Résonance des chants alternés au cœur du site du patrimoine de la baie de Ha Long

Au cœur du site du Patrimoine mondial de la baie de Ha Long, les chants alternés, que l’on croyait relégués aux souvenirs du passé, résonnent de nouveau au gré des vagues. Cette renaissance offre aux visiteurs une expérience singulière, où la splendeur de la nature s'unit à la profondeur de la culture.

Le village de pêcheurs de Cua Van, l'une des destinations de l'itinéraire VHL3 pour les touristes visitant la baie d'Ha Long. Photo: VOV
Le village de pêcheurs de Cua Van, l'une des destinations de l'itinéraire VHL3 pour les touristes visitant la baie d'Ha Long. Photo: VOV

Sur l'immensité de la baie, des strophes improvisées s'élèvent avec ferveur depuis deux barques traditionnelles en bambou. Ici, point de projecteurs ni de scène artificielle : les eaux profondes et le relief tourmenté des îles karstiques offrent le plus authentique des théâtres. Ces voix qui s'élèvent semblent faire partie intégrante du rythme vital des anciens villages de pêcheurs.

Le chants alterné est une pratique culturelle emblématique des marins de Ha Long, puisant sa source dans leur labeur quotidien. Ces chants ne sont pas de simples échanges de politesse ; ils servent à s’encourager face aux tempêtes, à exprimer des sentiments amoureux ou à formuler l'espoir d'une vie sereine. Au fil des siècles, ce genre s’est enrichi au contact d'autres formes telles que le hát đúm, le hát chèo đường (chants de navigation) ou les chants de mariage, créant des mélodies folkloriques imprégnées de l’air du large.

Duong Thi Nu, l'une des interprètes, confie : « Autrefois, nos aînés communiquaient ainsi par des joutes verbales ; le groupe des hommes lançait un couplet auquel celui des femmes répondait. Nous chantions la mer, l'amour, et parfois même des cérémonies de mariage. Mon répertoire est composé de nombreux chants que mes parents et mes grands-parents m'ont transmis. »

Ces mélodies ne sont pas interprétées par des artistes de métier, mais par les véritables « enfants de la mer » : des pêcheurs travaillant aujourd'hui pour le Centre de Conservation n°2, sous l'égide de la Direction du site du Patrimoine mondial de la baie de Ha Long - Yen Tu.

Pour les voyageurs internationaux, c’est précisément cette authenticité brute qui fait tout le charme de l’expérience, les immergeant dans l'intimité culturelle du village flottant de Cua Van. « J’ai vécu un moment merveilleux en visitant le village en barque. Ce dialogue chanté, à la fois chaleureux et mélodieux, était particulièrement émouvant », témoigne un visiteur.

Si ces chants accompagnaient autrefois chaque sortie en mer pour apaiser la fatigue et souder la communauté, ils ont failli s'éteindre avec la modernisation, ne subsistant que dans la mémoire des anciens. Introduit comme produit touristique culturel en 2017 au Centre culturel flottant de Cua Van, le hát giao duyên a connu un coup d'arrêt brutal en septembre 2024 suite aux ravages du typhon Yagi. Portées par une volonté farouche de préserver ce patrimoine, les autorités ont rétabli ces performances depuis mars 2026. Ces voix sur la baie témoignent désormais de la résilience et de la vitalité éternelle de cette culture ancestrale.

Vu Kien Cuong, directeur adjoint de la Direction du site du Patrimoine mondial de la baie de Ha Long - Yen Tu, souligne : « La tendance actuelle du tourisme international s'oriente fortement vers l'immersion locale et le tourisme responsable. Dans ce contexte, les valeurs authentiques telles que les villages flottants et le mode de vie des pêcheurs suscitent un intérêt croissant. Notre vision est claire : la conservation doit être indissociable du développement. L'enjeu majeur consiste à préserver l'âme culturelle au sein même de cet espace de patrimoine vivant. Aujourd'hui, les circuits — tels que VHL3, VHL4, VHL5 et VHL6 — sont clairement établis, permettant aux visiteurs de vivre une expérience fluide et d'élargir leur horizon à travers un voyage aux multiples richesses. »

Au-delà de ses paysages grandioses, la baie de Ha Long se renouvelle aujourd'hui par la profondeur de sa culture locale, là où la nature et l'homme s'unissent pour raconter leur propre histoire.

Bui Hoai Son, membre permanent de la Commission de la Culture et de l'Éducation de l'Assemblée nationale, estime qu'une destination ne peut s'ancrer durablement dans le cœur des voyageurs par la seule beauté de ses paysages ; elle doit posséder cette « âme » unique façonnée par la vie, les coutumes et la mémoire collective de la population locale.

« Je salue les efforts de la province de Quang Ninh pour insuffler un supplément d'âme au patrimoine. La baie de Ha Long est déjà une marque de renommée mondiale. En y intégrant avec finesse des pratiques culturelles immatérielles, comme le hát giao duyên ou d'autres activités sociales, la région crée de nouveaux marqueurs mémoriels. Cela contribue à faire rayonner une image prestigieuse de Quang Ninh, de la baie et, plus largement, du Vietnam. C'est une voie d'avenir qui conjugue harmonieusement les valeurs des patrimoines matériel et immatériel », affirme M. Bui Hoai Son.

Le retour de ces chants alternés, résonnant à nouveau sur les flots de Ha Long, dépasse la simple relance d'une attraction touristique. C'est, au sens le plus profond, la restauration de la mémoire culturelle d'une communauté maritime. Ces mélodies ne sont pas uniquement destinées aux visiteurs ; elles constituent le trait d'union permettant à un héritage millénaire de continuer à vibrer pour les générations futures.

Back to top