Ces dernières années, de nombreux villages de métiers traditionnels se sont imposés comme des destinations emblématiques du tourisme vietnamien. Photo : VNA.
Ces dernières années, de nombreux villages de métiers traditionnels se sont imposés comme des destinations emblématiques du tourisme vietnamien. Photo : VNA.

Tourisme des villages de métiers : préserver l'« âme du savoir-faire » pour un développement durable

À l’heure où le tourisme expérientiel et la quête d’authenticité gagnent en importance, le tourisme des villages de métiers traditionnels apparaît comme un atout majeur du tourisme vietnamien.

Forts d’un riche héritage culturel, d’un savoir-faire transmis de génération en génération et d’une grande diversité artisanale, les villages de métiers ne sont pas seulement des espaces de production, mais de véritables « patrimoines vivants », capables de devenir des destinations attractives pour les visiteurs nationaux et internationaux.

Toutefois, pour assurer un développement durable, la préservation des valeurs fondamentales du métier et le rôle central des communautés locales restent des conditions déterminantes.

Depuis longtemps, les villages de métiers occupent une place essentielle dans la vie culturelle et sociale du Vietnam. Chaque produit artisanal – qu’il s’agisse de céramique, de soie, de vannerie en bambou, de laque, de fonderie de bronze ou encore de gastronomie traditionnelle – porte en lui l’histoire, les coutumes et l’esthétique propres à chaque région.

Cette profondeur culturelle et ce caractère unique constituent un attrait particulier pour les touristes, notamment internationaux, de plus en plus sensibles aux expériences locales et aux valeurs patrimoniales.

Le village d'encens de Quang Phu Cau est une destination populaire auprès des touristes visitant Hanoï. Photo : VNA.
Le village d'encens de Quang Phu Cau est une destination populaire auprès des touristes visitant Hanoï. Photo : VNA.

Ces dernières années, de nombreux villages de métiers traditionnels se sont imposés comme des destinations emblématiques du tourisme vietnamien.

À Hanoï, le village de céramique de Bát Tràng et le village de soie de Vạn Phúc séduisent les visiteurs grâce à la combinaison d’espaces artisanaux anciens et d’activités immersives telles que le façonnage de la poterie ou le tissage de la soie.

Dans la province de Bắc Ninh, le village de gravures populaires de Dông Hô fait revivre l’imaginaire folklorique vietnamien à travers ses œuvres.

Dans le Centre du pays, des villages comme Kim Bông (menuiserie), Thanh Hà (céramique), Bao La (vannerie) ou encore le village maraîcher de Trà Quế ont su transformer le travail artisanal et agricole en expériences touristiques étroitement liées à la vie communautaire.

Selon l’Autorité nationale du tourisme du Vietnam, le pays compte actuellement plus de 5.400 villages de métiers et villages artisanaux, dont près de 2.000 reconnus officiellement, ainsi que plus de 260 métiers traditionnels. Conscients du potentiel croissant de ce segment, les autorités touristiques, les collectivités locales et les entreprises de voyages ont intensifié leurs investissements dans la création de produits, la promotion et la mise en valeur des destinations.

Parallèlement, de nombreux chercheurs, artisans et habitants des villages participent activement à la préservation et à la valorisation des savoir-faire traditionnels.

Pour Hà Van Siêu, vice-directeur de l’Autorité nationale du tourisme du Vietnam, le développement du tourisme des villages de métiers contribue non seulement à la création d’emplois et à l’augmentation des revenus des populations locales, mais joue également un rôle important dans la sauvegarde et la valorisation du patrimoine culturel.

Lorsque les habitants deviennent les acteurs centraux des activités touristiques, le patrimoine est mieux protégé et le tourisme vietnamien peut affirmer plus clairement son identité sur la scène internationale.

Cependant, le tourisme des villages de métiers fait encore face à de nombreux défis. L’urbanisation rapide, l’évolution du marché du travail et le désintérêt croissant des jeunes générations pour les métiers traditionnels exposent certains villages au risque de disparition.

Dans plusieurs localités, le développement touristique reste spontané et axé sur des bénéfices à court terme, entraînant une marchandisation excessive et une perte d’authenticité. Les expériences proposées aux visiteurs demeurent parfois superficielles, avec des séjours de courte durée et des niveaux de dépenses inférieurs au potentiel réel.

À cela s’ajoutent des problématiques environnementales et un manque de synergies entre les villages de métiers et d’autres formes de tourisme culturel, écologique ou gastronomique.

Face à ces constats, les experts estiment que la préservation des métiers doit constituer le socle du développement du tourisme des villages de métiers. La conservation des espaces artisanaux, le soutien aux artisans et l’encouragement des jeunes générations à perpétuer les savoir-faire sont essentiels pour préserver l’« âme du métier ».

Sur cette base, les produits touristiques doivent être conçus de manière créative et professionnelle, en transformant les processus de fabrication en expériences interactives, permettant aux visiteurs d’écouter les récits du métier, de participer aux différentes étapes et de créer des objets porteurs de leur propre empreinte.

Selon Pham Hai Quynh, directeur de l’Institut asiatique de développement du tourisme, un tourisme des villages de métiers durable doit placer la communauté au cœur de son développement, tout en valorisant les paysages et les spécificités culturelles locales.

Le renforcement des liens avec la gastronomie régionale, les fêtes traditionnelles, la vie communautaire et les paysages ruraux constitue également un levier important pour prolonger la durée de séjour et accroître les dépenses des visiteurs, en particulier internationaux.

Du point de vue des entreprises, Vu Văn Tuyên, directeur général de l’agence Travelogy, souligne la nécessité d’associer le tourisme des villages de métiers au développement rural, en mettant l’accent sur la formation des habitants, l’innovation dans la promotion, la transformation numérique des destinations et l’amélioration des compétences de « narration » des guides afin de donner une véritable âme aux produits touristiques.

Les spécialistes insistent enfin sur le rôle de coordination des autorités locales, notamment en matière de planification, de normalisation des produits, de développement des circuits touristiques et de promotion des modèles de tourisme vert.

Pour le professeur associé Pham Trung Luong, le tourisme des villages de métiers ne peut être durable qu’à travers une stratégie à long terme, garantissant la participation active des communautés locales et l’équilibre entre préservation culturelle et développement économique.

Dans le paysage du tourisme contemporain, le tourisme des villages de métiers apparaît ainsi comme un pont efficace entre conservation et développement.

Lorsqu’il est orienté de manière appropriée, chaque village peut non seulement préserver son métier traditionnel, mais aussi élever la valeur culturelle de ses produits, faisant de chaque création artisanale un véritable « ambassadeur culturel » du Vietnam auprès des visiteurs nationaux et internationaux.

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