Vietnam : l’intelligence artificielle redessine l’infrastructure numérique nationale

La compétition dans l’intelligence artificielle (IA) se déplace progressivement des algorithmes vers les infrastructures numériques. Centres de données, informatique en nuage et capacités de calcul déterminent désormais le potentiel de développement de l’IA, la compétitivité et l’autonomie technologique de chaque pays.

Des entreprises technologiques découvrent des solutions d’infrastructure numérique et de gestion des données lors du Data Center & Cloud Infrastructure Summit 2026.
Des entreprises technologiques découvrent des solutions d’infrastructure numérique et de gestion des données lors du Data Center & Cloud Infrastructure Summit 2026.

La compétition dans l’intelligence artificielle (IA) se déplace progressivement des algorithmes vers les infrastructures numériques.

Centres de données, informatique en nuage et capacités de calcul déterminent désormais le potentiel de développement de l’IA, la compétitivité et l’autonomie technologique de chaque pays.

Alors que le Vietnam met en œuvre la Résolution No 57-NQ/TW, investir dans les infrastructures numériques devient indispensable au développement des technologies stratégiques et à la création de nouveaux moteurs de croissance.

Les centres de données face aux nouvelles exigences de l’IA

La course mondiale à l’IA entre dans une nouvelle phase. Autrefois principalement déterminé par les algorithmes ou les grands modèles de langage, l’avantage concurrentiel dépend désormais de plus en plus des infrastructures numériques.

Les centres de données, l’informatique en nuage, les systèmes de calcul, les données et l’énergie ne constituent plus la face cachée de la transformation numérique : ils sont devenus le socle nécessaire au déploiement de l’IA à grande échelle.

Selon Nguyen Dinh Tuan, chef du service des techniques opérationnelles de Viettel IDC, le secteur vietnamien des centres de données entre dans une période de forte croissance. Ces infrastructures ne servent plus uniquement au stockage : elles doivent désormais prendre en charge des modèles d’IA exigeant une puissance de calcul et une capacité d’extension toujours plus importantes.

Le Ba Tan, directeur général de Viettel IDC, estime pour sa part que l’IA repose aujourd’hui sur une chaîne d’infrastructures interconnectées. Puissance de calcul, centres de données, informatique en nuage, réseaux, données, alimentation électrique et systèmes de refroidissement constituent autant de maillons déterminants pour son fonctionnement et son passage à l’échelle. Les infrastructures requises par l’IA atteignent des dimensions sans commune mesure avec celles des générations technologiques précédentes.

Le monde compte actuellement quelque 11 000 centres de données. Bien que les installations consacrées à l’IA représentent moins de 1 % de ce total, elles absorbent déjà 25 % de l’électricité consommée par l’ensemble du secteur.

Alors qu’un centre de données traditionnel fonctionne généralement avec une puissance de 20 à 30 kW par baie de serveurs, les systèmes destinés à l’IA peuvent nécessiter de 100 à 200 kW par baie.

Cette évolution impose de nouvelles exigences à l’infrastructure numérique, qu’il s’agisse de la conception, de l’alimentation électrique, du refroidissement ou de l’architecture opérationnelle.

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les centres de données du monde entier ont consommé environ 415 TWh d’électricité en 2024. Ce volume pourrait presque doubler d’ici à 2030. À lui seul, le refroidissement représente environ 40 % de leur consommation électrique totale.

Pour répondre à ces contraintes, les centres de données de nouvelle génération privilégient l’amélioration de l’efficacité énergétique, mesurée par l’indicateur PUE, le recours au refroidissement liquide et l’augmentation de la part des énergies renouvelables, afin de réduire leurs coûts de fonctionnement et leurs émissions de carbone.

Ces mutations ouvrent également un nouveau cycle de croissance pour le marché des centres de données. D’après les chiffres présentés au Data Center & Cloud Infrastructure Summit (DCCI Summit) 2026, le marché mondial devrait dépasser 627 milliards de dollars en 2030, dont environ 174 milliards pour la région Asie-Pacifique.

Bien que son marché soit encore de taille modeste, le Vietnam figure parmi les pays affichant la croissance la plus rapide, avec un taux estimé à 14,2 %, proche de la moyenne de l’Asie du Sud-Est.

La capacité en matière d’IA repose sur l’infrastructure numérique

Auparavant considérée essentiellement comme un outil au service de la transformation numérique, l’infrastructure numérique devient, à l’ère de l’IA, un facteur déterminant de la compétitivité des nations.

La compétition technologique mondiale ne porte plus seulement sur la mise au point de modèles d’IA avancés. Elle dépend de plus en plus de la capacité à bâtir un écosystème cohérent, associant centres de données, informatique en nuage, puissance de calcul, données et réseaux à haut débit.

Cette tendance place le Vietnam face à de nouvelles exigences. La Résolution no 57-NQ/TW prévoit le développement d’infrastructures numériques modernes, érige les données en nouvelle ressource et donne la priorité aux technologies stratégiques telles que l’IA, les mégadonnées, l’informatique en nuage et les semi-conducteurs.

Ces orientations sont essentielles pour accélérer la transformation numérique, tout en renforçant durablement l’autonomie technologique et la compétitivité nationale.

Parallèlement à l’essor des centres de données, l’informatique en nuage passe d’un rôle de soutien à celui d’infrastructure stratégique. Lorsque l’IA est déployée à grande échelle, les entreprises ne s’intéressent plus seulement à l’élasticité des ressources. Elles accordent davantage d’attention à la gouvernance des données, à la cybersécurité, au respect de la législation et à l’optimisation des coûts d’exploitation.

L’IA transforme ainsi leur approche de l’investissement. Au lieu de financer séparément chaque composante, de nombreuses entreprises privilégient désormais une architecture intégrée associant centres de données, informatique en nuage, données et sécurité, afin de répondre aux exigences d’un déploiement massif de l’IA.

Le Vietnam occupe actuellement le 45ᵉ rang mondial de l’indice de préparation à l’intelligence artificielle. Malgré un certain retard sur plusieurs pays de la région, il se classe au sixième rang mondial pour la confiance envers l’IA et son acceptation, selon le WIN World AI Index 2025.

Pour Shashidharan Jagadiswaran, haut responsable du conseil technologique chez EY Vietnam, l’avantage du pays ne réside pas dans la taille de son marché, mais dans sa disposition à adopter les technologies et dans son cadre politique.

Le principal défi consiste toutefois à transformer cette disposition favorable en capacité concrète de déploiement. Les entreprises doivent pour cela investir de manière coordonnée dans les centres de données, l’informatique en nuage, la puissance de calcul et les données, afin de garantir une IA efficace, sûre et évolutive.

Au Vietnam, l’investissement dans les infrastructures devra s’accompagner du perfectionnement de la loi sur les données, de la loi sur l’industrie des technologies numériques et des politiques de développement des infrastructures numériques. Ces mesures favoriseront l’émergence d’un écosystème moderne de l’IA reliant les données, les capacités de calcul et les entreprises technologiques.

À l’ère de l’IA, la compétitivité d’un pays dépend de plus en plus de sa capacité à maîtriser les données, à développer ses infrastructures numériques et à transformer les technologies en capacités opérationnelles efficaces et durables.

C’est à cette condition que l’IA pourra pleinement jouer son rôle de moteur de productivité et de croissance, tout en renforçant l’autonomie technologique nationale.

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