Renforcer la compétitivité du secteur logistique grâce à l’intelligence artificielle

Les objectifs stratégiques fixés pour le développement du secteur logistique vietnamien, ainsi que les exigences du marché, poussent les entreprises à renforcer leur compétitivité en s’appuyant sur les technologies d’intelligence artificielle (IA).

À l’échelle mondiale, les grandes entreprises logistiques sont passées d’une IA prédictive à une IA capable de prendre des décisions de manière autonome. Photo : VOV
À l’échelle mondiale, les grandes entreprises logistiques sont passées d’une IA prédictive à une IA capable de prendre des décisions de manière autonome. Photo : VOV

Selon la Stratégie de développement des services logistiques du Vietnam pour la période 2025-2035, avec une vision à l’horizon 2050, approuvée par le gouvernement, le secteur vise une croissance annuelle moyenne comprise entre 12 % et 15 %, tandis que 80 % des entreprises logistiques vietnamiennes devraient adopter des solutions de transformation numérique.

D’après le professeur associé Nguyen Binh Minh, directeur de l’Institut de technologie et d’économie numérique de l’Université des sciences et technologies de Hanoï, la proportion des chaînes d’approvisionnement utilisant l’intelligence artificielle est passée de 28 % à 82 % au cours des cinq dernières années. Par ailleurs, 71 % des responsables de chaînes logistiques estiment que l’IA a permis de réduire les perturbations tout au long de la chaîne d’approvisionnement grâce à l’automatisation de nombreuses opérations auparavant réalisées manuellement.

« L’IA peut nous aider à analyser les documents, signaler les anomalies, coordonner les opérations entre entreprises ou encore optimiser la gestion des créances. La logistique moderne est avant tout une question de gestion des données et des risques. L’IA permet de vérifier la cohérence des informations, de détecter les exceptions, de proposer des solutions et d’expliquer les décisions prises », souligne Nguyen Binh Minh.

L’évolution des technologies appliquées à la logistique révèle trois grandes étapes : l’exploitation manuelle fondée sur les documents papier, la numérisation et l’intégration des systèmes, puis l’ère du « AI-first », dans laquelle l’intelligence artificielle devient le moteur central de l’ensemble du réseau logistique.

Pour Nguyen Anh Dung, chef de projet technologique chez J&T Express Vietnam, l’IA est désormais incontournable :

« Pendant de nombreuses années, nous avons fonctionné sur la base de l’expérience et de procédures manuelles. Mais à mesure que le marché s’est développé, ces méthodes ont atteint leurs limites. Nous avons compris que l’intelligence artificielle n’était plus une option, mais une nécessité pour rester compétitifs. Aujourd’hui, nous passons progressivement d’une IA d’assistance à une IA prédictive, et dans les deux ou trois prochaines années, l’IA pourrait être capable de prendre certaines décisions de manière autonome. »

À l’échelle mondiale, plusieurs grands groupes ont déjà franchi cette étape. Amazon exploite plus de 750 000 robots dans ses entrepôts intelligents, réduisant le temps de traitement des commandes de 60 à 75 minutes à seulement 15 minutes. De son côté, UPS utilise le système ORION, basé sur l’IA, pour optimiser les itinéraires de livraison, ce qui lui permet d’économiser chaque année plus de 160 millions de kilomètres parcourus et 38 millions de litres de carburant.

Au Vietnam, toutefois, moins de 2 % des entreprises ont atteint un niveau d’utilisation avancé de l’IA. Le principal obstacle reste l’investissement nécessaire, tant pour la mise en place initiale de systèmes logistiques intelligents que pour leur modernisation continue afin de suivre l’évolution rapide des technologies.

Face à l’essor de l’intelligence artificielle, les experts recommandent aux entreprises d’agir sans attendre, tout en adoptant une stratégie progressive afin d’éviter les investissements dispersés.

Selon Nguyen Tien Dong, directeur technique de l’IA au sein du groupe CMC, les projets doivent être évalués selon deux critères principaux : leur valeur ajoutée et leur faisabilité.

« La valeur ajoutée concerne notamment la réduction des coûts, la sécurité des opérations et l’amélioration de la qualité des services. Quant à la faisabilité, elle dépend de la disponibilité des données, des compétences du personnel, de la culture d’entreprise vis-à-vis de l’innovation et du niveau de maturité des infrastructures technologiques existantes », explique-t-il.

Une telle analyse permet d’identifier les domaines dans lesquels les investissements produiront rapidement des résultats concrets.

Les spécialistes soulignent que l’intelligence artificielle ne remplacera pas l’être humain. En revanche, les entreprises capables d’exploiter efficacement l’IA pourraient prendre l’avantage sur celles qui tardent à se moderniser.

Les orientations stratégiques du Parti et de l’État fixent pour objectif qu’à l’horizon 2035, l’ensemble des entreprises logistiques vietnamiennes aient adopté la transformation numérique, afin de ramener le coût de la logistique à 10-12 % du PIB.

Cet objectif est ambitieux mais réalisable, à condition que les entreprises surmontent leurs réticences et s’engagent dès aujourd’hui dans l’adoption de l’intelligence artificielle. Les experts estiment qu’il est préférable de commencer par mettre en œuvre des applications concrètes avant de perfectionner progressivement les systèmes, car plus l’adoption sera tardive, plus l’adaptation aux futures avancées de l’IA sera difficile.

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