Dans la lutte pour l’indépendance et la liberté nationales, chaque victoire éclatante a été écrite avec le sang, la sueur et l’intelligence de Vietnamiens ordinaires, mais extraordinaires.
Au cœur des zones de résistance, des scientifiques, des ingénieurs, des soldats ainsi que des paysans patriotes ont œuvré sans relâche à la conception d’armes, d’équipements et de solutions logistiques ingénieuses, empreintes d’une forte identité vietnamienne.
Du célèbre lance-roquettes (bazooka) aux mythiques vélos de portage, en passant par des innovations dans les domaines médical, logistique et des communications, toutes ces créations ont contribué à forger une véritable puissance issue de la mobilisation populaire.
Le général Cao Thang a collecté des armes de l’armée française, les a démontées afin d’en comprendre la structure, avant d’en reproduire le fonctionnement pour fabriquer des fusils inspirés du modèle Gras 1874.
Né dans une famille paysanne à Huong Son, dans la province de Ha Tinh, Cao Thang a grandi dans des conditions difficiles, habitué dès son enfance au travail manuel et à la vie rude des populations montagnardes.
Doté d’une intelligence vive, d’une grande perspicacité et d’un esprit chevaleresque, il a très tôt, face à l’invasion coloniale française et à la misère du peuple, éveillé en lui un profond patriotisme et une ferme volonté de lutter contre les envahisseurs.
Il rejoint d’abord des groupes de guérilla locaux avant d’intégrer rapidement le soulèvement de Huong Khe, où il devient un proche collaborateur de Phan Dinh Phung, leader du soulèvement de Huong Khe et aussi une des figures les plus marquantes de la résistance contre la colonisation française au Vietnam à la fin du XIXe siècle.
Son origine paysanne lui a permis de comprendre intimement la vie des masses et de construire ainsi une force de résistance étroitement liée à la population.
L’une des contributions les plus remarquables de Cao Thang réside dans le domaine de la recherche et de la fabrication d’armes.
Il a collecté des fusils de l’armée française, les a démontés afin d’en étudier la structure, puis a reproduit et fabriqué des armes sur le modèle du fusil Gras 1874.
Sous sa direction, les forces insurgées ont fabriqué des centaines de fusils dans des conditions extrêmement limitées.
Les fusils fabriqués par Cao Thang présentaient une structure proche de l’original, notamment la culasse, le percuteur, le mécanisme de mise à feu et l’utilisation de cartouches métalliques.
Cependant, en raison des limites des techniques métallurgiques de l’époque, les canons étaient dépourvus de rayures et les ressorts n'atteignaient pas une élasticité optimale, ce qui limitait la portée et la précision par rapport au modèle original.
Malgré ces contraintes, il s’agissait d’un progrès majeur dans l’ingénierie militaire, illustrant l’esprit d’autonomie et de créativité du peuple vietnamien à la fin du XIXe siècle.
Les fusils fabriqués par Cao Thang ont été rapidement intégrés aux unités de la résistance de Huong Khe, renforçant à la fois le moral des combattants et leur efficacité au combat.
De nombreuses embuscades contre les troupes françaises, des attaques des postes isolés et des tactiques de frappes rapides suivies de replis ont remporté des succès grâce à ce type d’armement, plaçant les forces françaises dans une position de passivité et de désarroi.
Même les officiers français durent admettre que les fusils utilisés par les insurgés de Cao Thang étaient très similaires au fusil Gras 1874.
Lorsqu’ils en observèrent des exemplaires, ils ne purent que constater avec stupeur la capacité à produire des armes d’une telle sophistication dans des conditions de pénurie extrême, révélant ainsi le haut niveau d’organisation, l’ingéniosité technique et le savoir-faire artisanal des Vietnamiens de l’époque.