Ces dernières années, les observations du langur gris à l’état sauvage se sont faites extrêmement rares, l'espèce ayant disparu de nombreux sites où elle était autrefois recensée.
Tout récemment, cette espèce de primate exceptionnellement rare a été observée dans le parc national de Xuan Lien (province de Thanh Hoa, au Centre du Vietnam) grâce à des pièges photographiques, ravivant ainsi les espoirs de conservation de l’espèce.
Le langur gris figure parmi les primates les plus rares d’Asie du Sud-Est, et le Vietnam joue aujourd’hui un rôle majeur dans sa conservation.
Au Vietnam, le langur gris peuplait autrefois de nombreuses forêts primaires des régions du Nord-Ouest et du Centre, de Dien Bien à Quang Tri.
Cependant, au fil des années, la chasse, le braconnage et la destruction de son habitat ont conduit l'espèce au bord de l'extinction, au point qu’elle est désormais classée « en danger critique d’extinction » dans la Liste rouge du Vietnam.
Dans plusieurs localités où sa présence avait été confirmée par le passé, le langur gris n’a plus été observé depuis longtemps.
À Mu Cang Chai (province de Lao Cai) et Muong La (province de Son La), l’espèce avait été recensée lors d’anciennes campagnes d’inventaire, mais aucune nouvelle observation n’a été enregistrée depuis 2010.
À l’heure actuelle, les données concernant les populations sauvages de langurs gris au Vietnam demeurent limitées.
Quelques groupes subsistent encore, mais leur effectif reste faible et leur répartition particulièrement fragmentée.
Le parc national de Xuan Lien est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux refuges de l’espèce au Vietnam, avec une population estimée entre 100 et 200 individus.
Dans la réserve naturelle de Pu Hu (province de Thanh Hoa), la population est estimée à seulement 7 à 9 individus.
La réserve naturelle de Pu Hoat (province de Nghe An) abrite environ 36 individus, tandis que le parc national de Pu Mat compte près de vingt individus répartis en quatre groupes.
Espèce emblématique de la canopée des forêts anciennes, le langur gris est extrêmement difficile à observer à l'état sauvage.
Récemment, une vaste campagne de piégeage photographique menée dans le parc national de Xuan Lien par le Centre pour la conservation de la nature et le développement (CCD), en coordination avec les autorités du parc, a permis de capturer de rares images de l’espèce à l’état sauvage.
Ces clichés constituent une documentation précieuse sur ce primate particulièrement menacé.
Un rôle essentiel dans l’écosystème
Le langur gris vit principalement dans les forêts primaires. Espèce vivant principalement dans la canopée, il descend rarement au sol et passe la majeure partie de son temps à se déplacer, se nourrir et se reposer dans les strates supérieures de la forêt.
Ce mode de vie lui permet d’échapper à de nombreux prédateurs naturels, mais complique également les travaux d’observation et de suivi sur le terrain.
Les langurs gris vivent généralement en groupes dotés d’une organisation sociale relativement structurée.
Chaque groupe peut être composé d’un mâle adulte accompagné de plusieurs femelles et de leurs petits, ou réunir plusieurs individus adultes au sein d’un même groupe.
Leur alimentation se compose principalement de jeunes feuilles, de pousses et de fruits, et parfois de fleurs ou de graines. À ce titre, ils participent à la régulation des populations végétales forestières et occupent une place importante dans la chaîne alimentaire naturelle.
Le langur gris contribue également au maintien de l’équilibre écologique grâce à la dispersion des graines.
Sa présence est par ailleurs considérée comme un indicateur de la qualité et de l’intégrité des écosystèmes forestiers, car elle ne subsiste généralement que dans des habitats encore préservés, notamment des forêts primaires anciennes caractérisées par de grands arbres et une canopée dense.
Face au risque d’extinction qui menace l’espèce, les spécialistes préconisent de protéger les rares habitats encore existants dans les zones de répartition du langur gris, tout en renforçant la lutte contre le braconnage et le commerce illégal, tant au niveau national qu’international.
Ils insistent également sur la nécessité de sensibiliser davantage les populations locales à la conservation de cette espèce emblématique.