Malgré des conditions météorologiques éprouvantes et le terrain accidenté et rocailleux de cette zone de piémont, les soldats et la population locale de la commune de Bat Bat, en banlieue de la capitale vietnamienne Hanoï, mobilisent toutes leurs énergies autour de chaque prélèvement biologique d’ADN, dans le cadre de la « Campagne de 500 jours et nuits visant à intensifier la recherche, la récupération et l’identification des restes des soldats morts pour la Patrie ».
Les opérations d’exhumation et de prélèvement d’échantillons biologiques dans les 87 tombes de soldats tombés pour la Patrie dont l’identité n’a pas encore été établie, réparties dans quatre cimetières des martyrs de Bat Bat, constituent non seulement une tâche particulièrement délicate, exigeant une rigueur et une précision absolues à chaque étape de l’exhumation, mais aussi une véritable course contre la montre.
Il s’agit d’une mission sacrée, dictée par le cœur, qui nourrit l’espoir de permettre aux héros tombés pour la Patrie de retrouver au plus vite leur nom, leur identité et leurs liens avec leur terre natale et leurs familles.
Les espoirs et les blessures intimes d’un ancien combattant
Au cimetière des martyrs de Cam Linh, dans la commune de Bat Bat, Nguyen Hung Manh, chef de la milice du village de Dan The, regarde silencieusement les longues rangées de stèles funéraires.
Deux membres de sa famille ont donné leur vie pour l’indépendance nationale, mais leurs restes n’ont, à ce jour, toujours pas été retrouvés.
Il s’agit de son grand-père paternel, tombé en 1968 sur les champs de bataille de Quang Tri, et de son oncle maternel, mort en 1953 durant les premières années de la résistance nationale contre le colonialisme français.
« Chaque fois que je fais brûler de l'encens sur l'autel ancestral et que je regarde les photos de mon grand-père et de mon oncle, j'ai le cœur serré. Un demi-siècle s'est écoulé depuis la fin de la guerre, mais l’attente du retour de nos proches demeure toujours vive, au fil des repas et des moments de la vie familiale », confie avec émotion M. Manh.
Lorsqu’il a appris la mise en œuvre de la « Campagne de 500 jours et nuits », M. Manh y a vu à la fois une responsabilité sacrée et une immense source d’espoir : faire en sorte que chaque échantillon d’ADN prélevé auprès des familles et sur les restes des soldats tombés pour la Patrie puisse être comparé avec la plus grande exactitude possible, afin que ces martyrs puissent enfin retrouver leur identité.
Animé par cette conviction, il a activement œuvré, dans le cadre de ses fonctions de chef de la milice du village, à mobiliser et à fédérer l’ensemble des forces du système politique local afin d’apporter son soutien aux équipes chargées des opérations.
Selon Nguyen Viet Giao, vice-président du Comité populaire de la commune de Bat Bat, cette région est profondément imprégnée de traditions révolutionnaires.
Les autorités locales administrent actuellement quatre cimetières des martyrs regroupant au total 581 tombes.
Parmi celles-ci, 320 sont des tombes symboliques, c’est-à-dire des tombes ne contenant pas de restes humains, les soldats concernés étant morts sur des champs de bataille éloignés et leurs dépouilles n’ayant jamais pu être retrouvées.
Par ailleurs, 174 tombes disposent désormais d’informations d’identification complètes, tandis que l’identité des soldats inhumés dans les 87 tombes restantes demeure encore inconnue.
Un engagement sans faille et une exigence de précision absolue
Conscient du caractère particulièrement sensible de la mission et de l’urgence de la situation sur le terrain, le Commandement de l'artillerie et des missiles a rapidement dépêché des renforts afin de soutenir les autorités locales.
Présent directement sur le terrain, le sous-lieutenant Ha Van Hieu, commissaire politique adjoint de la Compagnie 767, Bataillon 97, relevant de l’état-major du Commandement de l’artillerie et des missiles, participe aux opérations aux côtés de quinze soldats aguerris.
Tous ont été mobilisés dès les premiers jours de la campagne pour procéder à l’exhumation et au prélèvement d’échantillons sur les restes de soldats tombés pour la Patrie dont l’identité demeure inconnue.
Parmi cette unité spéciale figuraient de très jeunes recrues. Le soldat Dang Gia Bao, du Bataillon 97, n’est incorporé que depuis un peu plus de six mois et vient tout juste d’achever sa formation initiale.
Il s’est pourtant rapidement intégré à cette mission, avec le même sérieux et le même soin méticuleux que ses camarades.
Essuyant les gouttes de sueur qui perlent sur son visage, le soldat Dang Gia Bao confie avec émotion : « Participer à la Campagne de 500 jours et nuits est pour moi un immense honneur dans ma vie militaire. Chaque parcelle de terre que nous chérissons aujourd’hui nous rappelle, à nous jeunes soldats, de vivre, d’étudier et de nous entraîner d’une manière digne des sacrifices des générations qui nous ont précédés. »
À Bat Bat, la Campagne de 500 jours et nuits transforme progressivement en réalité l’aspiration séculaire des familles des soldats tombés pour la Patrie.
Les échantillons d’ADN soigneusement prélevés aujourd’hui sur la terre natale sont un lien sacré, nourrissant l’espoir que les noms et les lieux d’origine des 87 soldats inhumés dans ces tombes puissent enfin être établis, afin que les martyrs puissent reposer en paix, enfin réunis avec leur terre natale et leurs proches.