À travers la fenêtre, le soleil du matin baigne déjà les feuillages. Dans une petite pièce, un homme aux cheveux gris, au regard doux et à la voix grave raconte, lentement, son parcours de plus de 25 ans au Vietnam.
Il a parcouru de nombreuses régions, rencontré quantité de personnes et été témoin des profondes transformations du pays depuis la guerre. Je lui demande, après toutes ces années, ce qui reste le plus présent dans sa mémoire.
Bob Frank ne parle ni de réunions, ni de projets, ni de missions. Son souvenir le plus marquant tient en un seul chiffre : 11.
Onze bombes ont été découvertes sous le terrain de sport d’un lycée à Dong Ha (aujourd’hui le quartier de Dong Ha, province de Quang Tri, au Centre du Vietnam).
Il raconte : « Mon histoire avec le Vietnam a commencé en 2000, lorsque j’étais trésorier du Fonds du mémorial des anciens combattants du Vietnam (VVMF). Cette année-là, nous avons accompagné une délégation d’une vingtaine de membres du conseil consultatif au Vietnam.
Ce voyage nous a fait prendre conscience que les États-Unis devaient faire davantage pour remédier aux conséquences de la guerre, notamment en ce qui concerne les mines et les restes explosifs de guerre. Il ne suffisait pas de procéder au déminage, il fallait aussi sensibiliser la population aux dangers des engins non explosés et apporter un soutien aux victimes. À l’époque, les accidents liés aux mines et aux restes explosifs de guerre étaient encore relativement fréquents. Depuis, j’ai consacré de nombreuses années à ce travail.
J’ai beaucoup de souvenirs forts du Vietnam, mais l’un de ceux que je n’oublierai jamais est celui de la construction d’un terrain de base-ball dans un lycée à Dong Ha, dans la province de Quang Tri.
Avant le début des travaux, le terrain devait être déminé afin de garantir la sécurité. Le résultat nous a tous stupéfaits : pas moins de 11 bombes ont été découvertes juste sous la zone que les élèves utilisaient comme terrain de sport depuis des années.
Ce moment m’a rappelé que les séquelles de la guerre étaient toujours là, juste sous les pieds des enfants, et que nous avions encore beaucoup à faire.
Dans les années à venir, Friends of Project RENEW continuera de faire de la prévention des accidents liés aux mines et aux restes explosifs de guerre une priorité, tout en étendant le modèle efficace de Project RENEW à d’autres localités du pays.
À mes yeux, la coopération dans le domaine de la réparation des conséquences de la guerre ne permet pas seulement de régler les problèmes encore hérités du passé. Elle contribue aussi à instaurer la confiance et à renforcer les liens entre les peuples vietnamien et américain ».