Il ne s’agit pas seulement d’un verdissement paysager, mais d’un véritable changement de paradigme en matière de pensée, de gouvernance et de technologie, afin d’éviter que ces infrastructures ne deviennent obsolètes au sein de la chaîne de production mondiale.
Après 30 ans de genèse et d’expansion, les zones industrielles (ZI) de Hanoï ont apporté une contribution majeure au développement socio-économique de la capitale.
À l'horizon de février 2026, la Direction de gestion des parcs de haute technologie et des zones industrielles de Hanoï supervise directement deux parcs de haute technologie, un parc de technologies de l'information et 24 zones industrielles. Parmi celles-ci, neuf sont en exploitation, cinq ont été officiellement établies avec des investisseurs d'infrastructures dédiés, et 10 font l'objet d'une planification sectorielle au 1/2000e.
La ville dénombre actuellement 999 projets actifs, dont 115 implantés au parc de haute technologie de Hoa Lac et 884 répartis dans les autres ZI. Le bassin d'emploi de ces sites s'élève à environ 200 000 personnes, incluant quelque 1 350 experts et travailleurs expatriés.
Toutefois, selon Tran Anh Tuan, directeur adjoint de l'organisme de gestion, le modèle industriel actuel révèle des lacunes structurelles. Les statistiques indiquent que la part des entreprises de haute technologie réelle ne plafonne qu'entre 20 et 25 %, la majorité des activités restant concentrée sur la sous-traitance et l'assemblage.
Environ 29,6 % des entreprises opérant dans ces zones appartiennent à des secteurs présentant un risque de "basse technologie et hautes émissions", un taux particulièrement préoccupant sur des sites tels que Quang Minh, Noi Bai, Thang Long et Phu Nghia.
Par ailleurs, la pression environnementale est colossale : le volume des eaux usées oscille entre 70 000 et 80 000 m³/jour, tandis que les déchets solides industriels se chiffrent en centaines de milliers de tonnes par an.
Sur le plan des infrastructures sociales, seuls 20 à 25 % des besoins en logement des ouvriers sont satisfaits. À titre d’exemple, dans la zone industrielle de Thang Long, le quartier résidentiel de Kim Chung s’est gravement dégradé après 20 ans de service, souffrant d'une pénurie criante d’écoles, d’hôpitaux et de services de proximité.
En outre, l’intégration des chaînes d’approvisionnement au sein des zones industrielles demeure fragile. La valeur ajoutée locale est faible, l’industrie auxiliaire ne se développe pas à la hauteur des attentes, et la participation des entreprises vietnamiennes aux chaînes de valeur mondiales reste très marginale.
Cet état de fait s’explique par une stratégie passée privilégiant le « remplissage foncier » et la création d’emplois au détriment de la "densité technologique et de la valeur". En conséquence, les critères de sélection des projets n'ont pas été assez rigoureux et les mécanismes imposant une mise à niveau cyclique ont fait défaut.
À cela s'ajoutent des outils de contrôle post-licence limités, des infrastructures environnementales inadaptées aux nouvelles exigences et une application non synchronisée des technologies numériques dans la gestion.
Les représentants de la Direction de gestion soulignent que les conséquences de cette situation font peser le risque de transformer ces zones en "décharges technologiques". Des lignes de production obsolètes accroissent les périls environnementaux et ternissent durablement l'attractivité du territoire pour les investissements futurs.
L'urgence d'une transition pour préserver la compétitivité de la Capitale. Sans une conversion opportune, les réserves foncières industrielles de la Capitale risquent de rester « verrouillées » dans un modèle de croissance obsolète. Cela affecterait directement la compétitivité du territoire et sa capacité à attirer des projets de haute technologie.
Vuong Thi Minh Hieu, directrice adjointe de l'Agence de l'investissement étranger (relevant du ministère des Finances), souligne que les marchés internationaux instaurent désormais de nouvelles « règles du jeu » contraignantes. Celles-ci incluent notamment le Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (MACF - CBAM), les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) ou encore les objectifs « Net Zero ». Cette réalité impose aux systèmes de zones industrielles une mutation impérative : passer rapidement du modèle multisectoriel traditionnel vers des parcs industriels écologiques, des complexes urbano-services et des zones industrielles intelligentes exploitant le Big Data.
Face à ces enjeux, la ville de Hanoï affiche sa détermination à transformer ses zones industrielles existantes. La Direction de gestion des parcs de haute technologie et des zones industrielles de Hanoï s'attelle actuellement à « assainir le portefeuille de projets » tout en rétablissant la discipline en matière de technologie, d'environnement et de gestion de terrain. L’organisme de gestion a élaboré un plan d'action détaillé fixant des résultats concrets, notamment un référentiel de critères pour la transition vers des zones industrielles vertes, intelligentes et écologiques. Ces critères couvrent des domaines transversaux : planification, infrastructures technico-numériques, environnement, énergie, structure sectorielle, économie circulaire, ainsi que les infrastructures sociales et la gouvernance. Les dirigeants de la Direction de gestion insistent sur un point crucial : Hanoï ne peut plus fonder sa compétitivité sur les facteurs du « foncier bon marché et de la main-d'œuvre à bas coût ».
La restructuration des zones industrielles doit désormais devenir une composante organique de la nouvelle structure de développement urbain de la Capitale. Elle doit s'articuler étroitement avec les centres d'innovation, les pôles de croissance, les corridors économiques et les écosystèmes techno-scientifiques.