Dans ce contexte, le projet pilote de base de données centralisée lancé par le ministère de l’Industrie et du Commerce devrait contribuer à instaurer un environnement du commerce électronique plus transparent, sûr et durable.
Des données dispersées à une gouvernance numérique
En 2025, le marché vietnamien du commerce électronique a atteint environ 31 milliards de dollars, soit plus du double de son niveau de 2020. Il représentait environ 10 % du total des ventes au détail de biens et des recettes des services destinés aux consommateurs, et près des deux tiers de l’économie numérique nationale.
L’essor du commerce électronique offre aux entreprises de nouvelles possibilités d’élargir leurs marchés et aux consommateurs d’accéder plus facilement aux produits. Il s’accompagne toutefois de défis de plus en plus complexes. Contrefaçons, produits sans origine claire, fraude commerciale, escroqueries sur les plateformes numériques et atteintes aux données personnelles sont en hausse, avec des méthodes toujours plus sophistiquées.
Dans la pratique, la gestion se heurte à d’importantes difficultés, les données relatives aux vendeurs, aux transactions, à la fiscalité, aux douanes ou aux signalements d’infractions étant dispersées entre plusieurs systèmes. Pour vérifier un opérateur économique ou traiter une affaire, les autorités doivent coordonner leurs efforts avec plusieurs organismes et consacrer du temps au recoupement des informations. Parallèlement, les contrevenants peuvent rapidement changer de compte ou d’adresse commerciale, voire effacer les traces de leurs transactions.
Selon le ministère de l’Industrie et du Commerce, la phase pilote de la base de données centralisée sur le commerce électronique devrait être achevée d’ici fin septembre 2026. L’objectif n’est pas de créer un nouveau réservoir de données, mais de relier et d’exploiter efficacement les données déjà disponibles auprès des différents ministères et secteurs, notamment les données démographiques, fiscales et douanières, les informations sur les vendeurs, les plateformes de commerce électronique, les transactions et les signalements d’infractions.
Hoang Ninh, chef adjoint du Département du commerce électronique et de l’économie numérique du ministère de l’Industrie et du Commerce, estime que les données ne prennent toute leur valeur que lorsqu’elles sont interconnectées et exploitées efficacement. Une fois les sources de données interconnectées, les autorités pourront rapidement vérifier les informations sur les vendeurs, contrôler leurs obligations fiscales, recouper l’origine des produits et consulter l’historique des infractions pour les opérations d’inspection et de contrôle.
Surtout, au lieu d’intervenir uniquement après la commission d’une infraction, les autorités pourront détecter plus tôt des anomalies : comptes faisant l’objet de nombreux signalements en peu de temps, chiffre d’affaires en forte hausse ou doutes sur l’origine des produits. Elles pourront ainsi mener des contrôles de manière proactive et prévenir les infractions dès leur apparition.
La pratique de la surveillance du marché montre l’urgence croissante d’une meilleure gestion des données du commerce électronique. Au cours des sept premiers mois de 2026, les forces de surveillance du marché de Hanoï ont contrôlé 3 270 affaires et traité 3 255 infractions, celles commises dans l’environnement du commerce électronique poursuivant leur progression.
Renforcer la confiance dans l’environnement numérique
Si les données constituent le socle d’une gestion moderne, la confiance des consommateurs est la condition d’un développement durable du commerce électronique.
Selon Phan The Thang, chef adjoint du Département de la protection des consommateurs de la Commission nationale de la concurrence, de nombreux consommateurs ont récemment reçu, juste après avoir passé une commande en ligne, des appels de personnes se faisant passer pour des sociétés de livraison. Plus préoccupant encore, ces escrocs disposent d’informations assez précises sur les commandes, leur montant et les délais de livraison pour gagner la confiance des victimes avant de passer à l’acte. Cette situation montre que le risque ne tient pas seulement à la divulgation de données personnelles, mais aussi aux fuites de données transactionnelles tout au long de la chaîne d’approvisionnement.
Pour répondre aux nouveaux risques liés à l’économie numérique, la Loi de 2023 sur la protection des droits des consommateurs a renforcé les dispositions relatives aux droits des consommateurs concernant leurs données personnelles, aux responsabilités des organisations et des particuliers dans le traitement des informations et au partage des données avec des tiers. Elle précise également davantage les responsabilités des entreprises opérant sur les plateformes numériques, les transactions à distance et les contrats types, ainsi que celles relatives au rappel des produits défectueux et le rôle des organisations sociales dans la protection des consommateurs.
Selon Vu Hoai An, chef adjoint du Bureau de l’Association vietnamienne de protection des consommateurs, l’essor du commerce électronique expose les consommateurs à de nouveaux risques, notamment les escroqueries en ligne, la publicité mensongère, le recours à des influenceurs pour des pratiques commerciales peu transparentes et les atteintes aux données personnelles.
Cette tendance est également signalée ces dernières années par plusieurs organisations internationales, dont l’OCDE, la CNUCED et Consumers International. La protection moderne des consommateurs ne consiste plus seulement à régler les litiges une fois qu’ils surviennent. Elle évolue vers la prévention des risques, la protection des données personnelles, une plus grande transparence des plateformes numériques et un renforcement de la responsabilité des entreprises tout au long du processus de fourniture de services.
Dans ce contexte, l’interconnexion des données entre les autorités et la mise en œuvre cohérente de la Loi sur la protection des droits des consommateurs constitueront deux niveaux de protection complémentaires. D’une part, l’interconnexion des données permettra aux autorités de détecter plus tôt les signes de fraude et de réduire les délais de vérification et de traitement des infractions. D’autre part, le nouveau cadre juridique renforcera la responsabilité des entreprises en matière de gouvernance des données, de transparence de l’information et de protection des droits des clients.