Au cœur de la chaîne de montagnes de Truong Son qui traverse le Centre du Vietnam, le parc national de Phong Nha-Ke Bàng n’est plus seulement un «royaume des grottes», mais émerge comme l’un des plus importants «trésors de biodiversité» d’Asie du Sud-Est.
Dans ce site du patrimoine mondial, chaque strate de forêt, chaque grotte, chaque formation de stalactites préserve et raconte la longue histoire de la vie sur Terre avec la découverte constante de nouvelles espèces de faune et de flore.
Flux de biodiversité
Des recherches récemment menées dans le cadre de projets scientifiques locaux et internationaux au parc national de Phong Nha-Ke Bàng démontrent que son écosystème demeure «ouvert» au sens scientifique le plus strict.
L’inscription de nouvelles espèces d’oiseaux à l’inventaire régional ou la découverte de la rare plante parasite Sapria himalayana ne sont pas de simples découvertes isolées.
De nombreuses espèces d’oiseaux ont été recensées, ce qui témoigne de l’interconnexion écologique entre les habitats.
En particulier, l’apparition de Sapria himalayana, une plante parasite dépourvue de chlorophylle qui ne survit que dans les forêts vierges, début mars 2026, constitue un indicateur biologique important.
Selon le comité de gestion du parc national de Phong Nha-Ke Bàng, cette série de découvertes montre que l’écosystème est encore ouvert à la science et que la structure écologique des forêts reste suffisamment intacte pour la survie des espèces les plus sensibles à l’environnement.
Les inventaires des organismes cavernicoles s’enrichissent constamment de nouvelles espèces.
Ces minuscules créatures, vivant dans l’obscurité perpétuelle, sont essentielles pour évaluer l’état de conservation des écosystèmes karstiques – des formations calcaires créées pendant des millions d’années par la dissolution de l’eau, où un monde souterrain existe au sein des chaînes de montagnes d’apparence solide.
Selon les données compilées au sein des projets scientifiques, le parc national de Phong Nha-Ke Bàng enregistre plus de 1.400 espèces animales, près de 3 000 espèces de plantes supérieures, des centaines d’espèces rares répertoriées dans le Livre rouge du Vietnam et la Liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et des dizaines de nouvelles espèces découvertes ces dernières années.
Ces chiffres témoignent non seulement de la richesse de la biodiversité, mais révèlent également une structure biologique unique.
D’un point de vue scientifique, cela signifie que Phong Nha-Ke Bang est encore loin d’être pleinement exploré, selon Pham Hông Thai, directeur du parc national de Phong Nha-Ke Bàng.
Pour le professeur Nguyên Nghia Thin (ancien maître de conférences à l’Université des sciences naturelles – Université nationale du Vietnam à Hanoi, qui a mené de nombreuses études à Phong Nha-Ke Bàng, ce parc est situé à un carrefour écologique majeur, où se rencontrent les flux biologiques du Nord et du Sud, créant ainsi un rare «carrefour de la biodiversité».
La combinaison d’anciens systèmes karstiques, de forêts tropicales humides et de la topographie complexe des montagnes de Truong Son a créé l’un des plus importants foyers de biodiversité du Vietnam, un point de convergence pour de nombreux flux biologiques provenant de la péninsule indochinoise, a-t-il indiqué.
Parallèlement, l’écosystème forestier sur substrat calcaire – l’un des écosystèmes les plus difficiles à former et les plus vulnérables – prospère ici, créant de nombreux habitats uniques pour les espèces adaptables.
Des études scientifiques ont recensé plus de 100 espèces cavernicoles, dont des dizaines de nouvelles espèces.
Elles vivent dans l’obscurité, avec des ressources alimentaires limitées, et dans un microclimat stable.
Au cours de millions d’années d’évolution, elles ont développé des caractéristiques uniques : perte de la pigmentation corporelle, yeux réduits ou absents, sens tactiles et chimiques accrus.
Les scientifiques qualifient donc cet écosystème de «musée vivant de l’évolution», un lieu où l’on peut observer directement comment la vie s’adapte à un environnement hostile.
Mais cela rend aussi cet écosystème extrêmement fragile. Une infime variation de lumière, de température ou l’impact humain peuvent perturber l’équilibre qui s’est forgé au fil des millénaires.
L’immense valeur de Phong Nha-Ke Bàng réside non seulement dans sa riche biodiversité, mais aussi dans sa capacité à préserver la mémoire de la Terre, son ancien système karstique enregistrant les changements climatiques sur des dizaines de milliers d’années.
Des études paléoclimatiques menées par la Dr Kathleen R. Johnson, professeure au Département des sciences du système terrestre et conseillère en matière d’équité pour l’École des sciences physiques de l’Université de Californie à Irvine, et ses collègues sur des échantillons de stalactites de Phong Nha-Ke Bàng montrent que les couches minérales des grottes peuvent reconstituer l’histoire des précipitations et des moussons en Asie du Sud-Est sur des dizaines de milliers d’années.
Ces études montrent que durant la dernière période glaciaire, il y a environ 20.000 ans, les précipitations dans la région du Centre du Vietnam ont considérablement diminué par rapport à aujourd’hui.
Ces données mettent en évidence le lien entre le système de la mousson asiatique, l’élévation du niveau de la mer et le changement climatique global. Vu sous cet angle, Phong Nha-Ke Bàng n’est pas seulement une forêt ou une destination touristique.
C’est une «bibliothèque géologique», où la Terre a conservé les pages de son propre passé.
Selon le comité de gestion du parc national de Phong Nha-Ke Bàng, l’une des nouvelles orientations consiste à développer la coopération avec la région de Hin Nam No, au Laos, pour former un espace de conservation transfrontalier avec un écosystème unifié partagé, un paysage karstique ancien, une flore et une faune communes et des corridors biologiques.
Cette approche valorise non seulement le patrimoine, mais établit aussi un nouveau principe en matière de conservation : une conservation fondée sur les écosystèmes et non sur les frontières administratives – une tendance qui devient incontournable dans le contexte du changement climatique et de la perte mondiale de biodiversité.
Le défi consiste désormais à développer le tourisme tout en menant simultanément des recherches rigoureuses et des efforts de conservation, car une fois ces écosystèmes perturbés, ils ne peuvent se rétablir à l’échelle d’une vie humaine.
Le parc national de Phong Nha-Ke Bàng a été inscrite à deux reprises sur la Liste du patrimoine mondial selon deux critères de biodiversité et d’écologie, mais sa véritable valeur ne réside pas dans le titre lui-même, mais dans ce qu’il préserve : des espèces qui continuent d’être découvertes, des données climatiques enregistrées sur des dizaines de milliers d’années et des écosystèmes rares et intacts qui existent encore.
Chaque nouvelle espèce, chaque donnée scientifique supplémentaire, témoigne que la nature y est toujours en mouvement et que le cycle de la vie ne s’arrête jamais.
Phong Nha-Ke Bàng préserve silencieusement un trésor – non seulement dans le sol, mais dans la vie elle-même, où l’évolution de la nature se poursuit, au-delà de ce que l’humanité avait pu connaître.