La commune de Long Coc (ancien district de Tan Son, Phu Tho) est surnommée « l’île du thé » ou encore la « baie d’Ha Long terrestre », avec des centaines de collines verdoyantes qui ondulent à perte de vue, semblables à des bols renversés.
Les minorités ethniques représentent ici jusqu’à 83 % de la population, principalement des Muong qui vivent de la culture et de la transformation du thé. Pendant des générations, leur travail s’est limité à bêcher la terre, transporter le fumier et cueillir les jeunes pousses de thé.
Mais aujourd’hui, les téléphones posés sur des trépieds, les caméras et les séances de livestream sont devenus des scènes familières au milieu des plantations de thé et dans les ateliers de transformation.
Au sommet de la colline de Bong, à l’aube, Ta Thi Cam Ly, 21 ans, cueille agilement les feuilles de thé tandis que deux touristes russes filment la scène. Il s’agit d’une activité proposée dans le cadre d’un circuit touristique organisé par la famille de Ly.
La famille de Ly possède une plantation de thé, mais auparavant, elle se contentait de récolter et de vendre le thé brut. Animés par l’esprit d’initiative propre à la jeune génération, Ly et son mari figurent parmi les premiers foyers de la région à produire des contenus numériques pour promouvoir la beauté des plantations de thé locales.
« Tôt le matin, j’emmène les visiteurs sur la colline pour prendre des photos au lever du soleil avec les jeunes filles muong qui cueillent le thé. L’après-midi, je les accompagne pour admirer le coucher du soleil sur les plantations de thé en forme de bols renversés, puis je leur apprends à cueillir eux-mêmes les feuilles et à fabriquer artisanalement le thé. Mon mari nous suit pour filmer, puis il monte les vidéos avant de les publier sur les réseaux sociaux », raconte Cam Ly.
Non loin du lieu où Ly cueille le thé, Nguyen Hoang Trung, secrétaire du comité du Parti de la commune de Long Coc, tourne lui aussi une vidéo destinée aux réseaux sociaux pour présenter la beauté des plantations de thé au lever du jour.
Les autorités de Long Coc accompagnent étroitement les habitants à chaque étape de la transformation numérique et du développement touristique. Les agents locaux leur montrent concrètement, étape par étape, comment filmer, monter de courtes vidéos et utiliser le marketing numérique afin de promouvoir les beautés de leur terre natale sur les réseaux sociaux.
Ha Thi Tuyen, 55 ans, directrice de la coopérative de thé biologique de Long Coc, indique que la coopérative compte actuellement 20 membres qui cultivent 18,6 hectares de thé sur les différentes collines.
Autrefois, les habitants cultivaient principalement des théiers issus de semis traditionnels, avant de se tourner vers des variétés à multiplication végétative, notamment le thé Bat Tien, une spécialité locale.
« Avant, nous savions seulement planter et récolter le thé pour le vendre à l’état brut. Nous ne savions pas que les plantations de thé de notre pays natal étaient aussi belles et possédaient un si grand potentiel touristique », confie Mme Tuyen.
Autrefois, la torréfaction artisanale du thé demandait beaucoup d’efforts : une heure passée à surveiller inlassablement le feu ne permettait de produire que 0,5 kg de thé sec. Aujourd’hui, les pétrins et les séchoirs électriques se sont largement répandus dans les ateliers de transformation familia
Tout en surveillant la température des séchoirs ou en cueillant rapidement les jeunes pousses couvertes de rosée, les agriculteurs des villages muong s’expriment désormais avec assurance devant les caméras et interagissent avec les internautes, déterminés à faire connaître leur terre natale sur les réseaux sociaux.
Giang, membre de l’équipe de communication de la commune, filme les différentes étapes de la transformation du thé afin de produire de courtes vidéos destinées à être publiées sur la chaîne « Amazing Long Coc » de la commune.
Depuis que les plantations de thé locales ont acquis une certaine notoriété sur les réseaux sociaux, les ventes du thé Bat Tien, une spécialité du pays Muong, ont été multipliées. Plus remarquable encore, plusieurs emballages de ce thé d’exception ont voyagé à travers le monde dans les bagages de touristes étrangers.
Les habitants des villages muong tirent désormais des revenus plusieurs fois supérieurs de ces terres agricoles qui font partie de leur vie depuis des générations, depuis qu’ils ont osé mettre leur « travail des champs » en ligne.
Parallèlement à cette dynamique de communication portée par les habitants, la transition des méthodes de culture conventionnelles basées sur les produits chimiques vers l’agriculture biologique est considérée comme la « clé » d’un développement durable de la filière théicole de Long Coc.
Selon Nguyen Hoang Trung, secrétaire du comité du Parti de la commune de Long Coc, les autorités et les habitants s’efforcent actuellement de convertir les surfaces cultivées en thé à l’agriculture biologique.
« La culture biologique est difficile au début et la production peut diminuer, mais elle permet de préserver notre santé, de maintenir un environnement propre pour accueillir les visiteurs et de vendre des thés de spécialité entre 500 000 et 2 millions de dongs le kilogramme », explique M. Trung.
Grâce à cette tendance, même les agriculteurs âgés qui ont consacré toute leur vie aux plantations de thé commencent à changer leur façon de penser. Nguyen Thi Hanh raconte qu’autrefois, les habitants ne connaissaient que le travail acharné, de l’aube jusqu’à la nuit tombée, avant de rentrer chez eux pour se reposer. Ils n’avaient jamais imaginé que les collines de leur terre natale pourraient un jour accueillir des visiteurs jusque tard dans la nuit.