L’Association générale vietnamienne de l’Agriculture et du Développement rural a organisé, le 22 mai à Hanoï, un forum consacré au déblocage des flux financiers pour l’agriculture, sous le thème : « Des solutions de crédit sûres et durables pour les entreprises et les agriculteurs ».
À cette occasion, l’organisation a officiellement lancé le programme d’enquête, de classement et de publication de l’indice de réputation des entrepreneurs et entreprises engagés dans le développement agricole durable, baptisé Vietnam Agriculture Reputation Index (VARI), ainsi que le portail électronique officiel du programme.
Selon les organisateurs, le VARI a été conçu comme un outil d’évaluation scientifique, objectif et transparent du niveau de crédibilité des entreprises et entrepreneurs opérant dans le secteur agricole. Le programme vise à établir un système de référence permettant aux consommateurs, agriculteurs, investisseurs et partenaires économiques d’identifier les entreprises respectant leurs engagements, appliquant des pratiques responsables et poursuivant des objectifs de développement durable.
Au-delà de la simple activité de classement, le programme VARI est également présenté comme un mécanisme de connexion entre les entreprises agricoles, les investisseurs, les établissements de crédit et les partenaires nationaux et internationaux. Les autorités espèrent ainsi faciliter l’accès des entreprises les plus fiables aux financements, aux marchés et aux opportunités de coopération.
Selon Hô Xuân Hung, président de l’Association générale vietnamienne de l’agriculture et du développement rural, les difficultés d’accès au financement s’expliquent notamment par l’absence de garanties suffisantes, la petite taille des exploitations, les limites en matière de gestion financière ainsi que l’augmentation des risques liés aux catastrophes naturelles, aux épidémies, à la hausse des coûts de production et à l’instabilité des débouchés commerciaux.
Les secteurs émergents comme l’agriculture verte, l’agriculture biologique, l’économie circulaire ou encore l’agriculture de haute technologie nécessitent par ailleurs des investissements importants et de long terme, avec des délais de rentabilité plus élevés.
Les entreprises exportatrices de produits agricoles font également face à des risques croissants dans les transactions internationales. Ces derniers mois, plusieurs cas d’appropriation de marchandises, de retards de paiement ou de fraudes commerciales impliquant des partenaires étrangers ont été signalés, avec des méthodes jugées de plus en plus sophistiquées.
Dans ce contexte, Hô Xuân Hung estime que le rôle des banques commerciales doit dépasser le simple octroi de crédits pour inclure l’accompagnement des entreprises dans les paiements internationaux, les garanties financières, la vérification des partenaires et la prévention des risques commerciaux.
Pour favoriser un financement agricole sûr et durable, Nguên Thi Thu Hiên, présidente du Conseil de gestion de l’Institut d’économie et de droit international (IIEL) et vice-présidente du Réseau des entreprises agricoles vietnamiennes (VINGA), a plaidé en faveur d’une adaptation nationale du « passeport ESG » afin de simplifier et standardiser les procédures d’approbation des crédits verts.
Elle a estimé que le Vietnam devait développer un système d’indicateurs ESG spécifique au secteur agricole, aligné sur les normes internationales de classification verte tout en restant suffisamment accessible pour les coopératives et les grands exploitants agricoles.
Ces indicateurs pourraient notamment mesurer les économies d’eau réalisées ou les réductions d’émissions de CO₂, servant ainsi de base aux banques pour proposer des crédits verts à taux préférentiels.
Elle a également souligné que les financements internationaux destinés aux projets verts étaient aujourd’hui abondants et particulièrement intéressés par l’Asie du Sud-Est.
Les experts ont enfin insisté sur la nécessité de développer un écosystème financier agricole intégré, combinant crédit bancaire, assurance agricole, fonds d’investissement et finance numérique, parallèlement au développement des mécanismes de partage des risques entre l’État, les banques et les entreprises.
Selon eux, l’amélioration de la transparence et de la réputation des entreprises deviendra à l’avenir une condition essentielle pour accéder durablement aux financements. Le lancement du Vietnam Agriculture Reputation Index et de son portail électronique officiel est ainsi perçu comme une étape importante vers le renforcement de la crédibilité des entreprises agricoles vietnamiennes au sein des chaînes de valeur mondiales.