entre générations constitue précisément le socle qui permettra aux valeurs de la culture traditionnelle non seulement d’être préservées, mais aussi de continuer à rayonner et à se développer à l’avenir.