La future mise en service de la bourse du carbone : qui en profitera ?

Le Vietnam prévoit de mettre en service sa bourse nationale du carbone à la fin du mois de juin, marquant une étape importante dans son intégration au marché mondial du carbone et dans la mise en œuvre de son engagement à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Photo : vneconomy.vn
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Selon Nguyen Tuan Quang, directeur adjoint du Département du changement climatique relevant du ministère vietnamien de l’Agriculture et de l’Environnement, le marché des crédits carbone n’est pas seulement un instrument économique destiné à attirer les investissements dans les technologies vertes ; il constitue également un puissant levier incitant les entreprises à réduire activement leurs émissions. Alors que le marché mondial des crédits carbone devrait atteindre une valeur d’environ 24 milliards de dollars d’ici 2030, le lancement de la bourse du carbone ouvre de nouvelles perspectives économiques aux entreprises vietnamiennes.

À l’heure actuelle, le pays compte 2 166 installations soumises à l’obligation d’inventaire des émissions de gaz à effet de serre, représentant environ 70 % des émissions directes nationales. Parmi elles, les 110 plus grands émetteurs se sont déjà vu attribuer des quotas d’émission correspondant à près de 40 % des émissions du pays. Cette base constitue un élément essentiel pour la création d’un marché domestique du carbone.

Les spécialistes estiment que ce marché fournira aux entreprises des incitations économiques pour investir dans des solutions de réduction des émissions à moindre coût, tout en contribuant à réduire la dépendance aux crédits carbone internationaux et à limiter l’impact des mécanismes de taxation carbone imposés par certains marchés d’exportation.

Selon Dang Hong Hanh, cofondatrice et directrice générale de VNEEC, le Vietnam dispose de nombreux atouts pour développer les crédits carbones, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et de la foresterie. La demande de crédits carbone de haute qualité est en forte progression, stimulée par le déploiement de mécanismes de commerce vert tels que le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) de l’Union européenne ou le dispositif CORSIA applicable à l’aviation internationale.

Toutefois, les opportunités ne profiteront pas à toutes les entreprises de manière égale. Celles qui sont capables de concevoir des projets de réduction des émissions rigoureux et conformes aux normes internationales en matière de données, de transparence et de qualité des crédits carbone seront les principales bénéficiaires. Au-delà des revenus supplémentaires générés par la vente de crédits carbone, ces entreprises renforceront également leur accès aux marchés d’exportation les plus exigeants en matière d’émissions.

Selon Nguyen Trung Thong, expert en crédits carbone forestiers auprès de Forest Trends, la valeur d’un crédit carbone dépend largement de la qualité du projet dont il est issu et de la fiabilité des données qui le soutiennent. À l’heure actuelle, les crédits provenant de projets bénéficiant d’une notation égale ou supérieure à BBB peuvent se négocier autour de 30 dollars par crédit. En revanche, les crédits de qualité inférieure s’échangent à environ 8,7 dollars l’unité, tandis que ceux qui n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation qualitative se négocient autour de 6,3 dollars.

Cette réalité montre que le marché du carbone ne s’intéresse plus seulement au volume des émissions réduites ou absorbées. Il accorde une importance croissante à la transparence, à l’intégrité environnementale et à la qualité globale des projets générateurs de crédits carbone.

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