L’intelligence artificielle dans la logistique : d’une « tendance » à une nécessité urgente de transformation

L’intelligence artificielle (IA) transforme progressivement le paysage du secteur logistique au Vietnam, qu’il s’agisse de l’optimisation du transport, de la gestion des entrepôts ou encore de la prévision des risques dans les chaînes d’approvisionnement.

La chaîne de solutions d’automatisation intégrée de Viettel pour le secteur de la logistique. (Photo : Minh Ngoc)
La chaîne de solutions d’automatisation intégrée de Viettel pour le secteur de la logistique. (Photo : Minh Ngoc)

L’intelligence artificielle (IA) transforme progressivement le paysage du secteur logistique au Vietnam, qu’il s’agisse de l’optimisation du transport, de la gestion des entrepôts ou encore de la prévision des risques dans les chaînes d’approvisionnement. Toutefois, la majorité des entreprises vietnamiennes de logistique n’en sont encore qu’au stade de la numérisation de base, en particulier les petites et moyennes entreprises.

L’IA désormais présente dans tous les maillons de la logistique

Selon les experts, l’IA intervient aujourd’hui dans presque toute la chaîne logistique : optimisation des itinéraires de livraison, prévision de la demande, gestion des stocks, traitement des documents d’import-export, automatisation des entrepôts et analyse des données en temps réel.

Le professeur associé Nguyen Thanh Chuong, président de l’Association vietnamienne pour le développement des ressources humaines en logistique (VALOMA), estime que les technologies redéfinissent l’ensemble des chaînes d’approvisionnement mondiales, faisant passer la logistique du rôle de simple « soutien » à celui de secteur stratégique de l’économie numérique et du commerce moderne.

« L’IA ne remplacera pas les humains dans la logistique, mais les entreprises qui sauront utiliser efficacement l’IA remplaceront celles qui tardent à innover », a-t-il souligné.

Du point de vue des entreprises, Ngo Ngoc Ha, représentant commercial régional Asie-Pacifique de Samsung SDS, affirme que l’IA est devenue indispensable dans les opérations logistiques du groupe. L’entreprise applique aujourd’hui plusieurs couches technologiques, allant de l’automatisation des tâches répétitives et de la mise à jour en temps réel des stocks et des commandes à l’analyse prédictive des risques dans la chaîne d’approvisionnement.

« Nous intégrons profondément l’IA et l’automatisation dans nos opérations quotidiennes afin d’anticiper les risques, optimiser les processus et améliorer l’efficacité des prises de décision », explique-t-il.

Au Vietnam, certaines entreprises logistiques commencent également à utiliser l’IA pour la gestion des entrepôts, les alertes automatiques de risques opérationnels et le traitement documentaire.

Nguyen Anh Dung, représentant d’une entreprise spécialisée dans la livraison, souligne que la logistique ne concerne plus seulement les flux de marchandises, mais aussi les « flux de données », devenus essentiels.

« Autrefois, les entreprises fonctionnaient principalement grâce à l’expérience et à des procédures manuelles. Aujourd’hui, avec l’expansion du marché, l’IA permet des décisions plus rapides, plus optimisées et réduit les erreurs », affirme-t-il.

L’intelligence artificielle est devenue une composante indispensable des opérations logistiques des entreprises. (Photo : Do Bao)
L’intelligence artificielle est devenue une composante indispensable des opérations logistiques des entreprises. (Photo : Do Bao)

Un écart entre potentiel et réalité

Malgré les nombreuses opportunités offertes par l’IA, la mise en œuvre concrète au Vietnam reste marquée par un important décalage entre ambitions et capacités réelles.

Lors du Forum technologique Logistique 2026 (VALOMA LogTech Forum 2026), organisé le 9 mai à Hanoï, experts, entreprises et responsables ont reconnu une réalité : l’IA redéfinit la logistique vietnamienne, mais la transformation demeure confrontée à de nombreux obstacles.

Pham Thi Lan Huong, secrétaire générale et vice-présidente de l’Association logistique de Hanoï, ainsi que responsable logistique de l’Association vietnamienne des entreprises de services logistiques, estime que la logistique reste l’un des secteurs les moins avancés dans l’application de l’IA.

Selon elle, la gestion des flux physiques de marchandises a longtemps limité la pression en faveur d’une transformation numérique profonde, contrairement aux secteurs bancaire ou financier.

« Il existe une forte disparité technologique entre les entreprises. Les grands groupes et les sociétés à capitaux étrangers disposent généralement de meilleures infrastructures et de plus importantes capacités d’investissement. En revanche, les PME domestiques, majoritaires, accusent un retard important », précise-t-elle.

D’après elle, seules quelques entreprises ont réellement intégré l’IA à un niveau avancé.

L’un des principaux obstacles réside dans la gestion des données. Nguyen Tien Dong, directeur technique IA du groupe CMC Corporation, estime que de nombreuses entreprises ont certes engagé une numérisation partielle, mais leurs données restent fragmentées et peu connectées entre les différents services.

« Les entreprises fonctionnent encore selon un modèle linéaire et réagissent lentement aux évolutions du marché. Or, l’IA ne peut être efficace que si les données sont standardisées, fiables et intégrées dans un écosystème cohérent », explique-t-il.

Le Forum des technologies logistiques 2026 (VALOMA LogTech Forum 2026). (Photo : Do Bao)
Le Forum des technologies logistiques 2026 (VALOMA LogTech Forum 2026). (Photo : Do Bao)

Selon lui, les entreprises ne peuvent pas « brûler les étapes » en investissant massivement dans l’IA alors que leurs données restent dispersées ou que leurs processus ne sont pas encore normalisés.

« L’IA n’est pas une solution miracle. Si les données ne sont ni propres ni fiables, les résultats obtenus ne créeront aucune valeur », insiste-t-il.

Les experts estiment que les entreprises logistiques vietnamiennes ne doivent pas nécessairement investir immédiatement dans des systèmes d’IA à grande échelle. Elles devraient commencer par des applications concrètes et ciblées, comme l’optimisation des itinéraires, le traitement des documents, la gestion des stocks ou la prévision de la demande.

Le plus important reste la construction d’une base de données fiable, la formation des compétences numériques des ressources humaines et l’émergence d’une nouvelle culture de gestion.

Dans un contexte de concurrence mondiale toujours plus intense, l’IA n’est plus un sujet d’avenir. Pour la logistique vietnamienne, elle constitue désormais un enjeu immédiat, où la vitesse d’adaptation déterminera la compétitivité des entreprises et, plus largement, celle de l’économie nationale.

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