C’est ce qu’a déclaré Dennis Quennet, directeur du développement économique durable de l’Organisation allemande de coopération internationale (GIZ), lors d’une interview accordée au journal Nhân Dân sur le soutien apporté à la communauté des PME vietnamiennes dans le cadre de la transition dite « double » (numérique et verte) afin de répondre aux exigences d’un développement économique durable.
Comment évaluez-vous la communauté des PME vietnamiennes, notamment dans le contexte actuel où la transition numérique et verte devient de plus en plus répandue et approfondie ?
Le Vietnam compte aujourd’hui plus d’un million d’entreprises enregistrées. Ce résultat n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’un long processus marqué par d’importantes réformes de la Loi sur les entreprises et par des politiques de soutien au secteur privé. Ces réformes ont posé des bases juridiques solides pour le développement de la communauté d’affaires, en particulier des PME, souvent considérées comme l’épine dorsale de l’économie nationale.
L’accès au financement vert constitue un facteur déterminant pour stimuler à la fois la croissance durable et la transition numérique et verte.
Ces dernières années, le Vietnam a franchi une étape importante avec l’élaboration et la promulgation d’une taxonomie verte. Cet outil fondamental permet d’orienter les investissements durables, d’assurer une allocation des capitaux conforme à des objectifs clairs et de renforcer l’efficacité de l’action publique et des marchés financiers. Il contribue également à instaurer la confiance des entreprises engagées dans le développement durable.
L’objectif actuel est de combiner harmonieusement la numérisation et la transition écologique, afin de rendre les entreprises à la fois plus performantes et plus respectueuses de l’environnement.
Dans ce processus, il est essentiel de garantir que l’intégration internationale ne profite pas seulement aux grandes entreprises, mais qu’elle offre aussi des perspectives concrètes aux PME, véritables moteurs de l’innovation et du développement durable.
Quelles leçons le Vietnam peut-il tirer de l’expérience des pays développés dans cette transition double, notamment de l’Allemagne et de la GIZ ?
L’expérience allemande montre que la plupart des initiatives novatrices proviennent des PME. Soutenir ces dernières dans l’élargissement de leurs partenariats et dans l’accès aux marchés internationaux, non seulement en Asie, mais aussi à l’échelle mondiale, permettra au Vietnam de renforcer sa compétitivité et de contribuer plus activement à la transition numérique et verte.
La transition double n’est pas un concept nouveau, mais elle n’a jamais perdu de son actualité. Il s’agit de deux tendances mondiales qui influencent directement toutes les économies, y compris celle du Vietnam. Il existe encore un écart important entre la prise de conscience et l’action concrète des entreprises.
Pour réduire cet écart, deux étapes sont essentielles. La première consiste à renforcer la sensibilisation : les entreprises doivent comprendre ce qu’est la transition double, pourquoi elle est nécessaire et comment elle affecte leurs modèles économiques, aujourd’hui comme à l’avenir, notamment face au durcissement des normes internationales environnementales et technologiques.
La seconde étape concerne le renforcement des capacités et des compétences spécialisées. Connaître le concept est une chose ; disposer des connaissances, des compétences et des ressources nécessaires pour le mettre en œuvre en est une autre. C’est précisément dans ce domaine que nous concentrons nos efforts, à travers la formation, l’appui d’experts techniques et le partage d’expériences internationales, afin d’aider les entreprises à transformer progressivement la prise de conscience en actions concrètes.
La vitesse de la transition varie selon les secteurs. Toutefois, l’innovation repose sur trois piliers fondamentaux : la conscience, le savoir et les ressources.
Les PME, au-delà de leur capacité à capter les tendances, doivent avoir accès au financement, aux technologies et à la formation pour participer efficacement à ce processus.
Enfin, un cadre juridique favorable et stable demeure une condition indispensable pour encourager l’investissement et l’innovation durable.
Pouvez-vous nous en dire davantage sur la coopération entre l’Allemagne et le Vietnam dans la mise en œuvre de cette transition double, notamment au profit des PME ?
En collaboration avec l’Agence pour le développement du secteur privé et de l’économie collective relevant du ministère vietnamien des Finances, nous mettons en œuvre de nombreux programmes visant à promouvoir le développement économique durable au Vietnam, avec la transition double — numérique et verte — comme axe central.
Nous accompagnons les PME afin de leur ouvrir des opportunités concrètes de coopération, notamment par un soutien technique et financier leur permettant de s’adapter progressivement à cette transition.
Notre approche repose sur trois orientations principales.
Premièrement, le partage des expériences internationales de l’Allemagne, de l’Europe et d’autres pays ayant mené avec succès ce processus, afin que le Vietnam puisse adapter des modèles et des politiques appropriés à son contexte national.
Deuxièmement, le renforcement des capacités tant du secteur public que du secteur privé, à travers la fourniture d’informations, d’études et d’expertises pour garantir une transition efficace conciliant développement économique et protection de l’environnement et du climat.
Troisièmement, un accent particulier est mis sur le développement des compétences, car la transformation des modèles économiques vers la durabilité exige une main-d’œuvre qualifiée à la fois dans le numérique et les technologies vertes.
Comment évaluez-vous les progrès du Vietnam vers son engagement de neutralité carbone à l’horizon 2050 ? Que faudrait-il faire pour aller plus loin ?
L’engagement à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 est un objectif très ambitieux, qui témoigne de la détermination du gouvernement vietnamien à faire face au changement climatique.
De notre point de vue, le développement économique durable est la clé pour concrétiser cet engagement, autour de trois priorités : la réduction des émissions, l’adaptation et la préservation de la biodiversité.
Les PME jouent un rôle crucial dans ce processus, car elles constituent le berceau de l’innovation et de la créativité. En soutenant ce secteur, nous contribuons non seulement aux objectifs climatiques, mais aussi à la création d’emplois, à la croissance économique et au renforcement de la compétitivité nationale.
Le Vietnam s’affirme aujourd’hui comme l’un des marchés numériques à la croissance la plus dynamique d’Asie du Sud-Est. Toutefois, pour réussir la transition double, il ne suffit pas de déclarations politiques. Il faut des partenaires, un accompagnement, des connaissances, des compétences et des technologies durables.
À travers la GIZ, l’Allemagne apporte trois atouts majeurs : le transfert de technologies et l’innovation, le développement des compétences de la main-d’œuvre grâce à des systèmes avancés de formation et d’enseignement professionnel, ainsi que l’accès au financement et aux investissements verts.
À l’avenir, l’Allemagne s’engage à poursuivre son accompagnement aux côtés du Vietnam, à renforcer la coopération avec le secteur privé et à développer ensemble des modèles innovants, responsables et durables.
L’Allemagne demeurera un partenaire fiable, œuvrant avec le Vietnam à la construction d’un modèle de développement numérique et vert, prospère et respectueux de l’environnement, sans sacrifier l’environnement à la croissance économique.