Transparence du marché immobilier vietnamien sous le regard d’un diplomate américain

Alors que la majorité des transactions immobilières au Vietnam restent encore réalisées de manière manuelle, les entreprises de PropTech disposent d’un important potentiel de marché, mais doivent également faire face à de nombreux défis.

Marc Knapper, ancien ambassadeur des États-Unis au Vietnam, a échangé avec les dirigeants de Meey Group le 4 mai. Photo : Meey Group.
Marc Knapper, ancien ambassadeur des États-Unis au Vietnam, a échangé avec les dirigeants de Meey Group le 4 mai. Photo : Meey Group.

M. Marc Knapper propose une autre approche : la transparence du marché fondée sur les données relève à la fois de la technologie et des institutions, de la confiance du marché et de la capacité d’intégration du secteur privé.

Le marché vietnamien de la technologie immobilière connaît aujourd’hui sa phase de transformation la plus dynamique depuis près d’une décennie. Selon FinREI Investment, environ 156 entreprises PropTech opèrent actuellement au Vietnam, avec un marché estimé à 512,4 millions de dollars en 2023 et une croissance annuelle prévue de 18,7 % pour la période 2024-2029. À l’échelle mondiale, Fortune Business Insights estime que le marché PropTech passera de 36,55 milliards de dollars en 2024 à 89,93 milliards de dollars en 2032, avec un taux de croissance annuel composé (CAGR) de 11,9 %.

Cependant, les analyses convergent : la PropTech vietnamienne en est encore au stade 2.0, amorçant progressivement une transition vers le 3.0, avec un retard notable par rapport aux standards internationaux. La plupart des entreprises restent centrées sur des modèles de petites annonces ou des outils fragmentés, sans interconnexion des données tout au long de la chaîne de valeur immobilière. Le docteur Nguyen Van Dinh, vice-président de l’Association immobilière du Vietnam, souligne que l’immobilier, bien qu’étant un actif de grande valeur, souffre d’un déficit d’information, et que la numérisation de la gestion et des transactions est une condition essentielle pour garantir un accès transparent et fiable aux données.

Un écosystème de données plutôt que des outils fragmentés

L’approche de Meey Group se distingue des tendances dominantes au Vietnam. Plutôt que de développer un produit isolé, l’entreprise a opté dès le départ pour un modèle d’écosystème intégré.

Meey Land centralise des données issues des transactions, des comparaisons de marché, des plans d’urbanisme et des indicateurs macroéconomiques.

Meey Map propose des cartes numériques permettant de consulter les plans, les infrastructures et les facteurs influençant la valeur des biens.

Meey CRM numérise les activités de courtage, de la gestion client à l’analyse de performance.

L’élément clé réside dans l’interconnexion des produits via une couche de données commune. L’investisseur peut consulter les plans via Meey Map, évaluer un bien grâce aux données de Meey Land, puis finaliser la transaction via Meey CRM. Ce cycle intégré reste encore inaccessible à la majorité des plateformes traditionnelles au Vietnam. Après six années de développement, cette base de données est considérée comme un actif stratégique difficile à reproduire. Dans un contexte de correction profonde du marché immobilier, ces plateformes apparaissent comme une opportunité majeure pour restructurer le marché vers plus de transparence et de flexibilité.

Le regard diplomatique sur le secteur privé technologique

Lors d’un échange avec les dirigeants de Meey Group le 4 mai, Marc Knapper a élargi le débat au-delà des produits. Pour les investisseurs américains, l’enjeu ne réside pas tant dans la taille ou la croissance immédiate, mais dans la capacité à résoudre des problèmes concrets grâce à des données vérifiables. L’écosystème de Meey Group se distingue par l’intégration de multiples couches de services au sein d’une même infrastructure.

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Nguyen Ly Kieu Anh, directrice générale de Meey Group, présente le groupe. Photo : Meey Group

Il souligne également le rôle du secteur privé dans l’économie vietnamienne. L’écart avec les économies avancées tient principalement au capital, aux politiques publiques et à la culture de l’innovation. Avec un cadre juridique adapté et des connexions internationales solides, l’innovation privée peut générer des transformations structurelles majeures. Cette vision s’inscrit dans la ligne de la Résolution 57-NQ/TW (décembre 2024), qui place les citoyens et les entreprises au centre du développement scientifique, technologique et de la transformation numérique.

Par ailleurs, la numérisation et la transparence des transactions immobilières permettraient d’accroître significativement les recettes budgétaires, tout en réduisant les risques de blanchiment d’argent et de transactions informelles.

Lacunes institutionnelles et enjeux futurs

Malgré un potentiel important, les entreprises PropTech vietnamiennes font face à des lacunes institutionnelles. Le cadre juridique concernant les transactions immobilières en ligne, la protection des données, l’identité numérique et les droits des consommateurs reste en cours de finalisation. La loi sur les données, entrée en vigueur le 1er juillet 2025, reconnaît les données comme une ressource évoluant vers un actif, mais son application spécifique au secteur immobilier nécessite encore des textes d’orientation.

La Résolution 193/2025/QH15 de l’Assemblée nationale, relative à des mécanismes pilotes pour la science, la technologie et l’innovation, est considérée comme un levier clé pour lever les obstacles liés au financement et à l’expérimentation de nouveaux modèles. Les dernières données indiquent que l’économie numérique vietnamienne atteindra environ 72,1 milliards de dollars en 2025, soit 14,02 % du PIB, avec un objectif de plus de 40 % d’ici 2035. L’immobilier figure parmi les secteurs les plus prometteurs pour les entreprises technologiques nationales.

La transparence du marché immobilier dépasse désormais le cadre des entreprises : elle constitue un test de capacité pour le secteur technologique privé vietnamien à résoudre des enjeux nationaux, tout en révélant le niveau d’intégration économique dans un contexte où les normes internationales en matière de données deviennent de plus en plus exigeantes. Selon Marc Knapper, ce processus repose sur trois piliers : des entreprises déterminées à construire des infrastructures de données durables, des institutions suffisamment flexibles pour encourager l’innovation, et un écosystème international solide permettant aux produits « Make in Vietnam » d’être validés sur les marchés les plus exigeants.

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