La technologie, la transparence des données et le respect des normes environnementales sont devenus des conditions incontournables pour intégrer les chaînes d’approvisionnement internationales. Dans ce contexte, la numérisation et l’innovation s’imposent comme des leviers essentiels pour réduire les coûts et assurer une croissance durable.
Au deuxième trimestre 2026, les exportations vietnamiennes de produits agricoles, sylvicoles et halieutiques ont enregistré une reprise encourageante. Toutefois, cette croissance s’accompagne d’une pression croissante liée aux barrières techniques imposées par les grands marchés importateurs.
Dans l’Union européenne, aux États-Unis et au Japon, les exigences relatives à la traçabilité, à la quarantaine ainsi qu’aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) deviennent de plus en plus strictes. À titre d’exemple, le règlement européen contre la déforestation et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières imposent une transparence totale aux filières du café, du caoutchouc et du bois.
Chaque acteur de la chaîne de production, du petit agriculteur à l’usine de transformation, doit désormais fournir des coordonnées géographiques précises afin de prouver que ses produits ne contribuent pas à la déforestation.
Les derniers rapports montrent que le retard dans la modernisation technologique a entraîné le blocage des procédures de contrôle de plusieurs entreprises vietnamiennes. Cette situation a accru les coûts de stockage et réduit les marges bénéficiaires, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME). Le secteur agricole est ainsi contraint de passer d’un modèle fondé sur la quantité à une gestion axée sur la qualité et les données.
Face à ces défis, de nombreux exportateurs vietnamiens ont engagé une profonde restructuration à travers des investissements dans la transformation numérique. L’adoption de logiciels de gestion, de carnets de culture électroniques et de systèmes automatisés dans les usines commence déjà à produire des résultats concrets.
Le Van Quyet, directeur de la Coopérative agricole de haute technologie Long Thanh Phat, spécialisée dans l’exportation de fruits transformés vers l’Europe, explique qu’il y a trois ans encore, toutes les opérations étaient gérées sur papier. Cette méthode entraînait des pertes de matières premières supérieures à 12 % et une importante perte de temps.
Afin de préserver ses marchés, la coopérative a adopté des carnets électroniques ainsi que des codes QR pour chaque lot de production. Aujourd’hui, ses partenaires allemands peuvent suivre en temps réel l’utilisation de l’eau, des engrais ainsi que les dates de récolte. Cette transformation numérique a permis de réduire les pertes financières de 15 % et de renforcer la confiance des acheteurs. Par ailleurs, le recours à des modèles d’économie circulaire, notamment la valorisation des déchets agricoles en énergie, contribue à réduire l’empreinte carbone des installations.
Malgré ces avancées, l’innovation dans le secteur agricole continue de se heurter à d’importants obstacles liés aux capacités financières et à l’adoption des technologies, notamment au sein des PME. Nombre d’entre elles peinent encore à identifier les solutions technologiques adaptées, ce qui entraîne une dispersion des investissements et un gaspillage des ressources.
Selon Nguyen Tien Huy, directeur du Bureau des entreprises pour le développement durable relevant de la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), l’innovation doit avant tout s’accompagner d’un changement global de mentalité. Face aux coûts initiaux élevés, il préconise la création de centres d’innovation capables de fournir des solutions numériques partagées à des coûts raisonnables.
Il souligne également l’importance de renforcer la coopération entre les entreprises et les instituts de recherche afin d’appliquer l’intelligence artificielle (IA) et le big data à des domaines clés tels que les prévisions météorologiques, le contrôle des résidus de pesticides ou encore l’analyse des tendances de consommation. Une telle approche permettrait à la chaîne de valeur agricole de passer d’une position passive à un rôle proactif dans la création de valeur.
Pour accompagner cette double transition numérique et écologique, le soutien de l’État demeure indispensable. Nguyen Cam Trang, directrice adjointe du Département de l’import-export relevant du ministère de l’Industrie et du Commerce, a indiqué que son ministère collaborait avec celui de l’Agriculture et de l’Environnement afin de numériser la gestion des zones de culture et d’automatiser la délivrance des certificats d’origine.
Elle a ajouté que, dans les prochains mois, des mécanismes de crédit vert à taux préférentiels seraient mis en place en coopération avec les établissements financiers. Ces dispositifs viseront à soutenir les entreprises agricoles dans leurs projets d’innovation technologique et de modernisation des infrastructures de transformation afin de répondre plus efficacement aux normes internationales.
Le développement des produits agricoles vietnamiens sur le marché mondial entre aujourd’hui dans une phase décisive. Les exigences croissantes des marchés internationaux constituent à la fois un défi majeur et un puissant catalyseur, poussant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement à se réformer et à se restructurer.
Grâce aux efforts d’innovation des entreprises, à la vision stratégique des experts et à des politiques publiques cohérentes, le secteur agricole vietnamien dispose désormais des bases nécessaires pour évoluer vers un modèle plus durable, plus transparent et à plus forte valeur ajoutée.