À l’ère technologique, la diplomatie scientifique et technologique n’est plus une simple option, mais une évolution incontournable pour tous les pays, notamment ceux en développement. L’intégration internationale par la coopération et la mise en réseau dans ces domaines permet d’accéder plus rapidement aux connaissances, aux technologies et aux ressources humaines hautement qualifiées disponibles dans le monde.
Une évolution incontournable
La stratégie gouvernementale pour le développement des sciences, des technologies et de l’innovation à l’horizon 2030 attribue aux sciences et technologies un rôle essentiel dans la croissance et le développement du Vietnam.
Adoptée par le Bureau politique le 22 décembre 2024, la résolution n° 57-NQ/TW sur les percées dans les sciences, les technologies, l’innovation et la transformation numérique fixe plusieurs objectifs pour 2030. Le Vietnam entend notamment atteindre un niveau avancé dans ces domaines et figurer parmi les pays d’Asie du Sud-Est les plus performants en matière de compétitivité numérique et d’administration électronique.
Lors de la 33ᵉ Conférence diplomatique, le 5 août, le ministre des Affaires étrangères Le Hoai Trung a souligné que la diplomatie scientifique et technologique, l’innovation et la transformation numérique devenaient un pilier majeur de la diplomatie au service du développement.
Celle-ci doit ouvrir la voie, établir des liens et créer un environnement international favorable au renforcement des capacités scientifiques, technologiques et innovantes du pays. Elle doit également favoriser la maîtrise des technologies stratégiques, garantir la sécurité technologique et renforcer la position du Vietnam dans le nouvel ordre mondial de la technologie.
Selon Nguyen Van Noi, ancien recteur de l’Université des sciences naturelles relevant de l’Université nationale du Vietnam à Hanoï et président de l’Association vietnamienne des laboratoires, la diplomatie scientifique et technologique consiste à employer les instruments de la politique extérieure pour établir des réseaux de partenaires et attirer les ressources intellectuelles mondiales. L’objectif est de développer les capacités internes du pays.
Le monde passe actuellement du « transfert technologique à sens unique » à la « cocréation des connaissances ». Le Vietnam doit abandonner une posture passive et inscrire ses propres enjeux urgents dans les programmes internationaux de recherche : changement climatique, intrusion saline, matériaux verts, énergies renouvelables ou encore sécurité alimentaire. Il pourra ainsi devenir un terrain mondial d’expérimentation.
Ces dernières années, les instituts de recherche, les universités et de nombreuses entreprises ont intensifié leurs partenariats afin d’attirer des connaissances, des technologies et des experts internationaux.
L’Académie vietnamienne des sciences et des technologies et l’Académie vietnamienne des sciences sociales ont renforcé leurs activités de diplomatie scientifique et technologique. Elles ont conclu des partenariats avec des instituts et universités étrangers afin d’élargir leurs connaissances, de former des spécialistes et de participer à des recherches conjointes. L’ambition est de maîtriser les technologies, puis d’en créer de nouvelles au service du développement national.
L’Université des sciences naturelles de Hanoï a mené à bien plusieurs projets prioritaires. Le programme OEPAC, consacré à la recherche et à la formation en sciences analytiques, est réalisé avec l’Université de Tokyo et l’Association japonaise des fabricants d’instruments analytiques, la JAIMA.
Le projet SATREPS EDFEN sur la sécurité alimentaire et la surveillance de la qualité de l’environnement est conduit avec les universités Waseda et de Tokyo ainsi qu’avec la JAIMA.
Ces initiatives ont donné une impulsion importante à la formation et à la recherche au Vietnam dans les sciences et technologies analytiques, la sécurité alimentaire et la surveillance environnementale.
Membre de la délégation de haut niveau qui a accompagné To Lam lors de sa visite d’État en Russie, de sa visite officielle en France et du Sommet international sur l’espace de Paris, du 7 au 12 septembre, Tran Hong Thai, président de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies, a précisé les principaux axes de coopération.
Avec la Russie, le Vietnam entend renforcer les partenariats dans plusieurs domaines scientifiques stratégiques : physique nucléaire, énergie atomique, nouvelles sources d’énergie, systèmes énergétiques avancés, technologies numériques fondamentales, spatial, petits satellites, télédétection, drones, systèmes autonomes et matériaux avancés.
Avec la France, la priorité est donnée aux technologies spatiales. Le satellite d’observation de la Terre VNREDSat-1 constitue l’un des résultats emblématiques de la coopération scientifique et technologique entre les deux pays.
Le partenariat entre l’Académie vietnamienne, le Centre national d’études spatiales français et Airbus Defence and Space s’élargit désormais à la prochaine génération de satellites d’observation terrestre. À plus long terme, le Vietnam souhaite développer et maîtriser progressivement ses propres satellites, ses constellations d’observation de la Terre et ses infrastructures de données spatiales.
Maîtriser et cocréer les technologies
L’objectif ultime de la coopération scientifique internationale est la maîtrise technologique. Un pays ne peut y parvenir que s’il dispose de ses propres connaissances, ressources humaines et écosystème d’innovation.
À l’Université des sciences naturelles de Hanoï, la coopération internationale repose sur des critères clairement définis : accès aux normes mondiales de formation, autonomie technologique au service de la collectivité et capacité à élargir les réseaux d’innovation.
Les laboratoires prioritaires fonctionnent comme des écosystèmes ouverts favorisant les échanges universitaires et scientifiques.
Des scientifiques vietnamiens et japonais participent à une réunion du comité directeur du projet SATREPS EDFEN sur la surveillance de la qualité environnementale et la sécurité alimentaire. Le laboratoire du projet est installé sur le campus de l’Université nationale du Vietnam à Hanoï.
Des professeurs et experts internationaux y travaillent régulièrement en étroite collaboration avec les chercheurs vietnamiens, faisant émerger des réalisations et des travaux scientifiques de portée internationale.
Selon Nguyen Van Noi, la valeur fondamentale de la diplomatie scientifique et technologique ne réside pas uniquement dans les capitaux ou les équipements obtenus. Elle tient aussi à la capacité d’attirer des connaissances et des spécialistes de haut niveau, d’établir des liens étroits avec les réseaux internationaux d’experts et de permettre aux étudiants vietnamiens d’accéder aux meilleures normes de formation.
La diplomatie scientifique et technologique peut naître d’engagements conclus au plus haut niveau. Son succès dépend toutefois de la capacité d’absorption, de l’esprit d’initiative et de la volonté de coopération des chercheurs vietnamiens et étrangers.
« La valeur fondamentale de la diplomatie scientifique et technologique ne réside pas uniquement dans les capitaux ou les équipements obtenus. Elle tient aussi à la capacité d’attirer des connaissances et des experts de haut niveau, de tisser des liens étroits avec la communauté scientifique internationale et d’aider les étudiants vietnamiens à atteindre les meilleures normes de formation. »
Nguyen Van Noi, professeur et docteur
L’Académie vietnamienne des sciences et des technologies s’attache à transformer son modèle de coopération internationale. Elle entend passer du schéma traditionnel fondé sur les échanges de personnel, les colloques scientifiques et les projets de recherche à un modèle de « codéveloppement technologique ».
Celui-ci repose sur quatre éléments : créer au Vietnam des laboratoires et des équipes de recherche conjoints ; mettre en œuvre des programmes de cofinancement à long terme consacrés à des défis technologiques précis ; former des experts selon le principe de la « formation des formateurs », afin que les personnels qualifiés puissent à leur tour former des équipes nationales ; et associer les entreprises dès la phase de recherche et développement.
Cette participation précoce du secteur privé doit permettre de constituer une chaîne complète allant de la recherche au prototype, puis aux essais, à la production et à la commercialisation.
Tran Hong Thai souligne que, dès la conception d’un programme de coopération, il convient de définir précisément les tâches dont la partie vietnamienne assurera la maîtrise, les mécanismes de partage des données et des résultats, les droits de propriété intellectuelle ainsi que les différentes étapes d’évaluation des compétences.
Le transfert technologique pourra ainsi contribuer directement au renforcement des capacités internes, au lieu de se limiter à la réception de produits ou d’équipements.
« Si, à l’issue d’un projet, nous disposons d’un appareil supplémentaire, mais pas d’une équipe d’experts capable de le comprendre, de le modifier et d’en développer la génération suivante, nous ne pouvons pas parler d’un plein succès de la coopération scientifique et technologique », conclut-il.