La communauté des entreprises salue cette résolution, considérée comme un « tremplin » vers une croissance accélérée, avec l’objectif d’atteindre deux millions d’entreprises en activité d’ici 2030.
Toutefois, le principal défi ne réside pas dans le nombre de nouvelles immatriculations, mais dans la capacité des entreprises à survivre et à se développer durablement.
Améliorer l’environnement des affaires
La Résolution no 68 a marqué une évolution importante des mentalités quant au rôle de l’économie privée. Au-delà du changement de perception, les autorités centrales et locales ont engagé des actions concrètes pour améliorer l’environnement des affaires, réduire les procédures administratives, les coûts de conformité et les conditions d’activité.
Depuis un an, le gouvernement s’attache à concrétiser cette orientation en proposant de nouvelles lois à l’Assemblée nationale et en élaborant plusieurs textes juridiques visant à faire évoluer la gestion publique du contrôle préalable vers le contrôle a posteriori afin de libérer les ressources.
Des difficultés subsistent toutefois. Le cas du Décret No 46/2026/ND-CP sur la sécurité alimentaire illustre le décalage entre l’esprit de réforme affiché au niveau macroéconomique et certaines pratiques de conception des politiques sectorielles.
Après l'entrée en vigueur du décret, des entreprises du secteur alimentaire ont dénoncé une hausse des procédures de déclaration, de contrôle et des exigences de production, allongeant les délais de mise sur le marché et augmentant les coûts. Certaines ont même dû suspendre le lancement de nouveaux produits. La décision ultérieure de suspendre l’application du décret montre que ce texte n’était pas en phase avec l’esprit de réforme de la Résolution No 68.
Cette situation révèle qu’une partie de l’administration reste attachée à une logique de contrôle en amont et qu’il manque encore des mécanismes garantissant la cohérence du système juridique. D’où la nécessité de renforcer la qualité des textes dès leur élaboration, ainsi que les mécanismes de consultation et de discipline institutionnelle.
Accroître à la fois la quantité et la qualité
La Résolution no 68 fixe deux objectifs pour 2030 : atteindre deux millions d’entreprises en activité et compter au moins vingt grands groupes intégrés aux chaînes de valeur mondiales. Ces deux ambitions, de nature différente, exigent donc des approches distinctes.
Concernant l’objectif des deux millions d’entreprises, le taux d’entrée et de sortie du marché reste élevé. La plupart sont de petites et moyennes entreprises, de faible taille et à la résilience limitée. Se concentrer uniquement sur le nombre risquerait ainsi d’aboutir à une croissance quantitative sans renforcement réel des capacités.
La priorité doit donc être de créer des conditions favorables à la survie et à la croissance des entreprises : meilleur accès au financement et au foncier, environnement des affaires stable et prévisible, soutien aux chaînes de valeur, connexions aux marchés et amélioration de la compétitivité. La transformation des foyers économiques individuels en entreprises constitue également un levier important, à condition de réduire les coûts de conformité et d’offrir des avantages concrets.
Quant à l’objectif de vingt grandes entreprises intégrées aux chaînes de valeur mondiales, il suppose une approche sélective plutôt qu’un soutien dispersé. Il convient d’identifier des entreprises à fort potentiel et de concentrer les ressources pour les faire grandir, notamment en levant les obstacles liés au capital de long terme, au foncier et à l’investissement technologique.
Plus important encore, les politiques doivent évoluer d’un soutien à la production vers un soutien à la capacité des entreprises à occuper des segments à forte valeur ajoutée, comme la conception, le développement de marques ou les réseaux d’approvisionnement.
Enfin, le développement de grandes entreprises doit s’appuyer sur un écosystème de sous-traitants nationaux afin de construire des chaînes de valeur durables, avec des mécanismes préférentiels et une évaluation fondée sur des résultats concrets.
Les deux objectifs sont complémentaires : deux millions d’entreprises constituent la base du développement, tandis que les grands groupes jouent un rôle moteur. L’enjeu central reste donc de concevoir des politiques adaptées à chaque catégorie d’entreprises afin d’atteindre simultanément ces deux ambitions.