Lever les entraves au secteur privé pour stimuler une croissance durable

Selon le docteur Nguyen Si Dung, une fois libérées des contraintes institutionnelles, les entreprises privées pourront devenir le fer de lance de l'innovation et s'intégrer plus profondément aux chaînes de valeur mondiales.

Le docteur Nguyen Si Dung, expert en politiques publiques et ancien vice-président du Bureau de l'Assemblée nationale. Photo : Nguyen Khanh/Congthuong.
Le docteur Nguyen Si Dung, expert en politiques publiques et ancien vice-président du Bureau de l'Assemblée nationale. Photo : Nguyen Khanh/Congthuong.

Le troisième Plénum du Comité central du Parti du XIVe mandat s'est ouvert le 20 juillet à Hanoï. Dans son discours d’ouverture, le secrétaire général du Parti communiste du Vietnam et président de la République, To Lam, a appelé à faire évoluer le modèle de croissance, fondé jusqu'ici sur le capital, les ressources naturelles et une main-d'œuvre à bas coût, vers un modèle reposant sur la productivité, la connaissance, la technologie et le capital humain. Il a réaffirmé que le secteur privé constituait l'un des principaux moteurs de l'économie nationale.

À cette occasion, le journal Cong Thuong a eu un échange avec le docteur Nguyen Si Dung, spécialiste des politiques publiques et ancien vice-président du Bureau de l'Assemblée nationale.

Le système d'élaboration des politiques doit changer de paradigme

– Le secrétaire général et président de la République a invité les décideurs à répondre à trois questions : quels blocages lever, quelles nouvelles capacités créer et quelles conditions réunir pour garantir une mise en œuvre efficace. En quoi cette approche diffère-t-elle des pratiques antérieures ?

Nguyen Si Dung : Ces trois questions traduisent un changement majeur : passer d'une logique centrée sur les orientations à une gouvernance axée sur les résultats.

Jusqu'à présent, l'élaboration des politiques s'attachait surtout à la conformité des orientations et des procédures. Or, une politique peut être pertinente sans produire d'effets si elle ne s'attaque pas aux véritables blocages, ne crée pas de nouvelles capacités ou ne réunit pas les conditions nécessaires à son application.

La première question oblige les décideurs à se baser sur des réalités du terrain plutôt que de multiplier les textes réglementaires. La deuxième rappelle que chaque politique doit non seulement résoudre les difficultés immédiates, mais aussi renforcer les capacités d'action de l'État, des entreprises et de la société. La troisième intègre, dès la conception des politiques, les questions de ressources, de compétences, de responsabilités et de mécanismes de mise en œuvre. Cela suppose un changement de paradigme : passer d'une logique administrative à une logique de résolution des problèmes, d'une gestion des tâches à une création de capacités, et d'une évaluation des procédures à une évaluation des résultats.

Il s'agit d'une véritable évolution de la gouvernance publique. Lorsque chaque décision répond à ces trois exigences, l'écart entre les résolutions et leur application se réduit, tandis que la qualité de l'exécution devient le principal critère d'évaluation de l'action publique.

Libérer le secteur privé des entraves institutionnelles

– Quel moteur de croissance durable le Vietnam doit-il privilégier ? Et comment permettre au secteur privé de jouer pleinement ce rôle ?

Nguyen Si Dung : Le message essentiel est clair : le Vietnam doit abandonner un modèle fondé sur le capital, les ressources et une main-d'œuvre bon marché au profit d'un développement reposant sur la productivité, la science, les technologies, l'innovation et la qualité des ressources humaines.

Au-delà des investissements et des technologies, le véritable moteur de cette transformation est un secteur privé dynamique, innovant et tourné vers l'avenir. C'est lui qui transforme les innovations en applications concrètes, crée des emplois et renforce la compétitivité de l'économie.

Pour y parvenir, les entreprises ont avant tout besoin d'un environnement économique stable, transparent et prévisible. Il faut garantir la liberté d'entreprendre, la protection des droits de propriété, une concurrence équitable et poursuivre la simplification des procédures administratives ainsi que la réduction des coûts de conformité.

Plus fondamentalement, il faut passer d'une logique de contrôle des entreprises à une logique de création d'un environnement propice à leur développement.

Une fois libérées des contraintes institutionnelles et bénéficiant d'un accès équitable au foncier, aux capitaux, aux technologies et aux données, les entreprises privées deviendront les principaux moteurs de l'innovation, des gains de productivité et de l'intégration du Vietnam dans les chaînes de valeur mondiales. Elles contribueront ainsi non seulement à leur propre essor, mais aussi à celui de l'ensemble de l'économie.

Des responsabilités clairement définies pour une mise en œuvre efficace des politiques

– Quelle est aujourd'hui la principale faiblesse dans l'application des politiques publiques ? Quel mécanisme permettrait d'engager effectivement la responsabilité des responsables, afin d'éviter que des décisions pertinentes ne soient mises en œuvre avec retard ?

Nguyen Si Dung : Le principal problème ne réside pas dans le manque de volonté, mais dans un décalage entre responsabilités, pouvoirs et résultats. Les responsabilités sont souvent mal définies, les compétences incomplètes ou les ressources insuffisantes, ce qui rend difficile l'identification des responsabilités en cas de retard.

C'est pourquoi je partage pleinement l'exigence du secrétaire général et président de la République : chaque programme d'action doit préciser les objectifs, les missions, les compétences, les ressources, les responsabilités, les échéances, les livrables et les résultats attendus. C'est la condition indispensable pour transformer les orientations en actions concrètes.

Trois leviers sont essentiels. D'abord, associer systématiquement pouvoirs et responsabilités. Ensuite, évaluer les responsables sur les résultats obtenus plutôt que sur la conformité des procédures ou le nombre de textes adoptés. Enfin, renforcer la transparence et le contrôle en publiant régulièrement les objectifs, les calendriers et les résultats.

En définitive, améliorer l'efficacité de l'action publique suppose de passer d'une gestion fondée sur les procédures à une gouvernance fondée sur les résultats, où la responsabilité s'apprécie à l'aune des réalisations concrètes. C'est à cette condition que les politiques publiques produiront des effets tangibles et que la qualité de leur mise en œuvre deviendra le véritable indicateur de la capacité de gouvernance du pays.

- Nous vous remercions, Docteur, pour cet entretien.

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