Dans le contexte du vieillissement démographique mondial, la « Silver économie », liée aux besoins et services destinés aux personnes âgées, s’impose comme un secteur à fort potentiel dans de nombreux pays. Dans ce cadre, les maisons de retraite apparaissent comme un modèle important, répondant aux besoins de prise en charge globale tout en ouvrant de nouvelles perspectives de développement socio-économique.
Le Vietnam entre dans une phase de vieillissement démographique à un rythme rapide. En 2024, le pays comptait 14,2 millions de personnes âgées, chiffre qui devrait atteindre 28 millions d’ici 2050. À partir de 2036, les personnes de 65 ans et plus représenteraient 14 % de la population. Cette évolution crée à la fois des opportunités pour la « Silver économie » et des pressions croissantes sur le système de sécurité sociale.
Dans un contexte de transformation du modèle familial traditionnel, sous l’effet de l’urbanisation et de l’industrialisation, la capacité des familles à prendre en charge les personnes âgées devient plus limitée. Par conséquent, le développement de structures de soins professionnalisées et centralisées, telles que les maisons de retraite, devient de plus en plus nécessaire.
Selon plusieurs experts, le Vietnam dispose de conditions favorables pour développer ce modèle. La demande sociale croît rapidement avec l’augmentation du nombre de personnes âgées, tandis que le pays bénéficie d’une main-d’œuvre jeune et abondante, pouvant être formée pour répondre aux besoins du secteur. Avec des politiques appropriées, cette ressource pourrait constituer un pilier important du système.
La prise en charge des personnes âgées bénéficie toujours d’une attention particulière du Parti et de l’État. La Résolution n°72-NQ/TW du Bureau politique souligne la nécessité de développer les établissements de soins pour les personnes âgées, de perfectionner le système de rééducation fonctionnelle et de renforcer la coordination entre les établissements de santé et les structures d’accueil.
Cependant, le développement des maisons de retraite se heurte à plusieurs difficultés. Les coûts d’investissement et de fonctionnement sont élevés, notamment pour les infrastructures, les équipements médicaux et le personnel qualifié, tandis que la capacité de paiement de la majorité des personnes âgées reste limitée. En pratique, les coûts dans de nombreux établissements privés varient entre 10 et 18 millions de dongs par mois, bien au-dessus du niveau moyen des pensions.
Le manque de ressources humaines qualifiées constitue également un défi majeur, en particulier pour les infirmiers et le personnel médical. Par ailleurs, les facteurs socioculturels freinent le développement du modèle, la tradition privilégiant la prise en charge familiale. Le manque d’information et les préoccupations concernant la qualité des services renforcent encore cette réticence.
Actuellement, le pays compte un peu plus de 400 établissements de prise en charge des personnes âgées, dont près de la moitié sont publics ou caritatifs, principalement concentrés dans les grandes villes. Les structures publiques et caritatives disposent de ressources limitées, tandis que le secteur privé propose des services diversifiés mais à des coûts élevés.
Selon la mastère Nguyen Trang Nhung de l’Académie des Finances, le développement efficace des maisons de retraite nécessite une approche globale et à long terme. Il convient d’améliorer la qualité des services, de garantir une prise en charge complète, de renforcer les liens avec les hôpitaux et d’intégrer progressivement les technologies modernes dans la gestion et les soins.
Dans un contexte de vieillissement rapide et irréversible, les maisons de retraite deviennent un levier important de la « Silver économie ». En s’appuyant sur les expériences internationales, notamment celles du Japon et de la Chine, le Vietnam peut développer un système moderne, humain et durable, contribuant à améliorer la qualité de vie des personnes âgées et à ouvrir de nouvelles perspectives de développement socio-économique.