Nécessité d'un système scientifique et harmonisé de gestion des produits phytosanitaires biologiques pour l'ASEAN
Ces dernières années, l’utilisation des produits phytosanitaires biologiques connaît une forte progression à l’échelle mondiale.
Selon le Département de la production végétale et de la protection des végétaux (ministère de l’Agriculture et de l’Environnement), le marché mondial des biopesticides devrait enregistrer, sur la période 2023-2028, un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 15,9 %.
Partant d’un chiffre d’affaires de 6,7 milliards de dollars en 2023, ce segment devrait atteindre 13,9 milliards de dollars en 2028.
Fait notable, à l’horizon 2040-2050, il pourrait représenter une part de marché équivalente à celle des produits phytosanitaires chimiques.
Ces chiffres témoignent d’un mouvement de transition profond et inéluctable des produits chimiques vers les solutions biologiques.
Le vice-directeur du Département de la production végétale et de la protection des végétaux, Nguyen Quang Hieu, a indiqué qu’au Vietnam, les biopesticides sont en mesure de prévenir et de lutter contre jusqu’à 65 % des organismes nuisibles affectant de nombreux groupes de cultures.
Depuis 2020, le nombre de noms commerciaux de produits phytosanitaires biologiques répertoriés est passé de 768 à 878. Leur utilisation a progressé, passant de 16,67 % en 2020 à 19,46 % en 2024.
En moyenne, le Vietnam importe chaque année entre 18 000 et 20 000 tonnes de produits phytosanitaires biologiques, soit près de 20 % du volume total des produits importés.
Dans la perspective du développement d’une agriculture verte, la réduction de la dépendance aux substances chimiques de synthèse constitue une tendance inévitable.
Toutefois, les réglementations et cadres juridiques relatifs à la gestion des produits phytosanitaires biologiques diffèrent encore sensiblement d’un pays à l’autre, notamment au sein de l’ASEAN, et demeurent hétérogènes et insuffisamment harmonisés.
Les États appliquent leurs propres normes, ce qui entraîne une fragmentation réglementaire et complique l’enregistrement ainsi que la mise en circulation des produits entre les pays.
Dans ce contexte, la nécessité d’un système scientifique, transparent et harmonisé de gestion des produits phytosanitaires biologiques pour l’ensemble de la région ASEAN apparaît plus pressante que jamais.
Selon le représentant vietnamien du Secrétariat de l’ASEAN, Pham Quang Minh, le programme-cadre de gestion des produits phytosanitaires biologiques au sein de l’ASEAN ne vise pas à imposer un modèle unique, mais à identifier des points de consensus, dans le respect de la souveraineté de chaque pays en matière de gestion.
L’objectif est d’édifier un système moderne permettant aux produits phytosanitaires chimiques et biologiques de jouer des rôles complémentaires.
Nécessité de l’élaboration d’une feuille de route adaptée
Le docteur Tan Siang Hee, directeur exécutif de CropLife Asie, a souligné que l’harmonisation des principes de gestion contribuerait à réduire les barrières techniques, à stimuler l’innovation et à garantir la sûreté des utilisateurs de produits phytosanitaires biologiques.
Ces derniers mois, le Groupe de travail de l’ASEAN sur l’efficacité biologique (ABETF) a collaboré avec l’Association CropLife Asie pour mettre en œuvre, sur une période de 30 mois, un programme-cadre de gestion des produits phytosanitaires biologiques dans la région.
Le programme se concentre sur l’examen et l’analyse des cadres juridiques en vigueur ; la promotion de l’harmonisation des exigences d’enregistrement fondées sur des bases scientifiques ; l’élaboration de méthodes d’évaluation communes ; ainsi que le renforcement des capacités techniques.
De plus, il vise à intensifier la coopération public-privé dans le partage des connaissances et la mise en œuvre de modèles pilotes sur le terrain, afin de favoriser une adoption cohérente et efficace des produits phytosanitaires biologiques dans la région.
Pour les pays de l’ASEAN en général, ce programme contribue à promouvoir une approche de gestion fondée sur les risques, favorisant ainsi une utilisation sûre, efficace et responsable des produits phytosanitaires biologiques, en lien avec les objectifs de développement agricole durable et de protection de la santé humaine et de l’environnement naturel.
Pour le Vietnam en particulier, ce programme constitue une importante plateforme de référence pour les expériences et pratiques internationales, contribuant à la réalisation des objectifs nationaux d’accroissement de l’utilisation des biopesticides d’ici à 2030, avec une vision à l’horizon 2050, conformément à l’orientation vers l’intégration et le développement d’une agriculture moderne.
Afin d’assurer un développement harmonisé des produits phytosanitaires biologiques au sein de la région ASEAN, les entités concernées devront, dans les prochaines étapes, poursuivre l’examen et l’analyse de l’état actuel des cadres juridiques ainsi que du niveau d’application des produits biologiques dans l’ensemble des États membres.
Sur cette base, il conviendra d’unifier les objectifs communs, d’identifier les composantes prioritaires et d’élaborer rapidement une feuille de route pour la mise en œuvre du Programme-cadre régional de gestion des produits phytosanitaires biologiques de l’ASEAN.