Créer des passerelles créatives pour valoriser le patrimoine artisanal

Hanoï (capitale vietnamienne) est membre du Réseau des villes créatives de l’UNESCO et compte quatre villages artisanaux intégrés au Réseau mondial des villes artisanales créatives. Concilier la valeur patrimoniale des produits artisanaux avec les exigences contemporaines reste un défi majeur.

De la scénographie aux éventails en papier du village artisanal de Chang Son, l’ensemble reflète la créativité des jeunes designers.
De la scénographie aux éventails en papier du village artisanal de Chang Son, l’ensemble reflète la créativité des jeunes designers.

Face à cet enjeu, la capitale met en œuvre plusieurs initiatives visant à connecter artisans et créateurs, afin d’améliorer la compétitivité de ces produits sur le marché.

Une alliance pour rehausser la valeur

À la mi-juin 2026, un centre commercial de la rue Nguyen Trai à Hanoï s’est transformé en vitrine de l’artisanat et du design inspiré des métiers traditionnels. Parmi les pièces présentées, une chaise intitulée « Vong ha » dont la structure évoque les anciens hamacs rituels. Les motifs sculptés de têtes de dragon sur les barres de portage témoignent de l’héritage traditionnel, tandis que le dossier est réalisé en vannerie de rotin et de bambou.

Un autre objet marquant est un meuble à chaussures conçu à partir de la collaboration entre deux savoir-faire : la menuiserie et la vannerie de bambou et de rotin. Cette fusion donne un design à la fois élégant et profondément ancré dans l’identité vietnamienne.

Ces créations font partie du programme de développement de l’artisanat fondé sur le patrimoine des villages artisanaux, mis en œuvre par le Département de la culture et des sports de Hanoï. Il associe artisans, designers, artistes et étudiants en beaux-arts et architecture.

Selon l’architecte Bui Thi Thanh Huong, rédactrice en chef de la Revue d’architecture : « Nous avons été surpris par ces produits inspirés de l’artisanat traditionnel. Les jeunes designers ont su insuffler une nouvelle vie à ces savoir-faire, les inscrivant dans le quotidien contemporain. Beaucoup de créations rendent l’artisanat plus noble et plus raffiné. »

De son côté, Pham Thi Lan Anh, responsable de la gestion du patrimoine, souligne : « Les auteurs conservent les droits de propriété intellectuelle. Mais l’interaction entre étudiants, créateurs et artisans permet de renouveler les perspectives, notamment sur l’usage des matériaux et la combinaison des métiers, générant ainsi de nouvelles idées de design. »

Hanoï compte 1 350 villages artisanaux et des milliers de designers et artistes. Selon Pham Tuan Long, chef du Service de la culture et des sports de Hanoï, de nombreux villages peinent à renouveler leurs modèles et à élargir leurs marchés, tandis que les créateurs manquent d’accès aux savoir-faire traditionnels.

Le programme vise donc à créer un cadre de coopération durable, les artisans deviennent à la fois transmetteurs de connaissances et partenaires de création dès la phase d’idéation, tandis que les designers accèdent directement aux savoirs artisanaux pour concevoir des produits adaptés au marché.

Dans cette dynamique, environ 400 étudiants de l’Université des beaux-arts industriels ont été envoyés dans les villages pour apprendre directement auprès des artisans.

L’artisan Nguyen Van Tinh, du village de vannerie de Phu Vinh, affirme : « La collaboration avec les designers apporte de nouvelles perspectives. Nous échangeons nos savoirs et développons ensemble des produits plus utiles, comme des sacs en bambou ou rotin avec des créateurs de mode. »

Le designer Luu Quoc Thang considère ce modèle comme une véritable passerelle entre éducation, création et patrimoine, permettant de former des jeunes conscients de la valeur culturelle et créative de ces métiers.

Un potentiel pour rayonner à l’international

Quatre villages de Hanoï - Bat Trang (céramique), Van Phuc (soie), Chuyen My (incrustation de nacre) et Son Dong (bois sculpté) - ont rejoint le Réseau mondial des villes artisanales créatives. Cette reconnaissance exige des critères stricts, notamment la valeur patrimoniale, l’innovation, le soutien des autorités, la participation communautaire et le potentiel de développement.

L’artisan Nguyen Viet Huan souligne : « Cette intégration ouvre des opportunités inédites pour faire entrer nos produits dans le cercle des arts artisanaux d’excellence mondiale et renforcer leur compétitivité internationale. »

Cependant, malgré un riche réseau de villages réputés comme Phu Vinh, Ha Thai (laque), Chuông (chapeaux coniques), Chang Sơn (éventails) ou Quat Dong (broderie), de nombreuses limites persistent pour séduire les marchés étrangers. Par exemple, à Son Dong, connu pour ses objets rituels traditionnels, les produits innovants restent encore marginaux.

Le programme de développement de l’artisanat doit donc aller au-delà des simples échanges et ateliers, en organisant des résidences de designers dans les villages, des concours de création inspirés du patrimoine, et en soutenant des projets collaboratifs entre artisans et créateurs. Ces initiatives visent à construire de ponts entre tradition et innovation.

Enfin, les produits de souvenirs et cadeaux artisanaux jouent un rôle clé dans la diffusion culturelle. Mais de nombreux objets, bien qu’esthétiques, ne répondent pas encore pleinement aux attentes des consommateurs. L’innovation patrimoniale devient donc essentielle.

Selon la docteure Lu Thi Thanh Le de l’Université nationale de Hanoï, les critères d’achat varient entre l’identité culturelle, le prix, la praticité ou encore le récit associé au produit. Elle souligne que les artisans et designers doivent tenir compte de cette diversité pour créer des objets artisanaux à la fois authentiques, fonctionnels et adaptés au marché.

Back to top