Si elles commencent à maîtriser les outils numériques et à mieux cerner les besoins du marché, leur parcours entrepreneurial reste confronté à un « double obstacle » : des ressources et des compétences limitées, auxquels s’ajoutent des difficultés d’accès au crédit, aux infrastructures et aux débouchés.
À Na Pu, dans la commune de Nam Quang, Dao Thuy Xuan, née en 2002 et membre de l’ethnie Mong, utilise les réseaux sociaux pour raconter le quotidien de sa communauté. Diplômée en droit de l’Université de Hanoi en 2024, elle a choisi de rentrer dans sa région natale plutôt que de travailler dans son domaine de formation.
Elle a ainsi créé Sua Hmong’s House, un projet personnel destiné à valoriser la culture Mong. Avec plus de 100 millions de dongs investis dans la construction d’une maison voisine de celle de ses parents, Xuan y réalise des vidéos et des photos, loue des costumes traditionnels et organise progressivement des activités autour de la broderie, du men men et de la découverte de la vie culturelle Mong. Elle souhaite également promouvoir le riz, les poulets noirs et d’autres produits agricoles locaux.
Mais le manque de moyens limite encore son projet. Elle doit notamment investir dans un appareil photo, des objectifs, un ordinateur et des équipements de stockage. Faute de capacité suffisante, elle a parfois dû supprimer ses données après leur publication. Elle reconnaît également manquer d’expérience dans la production de contenus et souhaite bénéficier de formations sur l’entrepreneuriat, la communication numérique, la promotion des produits et le tourisme communautaire.
L’accès au financement constitue une autre difficulté. Xuan envisage d’emprunter environ 100 millions de dongs pour rénover la maison, construire des sanitaires et acheter du matériel. Cependant, faute d’informations précises sur les conditions et procédures de crédit, elle n’a pas encore déposé de demande.
À environ 500 mètres de là, à Khuoi Ky, Mac Thi Khon, née en 1993 et membre de l’ethnie Tay, s’est lancée dans l’hébergement touristique en 2018. Avec son mari, elle a investi plus de 100 millions de dongs provenant de leurs économies, d’emprunts et de la vente de bovins pour transformer leur maison familiale en homestay.
Après huit années d’apprentissage, le couple maîtrise progressivement l’accueil des visiteurs et utilise Booking, Google, TikTok et Facebook pour attirer des clients, notamment étrangers. Mais la concurrence pousse désormais les établissements à améliorer leurs équipements.
La famille construit donc un nouveau site d’hébergement à environ 500 mètres de l’ancienne maison, avec six chambres dotées de sanitaires privatifs et de climatiseurs. Le coût des matériaux dépasse déjà 100 millions de dongs, tandis que l’investissement total pourrait atteindre 300 à 400 millions de dongs.
À Cao Bang, les parcours de Dao Thuy Xuan et de Mac Thi Khon montrent des initiatives entrepreneuriales fondées sur les ressources culturelles et touristiques locales. Pour poursuivre leurs projets, elles restent toutefois confrontées à des besoins concrets en matière de compétences, d’équipements, d’accès au financement et de débouchés. Des formations adaptées et des sources de crédit correspondant à leurs capacités apparaissent ainsi comme des attentes exprimées directement par ces entrepreneures des zones montagneuses et frontalières.