À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement (5 juin) et de la Journée mondiale de l’océan (8 juin), nous sommes invités à réfléchir plus profondément à une question majeure de notre époque : la relation entre l’homme et la nature connaît de profondes mutations, qui exigent une nouvelle approche du développement, de la responsabilité et de l’action.
Un environnement sûr et un océan pacifique et durable constituent une question centrale pour le développement, la sécurité, la paix, l’équité, l’éthique et la pérennité des nations.
Le monde d’aujourd’hui est témoin de transformations écologiques profondes et sans précédent.
Le réchauffement continu de la planète, les phénomènes météorologiques extrêmes, la fonte des glaces, l’élévation du niveau de la mer, les sécheresses, les inondations, les incendies de forêt, l’intrusion saline, l’érosion de la biodiversité ainsi que la pollution des mers et des océans affectent directement tous les continents.
Ce déséquilibre montre que les limites de la nature sont poussées à un niveau dangereux.
Ces défis posent une grande question à l’humanité : le développement peut-il être durable si les fondements écologiques qui nourrissent la vie sont progressivement érodés ?
Pendant des siècles, l’humanité a accompli de grandes réalisations dans les domaines de l’industrie, de la science, de la technologie, du commerce et de l’urbanisation.
Mais un modèle de développement reposant excessivement sur l’exploitation des ressources, la consommation d’énergies fossiles, la production linéaire et une culture de consommation marquée par le gaspillage a également engendré de lourdes conséquences pour l’environnement.
Partant de ce constat, la protection de l’environnement doit être considérée comme un élément essentiel de la sécurité nationale et de la sécurité humaine.
Un pays peut enregistrer une forte croissance, mais si sa population doit vivre dans la pollution et la dégradation de l’environnement, il ne peut être considéré comme engagé dans un développement durable.
Une société moderne et prospère est une société capable de créer de la richesse dans les limites écologiques, d’utiliser les ressources de manière responsable et de considérer la nature comme une condition de son existence, un patrimoine national et un héritage destiné aux générations futures.
L’océan illustre de manière encore plus évidente l’interdépendance de l’humanité. Les effets du changement climatique ou l’instabilité dans une région océanique peuvent avoir des répercussions sur la sécurité alimentaire, le commerce, l’énergie et les moyens de subsistance de nombreux pays.
Dès lors, la protection des océans n’est pas seulement une obligation environnementale, mais également une exigence liée à la paix, à la coopération, au respect du droit international, à l’équité du développement et à la responsabilité commune de la communauté internationale.
Pour le Vietnam, ces enjeux revêtent une importance toute particulière. Pays côtier fortement exposé aux effets du changement climatique, le Vietnam dispose de plus de 3 260 kilomètres de côtes, de deux grands deltas, d’un réseau hydrographique dense et de nombreuses villes côtières où vivent des millions de pêcheurs et de communautés littorales.
Notre pays est ainsi particulièrement vulnérable à l’élévation du niveau de la mer, aux tempêtes et aux inondations, à l’intrusion saline, à l’érosion côtière, à la pollution, à la diminution des ressources naturelles, aux déséquilibres écologiques ainsi qu’à la surexploitation de la nature.
Dans ce contexte, le Vietnam a fait preuve d’un sens élevé des responsabilités envers la communauté internationale en s’engageant à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, à promouvoir une transition énergétique juste, à réduire les déchets plastiques marins, à développer l’économie circulaire, à préserver la biodiversité et à mettre en œuvre sa Stratégie de développement durable de l’économie maritime.
Ces engagements ne résultent pas de contraintes extérieures, mais répondent à des besoins intrinsèques du pays.
Pour assurer un développement rapide et durable et devenir un pays à revenu élevé, le Vietnam doit renouveler son modèle de développement en s’appuyant sur la science et la technologie, la transformation numérique et la préservation de la sécurité écologique.
Les traditions culturelles des différentes régions et campagnes vietnamiennes ont depuis longtemps porté en elles un esprit d’harmonie avec la nature.
À l’ère nouvelle, cette tradition doit être élevée au rang d’un système de valeurs du développement moderne : respect de la nature, utilisation économe des ressources, consommation responsable, production plus propre, technologies plus vertes, gouvernance plus transparente et plus équitable entre les générations.
Le Président Hô Chi Minh, avec sa vision clairvoyante, a très tôt placé l’être humain, la nature et l’avenir de la nation dans un ensemble indissociable.
Il enseignait : « Pour les intérêts de dix ans, il faut planter des arbres ; pour les intérêts de cent ans, il faut former les hommes. »
Dans cette pensée, « planter des arbres » constitue une action concrète pour bâtir un cadre de vie sain ; « former les hommes » représente l’œuvre fondamentale visant à façonner les acteurs du développement, dotés de connaissances, de moralité et du sens des responsabilités.
Il écrivait également : « Le printemps est la fête de la plantation des arbres, pour que le pays soit chaque jour davantage un printemps. »
Cet appel, à la fois simple et intemporel, nous rappelle que chaque arbre planté porte en lui un espoir pour l’avenir et que chaque geste en faveur de la protection de la nature contribue à rendre le pays plus durable, plus beau et plus humain.
S’agissant de la mer et des îles, il rappelait aux habitants de Cat Ba, Cat Hai : « La forêt est de l’or, la mer est d’argent.
Les forêts et la mer nous appartiennent, le peuple en est le maître ; il faut s’employer à les exploiter et à les protéger. »
Ces paroles traduisent une vision profonde du développement : le droit de disposer des ressources va toujours de pair avec la responsabilité de les préserver ; l’exploitation doit être associée à la protection, et le développement d’aujourd’hui doit toujours tenir compte des générations de demain.
La mer n’est pas seulement une source de richesse économique ; elle est aussi un espace de vie, un espace de souveraineté, un espace culturel, un espace de connectivité et un espace stratégique pour la nation vietnamienne.
À la lumière de la pensée de Hô Chi Minh et des exigences de notre époque, nous devons affirmer un principe directeur constant : le développement vert, la protection de l’environnement, la préservation des océans et la lutte contre le changement climatique doivent devenir l’un des piliers du modèle de développement national dans la nouvelle ère.
Il ne s’agit pas d’une mission relevant uniquement du secteur des ressources naturelles et de l’environnement, mais d’une responsabilité commune à l’ensemble du système politique, à la communauté des entreprises, à chaque localité, à chaque famille et à chaque citoyen.
Pour y parvenir, il convient de concentrer les efforts sur six grands groupes de missions au cours de la période à venir.
Premièrement, il est nécessaire de perfectionner la vision du développement et les institutions de gouvernance environnementale en considérant la nature comme le fondement du développement durable.
Toutes les stratégies, planifications, programmes et projets de développement doivent être conçus dans le respect des capacités de charge des écosystèmes, des capacités d’adaptation climatique et des exigences de protection de la santé de la population.
Il convient de passer d’une logique consistant à traiter la pollution après le développement à une approche préventive intégrant la protection de l’environnement dès la conception des projets de développement.
Il faut également renouveler les modes de gouvernance des ressources naturelles et de l’environnement selon une approche intégrée, intersectorielle et interrégionale.
Les critères d’évaluation du développement doivent être élargis afin d’inclure, au-delà de la production ou du rythme de croissance, la qualité de vie, l’efficacité de l’utilisation des ressources, le niveau des émissions, la capacité de résilience face au changement climatique et l’équité sociale.
Les institutions doivent garantir le principe selon lequel le pollueur paie, le protecteur de la nature est récompensé, les localités engagées dans un développement vert sont encouragées, les entreprises innovant dans les technologies vertes sont soutenues et les atteintes à l’environnement sont sanctionnées avec rigueur.
Deuxièmement, il faut promouvoir la transition verte dans le modèle de croissance, la structure énergétique, la production, la consommation et l’urbanisation.
La transition verte doit devenir un moteur du renforcement de la compétitivité nationale.
Il convient d’encourager l’utilisation rationnelle et efficace de l’énergie, de développer les énergies renouvelables dans le respect de la sécurité du système énergétique, de réduire progressivement la dépendance aux combustibles fossiles et de promouvoir une industrie à faibles émissions, une agriculture écologique, les transports publics, les bâtiments verts, les matériaux durables et l’économie circulaire.
Les entreprises doivent être placées au cœur de cette transition, car elles constituent le principal vecteur de l’innovation technologique, de la réorganisation des chaînes d’approvisionnement, de la création d’emplois verts et de l’adaptation aux nouvelles exigences des marchés internationaux.
L’État doit mettre en place des politiques de finance verte, de crédit vert, d’achats publics durables, de normes d’émission, de mécanismes de tarification du carbone et de soutien aux petites et moyennes entreprises pour leur permettre d’accéder aux technologies, aux financements et aux marchés.
Troisièmement, il convient de développer une économie maritime bleue, moderne et responsable, associée à la protection de la souveraineté nationale, des moyens de subsistance de la population et de la paix en mer.
Le Vietnam considère que la préservation de l’environnement marin, la protection des écosystèmes marins et le développement durable de l’économie maritime doivent aller de pair avec le maintien de la paix, de la stabilité, de la sécurité, de la sûreté et de la liberté de navigation, dans le respect du droit international, en particulier de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982.
Le pays demeure attaché au règlement pacifique des différends et à la construction de la Mer Orientale comme un espace de coopération, de responsabilité et de développement durable.
Le Vietnam mettra en place un modèle de développement maritime plus moderne, fondé sur la science, la technologie, les données marines et la préservation des écosystèmes.
Il développera un réseau de ports maritimes verts, les énergies renouvelables offshore, les biotechnologies marines, l’écotourisme maritime et insulaire ainsi que les services maritimes...
Il est également nécessaire de contrôler strictement la pêche illégale, de protéger les ressources halieutiques et d’améliorer les conditions de vie des pêcheurs.
Quatrièmement, il faut restaurer les écosystèmes naturels et renforcer les capacités d’adaptation au changement climatique en tant qu’infrastructure stratégique nationale. Investir dans la nature, c’est investir dans l’avenir.
Il convient de renforcer activement la prévention et la lutte contre les catastrophes naturelles, de garantir la sécurité des ressources en eau, la sécurité alimentaire, la santé publique et la stabilité des moyens de subsistance.
La restauration des forêts de protection des bassins versants, des forêts littorales et des mangroves doit constituer une priorité.
Les écosystèmes sensibles doivent être strictement protégés et l’exploitation du sable, des eaux souterraines et des ressources côtières étroitement contrôlée.
Il est également nécessaire de construire des villes résilientes face au changement climatique, de restaurer les espaces fluviaux, lacustres et les réseaux de canaux, ainsi que de renforcer les capacités de prévision, d’alerte précoce et de gestion des risques de catastrophes naturelles.
Pour le delta du Mékong, les provinces côtières du Centre, les régions montagneuses du Nord et les grandes zones urbaines, l’adaptation au changement climatique doit devenir un élément central des politiques d’aménagement, des investissements publics et de la protection sociale.
Cinquièmement, il convient de bâtir une gouvernance environnementale fondée sur la science, les données, les technologies numériques et la participation de la société.
Il est nécessaire de mettre en place un système national de données sur les émissions, la qualité de l’eau et de l’air, les déchets, la biodiversité, les ressources marines, l’érosion, l’intrusion saline, les risques climatiques ainsi que le respect des normes environnementales par les entreprises.
Les technologies satellitaires, l’intelligence artificielle, les capteurs environnementaux, les cartes numériques, les bases de données maritimes et insulaires, les modèles de prévision des catastrophes naturelles et les plates-formes de signalement citoyen doivent être largement déployés.
Les citoyens ont le droit d’être informés de la qualité de leur environnement de vie ; les entreprises ont l’obligation de rendre transparents leurs impacts environnementaux ; les autorités publiques doivent prendre leurs décisions sur la base de données probantes et en rendre compte devant la population.
Parallèlement, il convient de promouvoir l’éducation à l’environnement dans les écoles, les communautés et l’ensemble de la société, ainsi que la diffusion des connaissances scientifiques, des modes de vie durables, du tri des déchets à la source, de la réduction des produits plastiques à usage unique et de la construction d’une culture de citoyenneté écologique à l’échelle nationale.
Sixièmement, il faut garantir l’équité de la transition verte et renforcer la coopération internationale en faveur du climat, de l’environnement et des océans.
La transition verte ne pourra réussir que si elle est un processus juste, inclusif et humain.
Les personnes en situation de pauvreté, les travailleurs des secteurs à fortes émissions, les communautés côtières, les femmes, les enfants et les groupes vulnérables doivent bénéficier d’un soutien en matière de moyens de subsistance, de formation professionnelle, de financement, d’assurance contre les risques, d’infrastructures d’adaptation et d’accès aux services sociaux.
Des mécanismes doivent également être mis en place pour accompagner les entreprises dans leur transition écologique et garantir des moyens de subsistance durables aux populations engagées dans la protection de l’environnement.
Le Vietnam appelle la communauté internationale, en particulier les pays développés, à mettre en œuvre de manière pleine et effective leurs engagements en matière de financement climatique, de transfert de technologies, de formation des ressources humaines, de soutien à l’adaptation, de renforcement des capacités de gouvernance et d’élargissement des débouchés pour les produits verts des pays en développement.
Les pays industrialisés ont été les premiers à s’engager dans l’industrialisation. Ils ont accumulé des richesses pendant une longue période en s’appuyant sur des niveaux d’émissions plus élevés et disposent aujourd’hui de capacités financières et technologiques supérieures.
Leur responsabilité dans la lutte contre le changement climatique, la protection des océans et la restauration des écosystèmes mondiaux doit donc être à la mesure de leurs capacités actuelles et de leur responsabilité historique.
Un ordre écologique juste doit permettre aux pays en développement de ne pas être laissés pour compte et éviter que les normes environnementales ne deviennent de nouvelles barrières commerciales.
Les pays en développement doivent, pour leur part, faire preuve de détermination dans le renouvellement de leur modèle de croissance, utiliser efficacement les ressources d’appui mises à leur disposition et renforcer la transparence ainsi que la responsabilité dans la mise en œuvre de leurs engagements écologiques.
Toutefois, le rythme de cette transition doit être adapté à leur niveau de développement, à leurs capacités technologiques, à leurs contraintes budgétaires ainsi qu’aux impératifs de sécurité énergétique, de sécurité alimentaire et de préservation des moyens de subsistance de leur population.
Le Vietnam est prêt à être un membre actif et responsable de la communauté internationale dans les efforts de lutte contre le changement climatique, de protection de la biodiversité, de réduction de la pollution plastique, de préservation des océans, de promotion d’une transition énergétique juste et de développement d’une économie verte.
Nous souhaitons travailler avec nos partenaires à l’élaboration d’un cadre de coopération plus concret, dans lequel les financements verts parviennent davantage aux territoires qui en ont le plus besoin, les technologies propres soient plus largement partagées, les connaissances en matière de gouvernance plus rapidement diffusées et les bénéfices de la transition verte plus équitablement répartis entre les pays, les communautés et les générations.
Les six groupes de missions évoqués ci-dessus doivent être mis en œuvre dans un esprit d’action concrète, avec la participation conjointe de l’État, des entreprises et de l’ensemble de la société.
Chaque localité doit disposer d’un programme d’action adapté à ses caractéristiques écologiques et à son modèle de développement. Chaque ministère et chaque secteur doivent intégrer les objectifs verts dans leurs politiques sectorielles.
Chaque entreprise doit considérer le respect des normes environnementales comme une condition de son existence et l’innovation verte comme un facteur de compétitivité.
Chaque citoyen doit traduire son attachement à la nature, à la mer et aux îles ainsi qu’à sa patrie en actions concrètes au quotidien.
La Journée mondiale de l’environnement et la Journée mondiale de l’océan nous rappellent que la capacité de résilience de la Terre a ses limites, que les océans sont menacés et que l’humanité a le devoir d’agir de manière responsable.
Nous sommes investis de la mission de bâtir un Vietnam vert, responsable et durable au XXIe siècle ; un modèle de développement prospère, humain, moderne et en harmonie avec la nature ; un pays puissant et prospère où l’environnement demeure préservé, où les mers et les îles restent paisibles, où les fleuves continuent de couler limpides, où les forêts conservent leur majesté et où chaque citoyen peut vivre dans la sécurité, la santé et le bonheur.
Que chaque Vietnamien commence par un geste concret : planter et prendre soin d’un arbre, réduire l’utilisation des produits plastiques à usage unique, économiser l’énergie, trier les déchets, protéger les ressources en eau, préserver la propreté des plages et promouvoir un mode de vie plus respectueux de l’environnement.
Agissons ensemble pour que l’avenir du Vietnam demeure à jamais vert, prospère et durable.