Feuilletant un carnet jauni par le temps, le commandant adjoint chargé des affaires politiques du poste de garde-frontière de Muong Nhe, le commandant To Trung Kien, calcule qu’il y a près de dix ans que ce modèle de « jarre de riz du soldat » est mis en œuvre dans cette région frontalière.
Le 11 novembre 2016, le commandement du poste de Muong Nhe (au Nord du Vietnam) a décidé de lancer cette initiative, en précisant clairement les modalités : avant de préparer les repas quotidiens, le cuisinier devait mettre de côté un bol de riz dans une jarre. Le 25 de chaque mois, la jarre est remise au chef de l’équipe polyvalente pour enregistrement, puis transférée à l’équipe de mobilisation des masses qui distribue ce riz aux ménages pauvres et en difficulté.
Grâce à cette pratique, chaque mois, la « jarre de riz du soldat » du poste de Muong Nhe permet de collecter environ 40 kg de riz pour aider les personnes âgées isolées, les malades et les démunis à surmonter les périodes difficiles.
Se remémorant les débuts, le commandant To Trung Kien raconte que, lorsque le comité du Parti du commandement des gardes-frontières de la province de Dien Bien a lancé le mouvement d’apprentissage et de suivi de l’exemple moral de Hô Chi Minh, chaque unité devait mettre en place un modèle ou une action concrète. Le poste de Muong Nhe a alors organisé des réunions pour recueillir les avis de l’ensemble du personnel et a appelé les cadres et soldats à partager leur riz avec la population. L’appel a reçu l’adhésion de 100 % des effectifs. Le commandement a même financé l’achat de cinq jarres en terre cuite. Depuis, le modèle a été officiellement instauré, nommé et maintenu jusqu’à aujourd’hui. Bien que la quantité de riz ne soit pas importante, elle aide néanmoins les plus démunis à atténuer leurs difficultés pendant les périodes de soudure.
Parmi les huit premières familles du village de Muong Nhe à bénéficier de cette aide, celle de Vang A Mang a réussi à surmonter les épreuves. Il se souvient : en mars 2017, il n’y avait plus un grain de riz à la maison, ni riz ni maïs, et aucune nouvelle récolte en vue. « Je pensais que nous allions mourir de faim. Lorsque nous avons reçu le riz des gardes-frontières, nous avons fondu en larmes », raconte-t-il. Année après année, lors des périodes de soudure ou de mauvaises récoltes, sa famille reçoit du riz et bénéficie de conseils en élevage et en agriculture. Aujourd’hui, leur vie est moins pénible et ils assurent eux-mêmes leur subsistance.
S’inspirant du modèle du poste de Muong Nhe, depuis 2019, les cadres et soldats du poste de Muong Muon contribuent eux aussi en prélevant une partie de leur ration quotidienne.
Selon le commandant adjoint chargé des affaires politiques du poste de Muong Muon, Nguyen Manh Son, la quantité de riz mise de côté chaque jour varie entre 500 et 800 grammes. À la fin du mois, le riz est distribué aux familles reconnues en situation de grande précarité ou récemment touchées par des catastrophes naturelles ou des épidémies.
Le poste de Muong Muon est stationné dans la commune de Na Sang, qui compte près de 4 000 ménages, majoritairement issus de l’ethnie H’Mong, avec un taux de pauvreté élevé. Dans le but d’aider ces populations à améliorer leurs conditions de vie, le poste maintient ce modèle afin de disposer d’une réserve alimentaire pour soutenir rapidement les cas difficiles tels que maladie, accident ou incendie. En moyenne, 30 kg de riz par mois permettent d’aider trois familles.
S’inspirant des postes de Muong Nhe et Muong Muon, depuis septembre 2021, le poste de Thanh Luong a également mis en œuvre ce modèle dans toute l’unité. Avec une collecte mensuelle de 25 à 30 kg de riz, il a déjà distribué 1 350 kg à 54 bénéficiaires, incluant des personnes isolées, des ménages très pauvres et des familles touchées par des catastrophes, leur apportant réconfort et courage pour surmonter les épreuves.
Se souvenant d’une récente distribution, le commandant Doan Thanh Tuan, commissaire politique du poste de Thanh Luong, évoque l’image poignante de Ho A Cong, un vieil homme isolé du hameau de Nam Ty 1, qui s’est mis à pleurer en apprenant que les soldats lui apportaient du riz.
Il précise que M. Cong vit avec son petit-fils, lui aussi très pauvre, qui ne peut cuisiner qu’une seule marmite de men men (semoule de maïs) par jour pour toute la famille. Ce jour-là, les soldats ont trouvé le vieil homme assis seul devant une marmite de men men sèche ; cela faisait un mois qu’il n’avait pas mangé de riz.
Selon le colonel Le Duc Nghia, commissaire politique adjoint du commandement des gardes-frontières de la province de Dien Bien, le modèle s’est largement répandu et a permis de collecter plus de 25 tonnes de riz, aidant près de 1 100 personnes en difficulté dans les zones frontalières.
Pour Nguyen Ngoc Son, vice-chef de la commission de la propagande et de la mobilisation de masse du comité provincial du Parti de Dien Bien, ce modèle incarne la générosité des gardes-frontières envers les populations pauvres. Prélever volontairement une part de leur ration quotidienne ne constitue pas seulement un geste matériel, mais reflète surtout le dévouement des soldats envers les plus démunis et renforce durablement les liens entre l’armée et le peuple aux frontières.