Après de longues heures absorbés par les études ou submergés par un travail stressant, beaucoup de jeunes de Da Nang se tournent vers ces ateliers traditionnels pour changer de rythme. Photo : tienphong.vn
Après de longues heures absorbés par les études ou submergés par un travail stressant, beaucoup de jeunes de Da Nang se tournent vers ces ateliers traditionnels pour changer de rythme. Photo : tienphong.vn

À Da Nang, les jeunes recherchent un lieu où l'imperfection leur est permise

« Une tache de peinture, une fissure, une tasse tordue me donnent parfois un sentiment d'authenticité et je m'en souviens plus longtemps qu'avec un objet parfait », confie Tran Uyen (22 ans, quartier Son Tra, Da Nang, au Centre du Vietnam) en observant les blocs d'argile inachevés qu'elle tient entre ses mains.

Chaque jour, un espace dédié à la découverte de plus de douze métiers artisanaux traditionnels à Da Nang (rue Lac Long Quan, quartier de Dien Ban Dong) accueille de nombreux jeunes venus participer à des activités telles que la poterie, l’impression de gravures sur bois, la fabrication de papier dó (papier fait à partir de l'écorce interne de l'arbre poonah-Rhamnoneuron balansae) ou encore la broderie à la main.

Autour d’une longue table près de la fenêtre, quelques jeunes s’affairent sur des plaques gravées en bois ou s’essaient à la peinture laquée. Dans un autre coin, des ouvrages de broderie encore inachevés côtoient plusieurs tasses en terre cuite en cours de façonnage, dont les formes irrégulières sont bien visibles.

Pourtant, personne ne semble vraiment préoccupé par la beauté du résultat final. Nguyen Quoc Huy, 27 ans, habitant du quartier de Hai Chau, explique que son métier dans le secteur des technologies l’amène à passer l’essentiel de son temps devant un écran, dans un environnement où chaque opération est optimisée au maximum. C’est pourquoi le fait de devoir corriger patiemment chaque détail d’un bloc d’argile lui procure une sensation inhabituelle. « Ici, il n’y a pas de bouton “annuler”. Quand on se trompe, il faut rectifier petit à petit. Mais on peut modifier l’objet comme on le souhaite, à sa manière », raconte-t-il.

Passer des heures à façonner minutieusement un objet et à peaufiner les détails encore imparfaits permet à de nombreux jeunes de trouver du plaisir dans cette « maladresse » assumée. Pour eux, la valeur d’une création ne réside pas dans une perfection absolue, mais dans les traces uniques qu’elle porte, même lorsqu’elles ne sont pas esthétiquement irréprochables.

Sur une estampe réalisée à partir d’une gravure sur bois, un coin de l’image a été taché après un passage trop appuyé du rouleau encreur. Nguyen Khanh Linh, 21 ans, habitante du quartier de Ngu Hanh Son, observe son œuvre pendant quelques secondes avant de déclarer : « Je pensais que c’était irrécupérable. Rien que pour obtenir une couleur uniforme, il faut être extrêmement précis. Une petite erreur suffit à déséquilibrer toute l’image. »

Linh confie qu’elle n’aurait jamais imaginé passer deux ou trois heures à colorier une œuvre. « D’habitude, dès que j’ai un moment libre, je prends mon téléphone. Mais ici, je suis tellement concentrée que j’en oublie presque de vérifier mes messages. »

Tran Ngoc Phuong Thy, 32 ans, animatrice des ateliers, explique que de nombreux jeunes s’intéressent aujourd’hui aux activités artisanales non seulement par curiosité pour les métiers traditionnels, mais aussi parce qu’ils recherchent une parenthèse dans un quotidien qui va trop vite.

« Au début, beaucoup craignent de rater leur création et ressentent une certaine pression. Pourtant, l’artisanat n’est pas un domaine où la perfection absolue existe. Ce qui est le plus intéressant, c’est qu’après un certain temps de pratique, ils cessent progressivement de se focaliser sur la réussite ou l’échec du produit final pour apprécier davantage le processus. Certains finissent même par vouloir tout réaliser eux-mêmes, sans avoir besoin de mes conseils », ajoute-t-elle.

Après s’être familiarisés avec les étapes de base, de nombreux jeunes se sentent suffisamment confiants pour fabriquer eux-mêmes du papier dó sans l’aide d’un encadrant.

Au milieu des odeurs de papier dó, de terre cuite et du bruit régulier des outils sculptant le bois, de nombreux jeunes de Da Nang participent à ces ateliers d’artisanat traditionnel pour ralentir le rythme d’une vie trépidante et renouer avec quelque chose de plus authentique à travers le travail de leurs propres mains.

Back to top