Des grottes aux rizières : la transformation des Ruc en plus de 65 ans

Plus de 65 ans après leur découverte dans des grottes, les Ruc (au Centre du Vietnam) voient leur quotidien transformé grâce au développement de la riziculture irriguée.

Plus de 65 ans après avoir été découverts vivant dans des grottes et dépendant de la chasse ainsi que de la cueillette, les Ruc savent aujourd’hui cultiver le riz irrigué. Bien qu’ils ne pratiquent cette activité que depuis une quinzaine d’années, les récoltes dorées de Ruc Lan ouvrent de nouvelles perspectives aux habitants de cette région frontalière.

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Les rizières irriguées de Ruc Lan. Photo : Vietnamnet.

À la fin du mois de mai, les Ruc (de l’ethnie Chut) des villages de On, Yen Hop et Mo O O O, dans la commune de Kim Phu, province de Quang Tri, sont entrés dans la période de récolte du riz hiver-printemps. Dès l’aube, alors que la brume recouvre encore les flancs des collines, les habitants gagnent les rizières pour moissonner.

Dans les parcelles encore boueuses, les femmes coupent le riz à la faucille et le rassemblent en petites gerbes, tandis que les hommes transportent la récolte jusqu’aux berges pour la battre à l’aide de machines. Au cœur des montagnes frontalières, le bruit des batteuses se mêle aux rires et aux conversations, créant l’animation caractéristique de la saison des récoltes.

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Un homme transporte le riz jusqu’à la berge pour le battage. Photo : Vietnamnet.

La rizière de Ruc Lan a été mise en valeur en 2010 grâce au soutien du poste-frontière de Ca Xeng, des gardes-frontières de Quang Tri et des autorités locales. Au début, les cadres et les soldats des gardes-frontières descendaient eux-mêmes dans les champs pour accompagner les habitants pas à pas, depuis la préparation des terres, l’irrigation et le repiquage jusqu’à l’entretien des cultures et à la récolte.

Au-delà de l’appui technique, les militaires ont partagé le quotidien des habitants, vivant et travaillant à leurs côtés au fil des saisons agricoles. Malgré des conditions souvent difficiles, ils sont restés présents dans les champs afin d’aider la population à s’adapter progressivement à ce nouveau mode de production.

Aujourd’hui, la rizière couvre près de 10 hectares, dont plus de 6 hectares sont cultivés en riz irrigué cette saison. Les habitants utilisent la variété de riz PC6, bien adaptée aux conditions locales et offrant des rendements relativement élevés.

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Des gardes-frontières aident les habitants à battre le riz. Photo : Vietnamnet.

Les Ruc vivent actuellement dans 3 villages regroupant 96 foyers et près de 400 habitants. Chaque famille dispose de deux à quatre parcelles pour la production agricole. Après plusieurs mois de soins attentifs, les rizières ont mûri simultanément et le rendement est estimé à plus de 5 tonnes par hectare.

La famille de Cao Thi Thanh, du village de Mo O O O, exploite quatre parcelles. Grâce à l’attribution de terres agricoles et à l’accompagnement technique dont elle a bénéficié, sa famille est parvenue à assurer son autosuffisance alimentaire depuis plusieurs années.

« Autrefois, les habitants souffraient souvent du manque de nourriture. Aujourd’hui, nous avons des rizières et du riz pour toute l’année, ce qui rend la vie plus stable », confie-t-elle.

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Cette saison, plus de 6 des 10 hectares de la rizière sont consacrés au riz irrigué, pour un rendement estimé à plus de 5 tonnes par hectare.Photo : Vietnamnet.

Malgré son âge avancé, Cao Thi Hoa continue de se rendre dans les champs pour ramasser les épis tombés après la moisson. Comptant parmi les derniers Ruc nés dans des grottes, elle a été témoin des profondes transformations de sa communauté.

Selon elle, la vie des habitants dépendait autrefois largement des ressources forestières. Depuis qu’ils ont appris à cultiver le riz irrigué, les familles disposent d’une alimentation plus sûre, les enfants peuvent aller à l’école plus régulièrement et les conditions de vie se sont progressivement améliorées.

Au-delà de l’autosuffisance alimentaire, le développement de la riziculture irriguée a contribué à modifier les habitudes de production des Ruc. Jadis peu familiers avec cette culture, ils savent désormais organiser les saisons agricoles, entretenir les rizières et s’entraider dans les travaux des champs.

Le lieutenant-colonel Duong Dinh Hoan, commissaire politique du poste-frontière de Ca Xeng, explique que lors des premières campagnes agricoles, les cadres et les soldats participaient pratiquement à toutes les étapes de la production aux côtés des habitants. Après des années d’accompagnement patient, ces derniers maîtrisent désormais progressivement les techniques de culture.

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Le lieutenant-colonel Duong Dinh Hoan, commissaire politique du poste-frontière de Ca Xeng, récolte le riz avec les habitants Ruc. Photo : Vietnamnet.

« Aujourd’hui, les habitants savent préparer les terres, repiquer, entretenir et récolter le riz de manière autonome. Le développement de la riziculture irriguée contribue à stabiliser leurs conditions de vie et à faire évoluer progressivement leur perception du travail et de la production », souligne le lieutenant-colonel Duong Dinh Hoan.

Les grains de riz dorés qui couvrent aujourd’hui les rizières de Ruc Lan ne constituent pas seulement une source de nourriture pour les habitants ; ils témoignent également des profondes transformations qu’a connues l’ethnie Ruc après de longues années d’accompagnement et de soutien de l’État vietnamien.

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