L’artisane Dang Thi My Tram (hameau de Bau Truc, commune de Ninh Phuoc, province de Khanh Hoa), aux côtés de ses créations artisanales traditionnelles de ciselure. Photo : nhandan.vn
L’artisane Dang Thi My Tram (hameau de Bau Truc, commune de Ninh Phuoc, province de Khanh Hoa), aux côtés de ses créations artisanales traditionnelles de ciselure. Photo : nhandan.vn

Préserver la flamme du métier d’orfèvre chez les Chams

Au cœur du village cham de Bau Truc, réputé pour son artisanat traditionnel de la poterie, une famille perpétue discrètement depuis trois générations l’art de la ciselure sur métal précieux.

Au cœur du village cham de Bau Truc, réputé pour son artisanat traditionnel de la poterie, une famille perpétue discrètement depuis trois générations l’art de la ciselure sur métal précieux. Moins visible que les fours de potiers qui fonctionnent jour et nuit, ce métier contribue pourtant à préserver l’identité culturelle et spirituelle du peuple cham tout en assurant un revenu stable à ceux qui le pratiquent.

Les objets fabriqués sont principalement destinés aux cérémonies religieuses, aux rites de passage à l’âge adulte ainsi qu’aux activités culturelles caractéristiques de la communauté cham.

Près d’un demi-siècle à préserver le métier ancestral

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L’artisan doit réaliser chaque motif avec précision et dévouement ; c’est ainsi qu’il peut créer des produits à la fois beaux, durables et dignes de la confiance des clients.

Au début du mois de juin, nous nous sommes rendus au domicile de l’artisane Dang Thi My Tram, dans le hameau de Bau Truc (commune de Ninh Phước, province de Khanh Hoa), l’une des rares personnes à poursuivre encore aujourd’hui cet artisanat traditionnel cham.

Dans cette modeste maison qui sert à la fois de lieu de vie et d’atelier, les mains habiles des artisans transforment progressivement de simples plaques métalliques en pièces uniques ornées de motifs raffinés, profondément marqués par la culture cham.

Selon Mme My Tram, le métier se transmet au sein de la famille selon le principe du « père transmet à ses enfants ». Son père, l’artisan Dang Giao Chuc, lui a enseigné les techniques de fabrication. Elle a ensuite transmis son savoir-faire à son mari, à ses deux filles ainsi qu’à plusieurs membres de leur lignée afin d’assurer la continuité de cette tradition. Depuis près de cinquante ans, sa famille est considérée comme la seule du village de Bau Truc à maintenir cet artisanat ancestral.

D’après elle, devenir un artisan qualifié exige non seulement des aptitudes naturelles, mais aussi beaucoup de patience et une véritable passion pour le métier. Chaque pièce passe par de nombreuses étapes minutieuses : mise en forme, martelage du métal, puis gravure des motifs décoratifs.

L’étape la plus difficile reste la ciselure. L’artisan doit faire preuve d’une concentration absolue et réaliser chaque détail avec précision et dévouement afin de donner naissance à des motifs représentant dragons, phénix, fleurs stylisées ou encore symboles culturels propres au peuple cham. Ce soin est indispensable pour obtenir des objets à la fois esthétiques, durables et appréciés de la clientèle.

Mme Kinh Thi Mong Ngung, l’une des deux filles de l’artisane My Tram, est considérée par sa famille comme celle qui possède le plus de dispositions pour reprendre le flambeau.

Assise devant une table de travail marquée par le temps, elle peaufine avec minutie les moindres détails de ses créations. Un travail qui peut paraître simple, mais qui exige une concentration constante et une très grande précision.

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Mme Kinh Thi Mong Ngung, l’une des deux filles de l’artisane My Tram, est considérée comme l’héritière la plus prometteuse de cette tradition familiale.

Elle se souvient de ses débuts, jalonnés de nombreuses difficultés. Une simple erreur suffisait à compromettre une pièce et à obliger l’artisan à recommencer depuis le début.

« Lorsque j’ai commencé à apprendre le métier, j’ai abîmé de nombreuses pièces et j’ai souvent eu envie d’abandonner. Mais mon désir de préserver l’héritage familial m’a donné la force de continuer. Parmi toutes les étapes, la gravure des motifs est la plus complexe ; il faut des années de pratique pour la maîtriser », confie-t-elle.

Préserver la mémoire et les valeurs culturelles de la communauté

Selon M. Dang Chi Quyet, secrétaire de la cellule du Parti du hameau de Bau Truc, le métier de ciseleur permet à la famille de l’artisane Dang Thi My Tram de bénéficier d’un revenu stable, d’élever ses enfants et de contribuer activement à la vie locale. Plus important encore, cette famille participe à la sauvegarde d’un savoir-faire traditionnel aujourd’hui menacé de disparition.

Au fil des années, la famille de Mme My Tram a réalisé des milliers d’objets destinés aux communautés chames de Khanh Hoa, de Lam Dong et de nombreuses autres localités. Parmi les produits les plus courants figurent des pots à chaux, des coupes à eau, des plateaux à bétel, des boîtes à bétel, des supports à bétel, des crachoirs ainsi que divers ustensiles utilisés lors des cérémonies traditionnelles. Selon leur nature, les prix varient de 100 000 dôngs à plusieurs millions de dôngs.

Autrefois, ces objets étaient fabriqués exclusivement en argent massif. Toutefois, la hausse continue du prix de l’argent a conduit les artisans à utiliser davantage l’aluminium ou le cuivre afin de les rendre accessibles aux habitants. Malgré ce changement de matériau, les motifs traditionnels et les valeurs culturelles chames gravés sur les objets demeurent intactes.

Face à la hausse du prix de l’argent massif, les artisans utilisent désormais l’aluminium ou le cuivre pour adapter leurs produits aux capacités financières de la population. Malgré cela, les motifs traditionnels et les valeurs culturelles chames restent fidèlement préservés.

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En raison de la hausse du prix de l’argent pur, les artisans utilisent désormais l’aluminium ou le cuivre pour fabriquer des objets plus adaptés aux capacités financières de la population. Bien que les matériaux aient changé, ils continuent de préserver fidèlement les motifs traditionnels ainsi que les valeurs culturelles cham, minutieusement gravés sur chaque création.

Pour la famille de l’artisane Dang Thi My Tram, la ciselure n’est pas seulement un moyen de subsistance ; elle constitue aussi une manière de préserver la mémoire culturelle de toute une communauté et de transmettre des valeurs héritées de générations successives de Chams.

À l’heure où de nouveaux métiers apparaissent sans cesse, le son régulier du marteau résonne encore chaque jour dans cette petite maison du village de Bàu Trúc. Il témoigne de la persévérance de ces artisans déterminés à préserver le métier de leurs ancêtres. Par leur engagement discret, mais constant, ils entretiennent la flamme d’un patrimoine culturel unique du peuple cham afin qu’il ne disparaisse pas sous l’effet du temps.

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