Le premier distributeur japonais ambitionne de porter le volume de ses activités au Vietnam à plus de 2 milliards de dollars d'ici 2030.
Les récentes tensions géopolitiques ont-elles un impact sur le marché vietnamien de la distribution et sur les activités d'AEON ?
À mon avis, il convient de distinguer les perspectives à court et à long terme.
À long terme, AEON reste très confiant dans les perspectives du Vietnam. Les indicateurs macroéconomiques témoignent d'une croissance soutenue, la classe moyenne continue de s'élargir et le pays demeure l'un des marchés stratégiques du groupe dans la région.
À court terme, en revanche, la hausse des prix pèse directement sur le budget des ménages.
Depuis la mi-mars, nous avons constaté une diminution du nombre d'articles par panier d'achat, signe que les consommateurs maîtrisent davantage leurs dépenses et se montrent plus prudents face aux incertitudes économiques.
Fort de son expérience durant la longue période de déflation au Japon, AEON estime qu'un distributeur doit accompagner ses clients dans les périodes difficiles.
C'est dans cet esprit que nous avons lancé, en avril, la campagne « Des prix réduits pour acheter en toute sérénité », afin de faciliter l'accès aux produits de première nécessité à des prix abordables.
Le gouvernement vietnamien vise une croissance du PIB à deux chiffres pour la période 2026-2030. Quelles perspectives cela ouvre-t-il au secteur de la distribution ?
Les opportunités sont considérables. Aujourd'hui, la distribution moderne ne représente qu'environ 15 % du marché vietnamien, contre près de 50 % en Malaisie.
Cet écart montre que les marges de développement restent très importantes.
Par ailleurs, la consommation des ménages contribue à plus de la moitié du PIB du Vietnam. Une hausse du pouvoir d'achat aura donc des effets d'entraînement sur la production, l'investissement et l'emploi.
Le Vietnam investit également massivement dans les infrastructures de transport et le développement de nouvelles zones urbaines, créant ainsi de nouvelles opportunités de croissance pour les distributeurs.
C'est pourquoi AEON poursuit ses investissements. Nous sommes convaincus que le développement du secteur de la distribution contribue non seulement à la croissance des entreprises, mais aussi à celle de l'économie et à l'amélioration de la qualité de vie de la population.
L'essor rapide du commerce électronique représente-t-il un défi pour les centres commerciaux traditionnels ?
Je suis particulièrement impressionné par le développement du commerce électronique au Vietnam, notamment par son adoption rapide par les jeunes.
Cependant, un centre commercial n'est plus seulement un lieu de consommation : il devient avant tout un espace d'expérience.
Si les clients venaient autrefois principalement pour faire leurs achats, ils recherchent désormais des loisirs, des rencontres, des espaces de restauration et un cadre de vie agréable.
Le week-end, certains de nos centres commerciaux accueillent jusqu'à 70 000 visiteurs par jour. Ce sont des expériences que le commerce électronique ne peut offrir.
La stratégie d'AEON consiste donc à poursuivre le développement d'un modèle associant distribution et loisirs, afin d'inciter les visiteurs à prolonger leur séjour dans les centres commerciaux.
Quels seront les principaux moteurs de croissance d'AEON au cours des cinq prochaines années ?
Nous entrons dans une nouvelle phase de développement avec l'objectif de faire passer notre chiffre d'affaires au Vietnam d'environ 800 millions de dollars à plus de 2 milliards de dollars d'ici 2030.
Pour y parvenir, AEON poursuivra son expansion à l'échelle nationale. Cette année, nous prévoyons notamment l'ouverture de quatre nouveaux établissements, dont des centres commerciaux à Hai Duong, Ha Long et Thanh Hoa.
Toutefois, l'expansion géographique ne représente qu'une partie de notre stratégie. Notre priorité est de bâtir un écosystème diversifié regroupant centres commerciaux, supermarchés, supérettes, magasins de produits pharmaceutiques et cosmétiques, espaces de loisirs et, à terme, des services financiers destinés aux particuliers.
Nous accélérons également le développement de nos marques propres, telles que TopValu et My Closet. Elles représentent actuellement environ 5 % de notre chiffre d'affaires au Vietnam, mais notre objectif est de porter cette part à 20 %.
Le Vietnam est un marché très diversifié. Pour s'y développer durablement, un distributeur doit faire preuve de flexibilité et innover en permanence.