[Photos] Les souvenirs des soldats, témoins silencieux d’une histoire enfouie sous les terres des hauts plateaux
Après plus d’un demi-siècle dans les forêts du Tay Nguyen (Hauts Plateaux du Centre du Vietnam) et de Mondulkiri, les effets personnels des soldats sont retrouvés. Certains sont rendus aux familles des martyrs, d’autres conservés par l’équipe K51 dans l’attente de leur retour auprès des leurs.
Au sein de la caserne de l’équipe spécialisée K51 chargée de la recherche et du rapatriement des restes des soldats morts pour la Patrie, relevant du Commandement militaire de la province de Dak Lak, se trouve une petite salle qui renferme tout un pan de l’histoire de la guerre, gravée dans la terre rouge basaltique.
Après avoir reposé pendant plus d’un demi-siècle au cœur des vastes forêts des hauts plateaux du Tay Nguyen ou dans les forêts profondes de Mondulkiri, au Cambodge, les objets ayant appartenu aux soldats sont retrouvés. Certains sont rendus aux familles des martyrs, tandis que d’autres sont conservés silencieusement dans la salle des traditions de l’équipe K51, dans l’attente du jour où les héros et martyrs pourront retrouver leur famille.
Cette salle conserve des centaines d’objets retrouvés avec les restes des martyrs au cours des vingt dernières années. Chaque vitrine constitue un chapitre de l’histoire. Ces objets anciens, rouillés, déformés et usés, qui pourraient sembler dépourvus de vie, sont pourtant autant de passerelles reliant le passé au présent.Pour retrouver les restes des martyrs, les soldats de l’équipe K51 doivent traverser des terrains difficiles d’accès et atteindre d’anciens champs de bataille aujourd’hui recouverts par la végétation. Cette mission exige patience, persévérance et minutie à chaque étape des recherches.Le sac en nylon bleu foncé ayant servi à envelopper les restes constitue l’un des indices les plus évidents permettant d’identifier une sépulture de soldat de l’armée vietnamienne. Même lorsque les ossements ne sont plus intacts ou se sont mêlés à la terre, ces sacs subsistent parfois, comme pour témoigner de l’identité de celui qui repose là.Une gourde rouillée portant le nom d’un soldat, gravé à la hâte, a été retrouvée sur un ancien champ de bataille, nourrissant l’espoir de pouvoir un jour rendre son identité à cet homme.Parmi les objets retrouvés figurent de nombreuses douilles de balles conservées comme des « trophées » après les victoires remportées face à l’ennemi. Elles renferment une histoire poignante de la camaraderie entre soldats dans les moments où la vie ne tenait qu’à un fil.
Outre les peignes en ivoire emportés par certains soldats dès leur départ au front, ceux-ci profitaient de leurs moments de repos pour façonner minutieusement de petits peignes à partir de morceaux d’aluminium provenant d’épaves d’avions ennemis. Ces objets portaient la promesse d’un jour de paix où ils pourraient les offrir à leur mère ou à leur épouse, une promesse que certains n’ont jamais pu tenir.Même lorsque certaines stylos-plume portent clairement le nom de leur propriétaire, son lieu d’origine et son unité restent parfois impossibles à déterminer, compliquant davantage la tâche consistant à permettre à ces soldats de retrouver leur famille.Exhumées sous plusieurs couches de terre, de vieilles sandales en caoutchouc, usées et déchirées par des années de traversées de rivières et de forêts, constituent de précieux témoignages de la volonté et de la résilience des soldats de la piste Hô Chi Minh d’autrefois.Chaque déchirure sur les lanières des sandales ou chaque couche de boue solidement incrustée sur leurs semelles raconte à sa manière la rudesse des champs de bataille. Ces objets permettent aussi aux générations futures de mieux comprendre une époque marquée par la guerre et les sacrifices silencieux consentis pour l’indépendance et la liberté de la nation.À partir de morceaux d’aluminium et d’acier provenant d’avions ennemis abattus, les soldats façonnaient minutieusement divers objets indispensables à la vie quotidienne. Ces objets témoignent de l’état d’esprit des vainqueurs, tout en rappelant aux jeunes générations les conditions matérielles extrêmement difficiles et les privations de cette époque.Bien qu’ayant reposé des dizaines d’années sous terre, certains uniformes militaires retrouvés avec les restes des martyrs ont conservé leur forme. Chaque fibre de tissu, désormais imprégnée de la couleur de la terre forestière, semble raconter silencieusement les marches nocturnes à travers les forêts et les rivières, ainsi que les journées brûlantes sous le soleil de la piste Hô Chi Minh.
La lampe torche, fidèle compagne des soldats lors des nuits de guérilla, lorsqu’ils se faufilaient sous les feuillages ou se dissimulaient dans des tranchées étouffantes, est aujourd’hui devenue un objet sacré, exposé avec soin dans la salle des traditions.Les ceintures étaient également des objets intimement liés à la vie des soldats, les accompagnant fidèlement tout au long de leur parcours de combattants.Ces petits objets ne racontent pas seulement, à la place des martyrs, leur vie de combattants. Ils portent également l’espoir de pouvoir recouper les informations disponibles et rendre leur identité aux héros tombés au combat.Au cœur de la forêt, leurs camarades devaient parfois prendre une pierre plate de la montagne pour y graver le nom de leur compagnon disparu et en faire un repère. Ces inscriptions rudimentaires et simples témoignent d’une profonde affection et de l’espoir qu’un jour sa famille puisse retrouver sa trace.Parmi ces « annales gravées dans la pierre » conservées dans la salle des traditions de l’équipe K51, plusieurs stèles ont déjà rempli leur mission. Elles ont permis à l’unité de recouper les informations et de restituer, après des décennies de disparition, leur véritable identité et leur lieu d’origine à des martyrs.L’une des images les plus émouvantes de la salle des traditions est celle des stèles en pierre de montagne remises à l’équipe K51 par les familles des martyrs. Elles souhaitent que ces objets, qui furent autrefois liés aux soldats sur leur ancien lieu de repos, deviennent de précieux documents permettant aux générations futures de comprendre la violence de la guerre et de mesurer la profondeur de la gratitude qui leur est due.
Sur une étagère reposent encore des stèles portant des noms de code ou des numéros d’unité abrégés. Elles témoignent d’une période d’activités particulièrement difficiles, durant laquelle les soldats devaient dissimuler leur véritable nom et leur lieu d’origine afin de préserver le secret militaire. Ces informations n’ont, à ce jour, pas encore pu être entièrement déchiffrées, laissant de nombreuses questions sans réponse pour les équipes chargées de la recherche et du rapatriement des restes.L’équipe K51 poursuit inlassablement le travail de déchiffrement de ces stèles, avec la conviction qu’aucun soldat ne doit rester anonyme, oublié dans la terre de sa Patrie ou sur une terre étrangère, loin de chez lui.
À cette période de l’année, le niveau du lac Tri An baisse et laisse apparaître de vastes prairies verdoyantes qui attirent les visiteurs. Mais le recul des eaux et la prolifération des algues vertes compliquent le captage de l’eau brute destinée à approvisionner les habitants et les entreprises.