Dans un contexte de reconfiguration des chaînes d’approvisionnement et des investissements technologiques mondiaux, le Vietnam s’affirme comme une destination prometteuse. Pour attirer durablement les grands groupes du secteur, il doit toutefois améliorer simultanément son cadre institutionnel, ses ressources humaines, ses infrastructures et son écosystème d’innovation.
Perfectionner les institutions et améliorer le climat d’investissement
Le Vietnam bénéficie d’une occasion majeure, alors que de nombreux groupes technologiques mondiaux recherchent de nouveaux sites afin de diversifier leurs chaînes d’approvisionnement. La présence croissante de grandes entreprises de l’électronique et des hautes technologies témoigne de l’attractivité du marché vietnamien.
Selon les experts, le faible coût de la main-d’œuvre et la situation géographique favorable ne constituent cependant plus des avantages décisifs. Les groupes technologiques accordent désormais davantage d’importance à la stabilité et à la transparence du climat d’investissement.
Dans le contexte de la restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales, le Vietnam dispose d’une occasion majeure de devenir une destination privilégiée des groupes technologiques.
Hoang Manh Ngoc, président de l’Association des entreprises de la province de Cao Bang, souligne que « les groupes technologiques ne recherchent pas uniquement des sites de production, mais aussi des territoires où ils peuvent implanter leurs centres de recherche et développement ».
« Pour cela, le cadre institutionnel doit être ouvert, stable et propice au développement à long terme. Le Vietnam possède un fort potentiel pour s’intégrer davantage aux chaînes de valeur mondiales, mais il lui faut un environnement juridique suffisamment souple pour permettre l’expérimentation rapide de nouvelles idées », ajoute-t-il.
Dans les faits, de nombreuses entreprises rencontrent encore des difficultés liées aux procédures d’investissement et d’autorisation, ainsi qu’aux réglementations relatives aux données et à la propriété intellectuelle. Dans le même temps, des concurrents directs comme l’Inde et la Malaisie renforcent leurs dispositifs incitatifs et accélèrent leurs réformes afin de raccourcir les délais de réalisation des projets.
L’absence de mécanismes d’expérimentation réglementaire constitue un autre obstacle. Dans les secteurs technologiques émergents, tels que l’intelligence artificielle, les technologies financières ou les semi-conducteurs, les entreprises éprouvent des difficultés à déployer de nouveaux modèles économiques sans « bac à sable » réglementaire. Cette situation réduit la capacité du Vietnam à attirer des projets à forte intensité technologique.
Ressources humaines et infrastructures, clés de l’attractivité à long terme
Outre les institutions, les ressources humaines jouent un rôle déterminant dans l’attraction des investissements technologiques. Les grands groupes transfèrent de plus en plus vers de nouveaux marchés des activités à forte valeur ajoutée, telles que la conception de puces, la recherche en intelligence artificielle et le développement de logiciels. Ces investissements supposent toutefois la disponibilité d’une main-d’œuvre hautement qualifiée.
Truong Gia Binh, président de FPT, a souligné à plusieurs reprises que le Vietnam devait rapidement améliorer la qualité de ses ressources humaines, en particulier dans les domaines de l’IA et des semi-conducteurs, s’il voulait tirer parti de la nouvelle vague technologique mondiale. Faute de former à temps un nombre suffisant d’ingénieurs qualifiés, le pays pourrait laisser passer cette occasion.
Le Vietnam bénéficie actuellement d’une population jeune et d’une grande capacité d’adoption des technologies. Il manque néanmoins d’ingénieurs hautement qualifiés dans des secteurs stratégiques comme les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. De nombreuses entreprises à capitaux étrangers doivent assurer elles-mêmes une formation complémentaire à leurs employés, ce qui augmente les coûts et allonge les délais de mise en œuvre des projets.
Un représentant d’un groupe technologique étranger présent au Vietnam résume ainsi la situation : « Nous apprécions le potentiel de la jeune main-d’œuvre vietnamienne, mais le développement de centres de R&D exige davantage d’experts expérimentés possédant des compétences spécialisées. »
Les infrastructures constituent un autre facteur essentiel. Pour les groupes technologiques, elles ne se limitent pas à l’électricité et aux transports : elles englobent également les centres de données, les infrastructures numériques, les réseaux de télécommunications à haut débit et l’écosystème d’innovation.
Selon les experts, le Vietnam doit investir davantage dans ses infrastructures numériques, notamment dans des centres de données de grande capacité. Ceux-ci forment le socle indispensable au développement de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle, l’informatique en nuage et l’Internet des objets.
L’écosystème des jeunes pousses joue lui aussi un important rôle de soutien. Un environnement d’innovation dynamique favorisera l’émergence d’entreprises technologiques vietnamiennes et, par conséquent, la constitution de chaînes d’approvisionnement et d’un réseau de fournisseurs au service des grands groupes.
Dans le contexte de la restructuration des chaînes d’approvisionnement mondiales, le Vietnam dispose d’une occasion majeure de s’imposer comme une destination privilégiée des groupes technologiques. Pour transformer cette occasion en avantage durable, il doit toutefois agir simultanément sur les institutions, la formation de ressources humaines hautement qualifiées et les infrastructures modernes.
Ce n’est qu’en levant ces obstacles que le Vietnam pourra passer du statut de centre de production à celui de pôle technologique, s’intégrer plus profondément aux chaînes de valeur mondiales et renforcer sa compétitivité nationale.