Là, chaque son, chaque trait de crayon et chaque mouvement n'est pas seulement une expression créative, mais un pont pour écouter, comprendre et s'intégrer.
Des points de laine brodés d'espoir
Au cœur du vieux quartier de Hanoï se trouve un petit espace nommé « Len Art ». Depuis dix ans, l'artiste-artisane Nguyên Thi Hông Vân y guide discrètement des enfants autistes, sourds ou souffrant de retards de développement. Avec patience, ils brodent chaque fil de laine, ravivant ainsi leur foi en la vie.
Née en 1979, son enfance a été marquée par l'image de sa mère tricotant des pulls et des écharpes. Sa passion pour les pelotes de laine aux couleurs vives n'a cessé de croître. Après avoir été diplômée de la faculté de graphisme de l'Université des Arts industriels en 2002, elle a décidé de se consacrer à la création de tableaux brodés en laine.
Le tournant survient lorsqu'elle accepte de travailler pour une organisation internationale soutenant les moyens de subsistance des communautés vulnérables. À travers ses rencontres avec des personnes handicapées, elle réalise peu à peu que l'art possède le pouvoir d'ouvrir des voies de communication plus confiantes avec la société. C'est ce qui l'a poussée à fonder Len Art en 2016, offrant aux personnes handicapées l'opportunité d'apprendre gratuitement le métier de la broderie de laine et de générer des revenus de leurs propres mains.
Nguyên Thi Hông Vân confie qu'aux débuts de l'atelier, elle devait contacter de nombreux intermédiaires et se rendre au domicile de chaque élève pour convaincre les familles. La plupart des jeunes étaient timides, craignaient les interactions et manquaient d'estime de soi. De nombreux parents n'avaient jamais imaginé que leurs enfants pourraient sortir du cocon familial ; instaurer un climat de confiance avec eux fut donc un véritable défi.
De plus, broder avec des fils de laine épais, au grain si particulier, exige une minutie extrême. Un simple décalage de l'aiguille laisse apparaître le tissu ; une broderie trop serrée fait gondoler le tableau, tandis qu'une broderie trop lâche donne un aspect informe. Si former une personne valide est déjà difficile, la tâche est bien plus complexe avec ces élèves « spéciaux ».
Pourtant, pas à pas, elle leur enseigne les bases : tenir l'aiguille, l'enfiler, se familiariser avec les formes géométriques simples avant de réaliser les premiers points. Certains mettent plusieurs semaines, voire des mois, pour apprendre à manier l'aiguille, mais chaque progrès, aussi infime soit-il, est un signe positif qui réduit la distance vers l'inclusion sociale. Plusieurs jeunes, arrivés avec des comportements brusques ou des difficultés d'élocution, sont devenus plus calmes, plus concentrés et plus confiants. Certains, incapables de rester immobiles cinq minutes, peuvent désormais travailler avec application pendant plusieurs heures.
Mai Lan Anh, mère de la petite Anh Thu, atteinte d'autisme, témoigne : bien qu'elle n'ait rejoint l'atelier qu'en novembre 2025, sa fille a déjà connu des changements très positifs. Elle se concentre mieux, son état psychologique est plus stable, elle retrouve un cycle de sommeil normal et ses crises de colère ont diminué. Grâce à Len Art, plus de 30 personnes handicapées ont bénéficié d'une formation gratuite pour entrevoir un avenir plus lumineux.
Un point d'appui pour des parcours exceptionnels
Si Len Art mise sur l'aiguille et le fil de laine pour libérer les émotions, la Fédération du Cirque du Vietnam a choisi une autre approche : le langage du corps, pour aider les enfants autistes à se connecter au monde environnant. Depuis le début de l'année 2026, la Fédération déploie le projet « Accompagner vos pas », envoyant des artistes de cirque au Centre de soutien au développement de l'éducation inclusive de Phuc Yên pour initier les enfants autistes aux mouvements de base du cirque.
L'artiste du Peuple Tong Toan Thang, directeur de la Fédération du Cirque du Vietnam, explique qu'en se concentrant sur des exercices tels que l'équilibre sur rouleau ou le monocycle, les enfants améliorent non seulement leur concentration, mais apprennent aussi à contrôler leur cerveau, à développer leur autonomie et à canaliser leur surplus d'énergie. Au cours des entraînements, certains ont révélé des aptitudes exceptionnelles. C'est pourquoi la Fédération a décidé de déployer ce projet afin de créer un terrain d'entente équitable, où les enfants vulnérables peuvent exprimer et faire reconnaître leur talent.
Loin de se limiter à faciliter l'accès au cirque pour les enfants autistes, le projet vise également l'organisation de spectacles permettant à ces jeunes de partager la scène avec des artistes professionnels, brisant ainsi totalement les barrières de la différence. Le premier spectacle de cirque est prévu pour juin 2026. Pour concrétiser cette idée, la Fédération a déjà dépêché des artistes en « immersion » dans les centres afin de se familiariser avec les enfants et de déceler le potentiel propre à chacun. Prochainement, cinq artistes supplémentaires viendront encadrer un entraînement intensif basé sur le scénario du spectacle, pour que les enfants puissent, le jour de la représentation, se fondre dans l'ensemble scénique comme de véritables artistes.
Ce voyage est loin d'être aisé car, au-delà du temps et des efforts physiques, il exige de la part des artistes de la passion, de la patience, de la minutie et beaucoup d'affection. La Fédération du Cirque espère étendre ce projet à davantage de centres et à d'autres catégories d'enfants vulnérables pour les aider à trouver le bonheur à travers l'art. C'est une manière pour les artistes d'affirmer leur responsabilité sociale, tout en répondant aux orientations de la Résolution n° 80-NQ/TW du Bureau Politique, qui insiste sur l'égalité d'accès aux valeurs culturelles pour les groupes défavorisés.
À l'instar de Len Art et du projet « Accompagner vos pas », de nombreux autres modèles artistiques ouvrent des portes humanistes pour permettre à ces « lunes incomplètes » de s'affirmer. On peut citer : Vụn Art, qui offre des emplois aux personnes handicapées à travers la marqueterie de soie ; Tòhe, qui crée un écosystème artistique complet pour les enfants défavorisés ; ou encore Kym Việt, la maison commune de nombreux artisans handicapés spécialisés dans l'artisanat créatif.
Chaque projet suit une méthode différente, mais tous prouvent que l'art — ce langage qui ne nécessite aucune traduction — est le pont idéal pour encourager les personnes handicapées à s'exprimer et à se connecter à la société. Cela contribue à réduire les stigmates et à changer le regard du public sur les capacités et la valeur de ces individus.
Cependant, la majorité de ces projets restent à petite échelle, dépendant principalement du dévouement individuel ou de financements limités. Par exemple, le couple d'artisans de Nguyên Thi Hồng Vân a dû ouvrir un café-galerie pour financer Len Art, mais l'atelier peine encore à trouver des débouchés commerciaux pour ses produits. De même, pour « Accompagner vos pas », la Fédération du Cirque du Vietnam souhaite une action à long terme, mais la seule passion des artistes ne peut suffire.
Pour que ces initiatives ne soient plus des efforts isolés mais s'inscrivent dans la durée, voire se multiplient, il est crucial de disposer de « points d'appui » solides. Cela nécessite l'accompagnement d'organisations et d'équipes pluridisciplinaires (psychologues, artistes, éducateurs spécialisés) afin de former un réseau connectant toutes les ressources : fonds de soutien financier, entreprises clientes, centres d'intervention et espaces culturels. Cette synergie permettra de créer un écosystème de soutien global pour que davantage de personnes handicapées puissent réellement s'intégrer à la société et apporter leur contribution à la communauté.