La transformation numérique, nouveau levier de la gestion des émissions de carbone

Alors que les exigences en matière de développement durable et de décarbonation s'imposent comme des critères incontournables pour l'activité industrielle, l'intégration des plateformes numériques dans l'inventaire des gaz à effet de serre (GES) apparaît comme une solution clé.

Pham Duc Nghiem, directeur adjoint du Département de l'entrepreneuriat et des entreprises technologiques, prend la parole. Photo: NDEL
Pham Duc Nghiem, directeur adjoint du Département de l'entrepreneuriat et des entreprises technologiques, prend la parole. Photo: NDEL

Elle permet aux entreprises vietnamiennes de se mettre en conformité et de renforcer leur compétitivité au sein des chaînes d'approvisionnement mondiales.

La transition verte impose de nouvelles exigences aux entreprises

S'exprimant lors du séminaire intitulé « Application des plateformes numériques dans l'inventaire des gaz à effet de serre et la gestion des émissions pour les entreprises vietnamiennes », qui s'est tenu le 12 juin matin à Hanoï, Pham Duc Nghiem, directeur adjoint du Département de l'entrepreneuriat et des entreprises technologiques relevant du Ministère des Sciences et des Technologies, a rappelé que le Parti et l'État ont promulgué ces dernières années de nombreuses orientations et politiques majeures pour stimuler les sciences, les technologies, l'innovation et la numérisation, plaçant l'entreprise au cœur de l'écosystème national de l'innovation.

Selon lui, parallèlement à la transformation numérique, la dynamique de croissance verte et de développement durable ouvre de nouveaux horizons au monde des affaires. Le recours aux technologies numériques ne se limite pas à optimiser la gouvernance des entreprises ; il s'avère également décisif pour capter les investissements verts, conquérir de nouveaux marchés et s'intégrer plus avant dans les chaînes de valeur mondiales.

« À l'avenir, les plateformes numériques et les outils technologiques continueront de soutenir le tissu entrepreneurial en vue d'élever ses capacités de gestion, de catalyser l'innovation, d'accéder aux ressources du développement vert et d'élargir ses opportunités sur le marché international », a-t-il souligné.

Sous l'angle de la régulation publique, Luong Quang Huy, chef du Bureau de gestion des émissions de GES et de protection de la couche d'ozone au sein du Département du changement climatique (Ministère des Ressources naturelles et de l'Environnement), a indiqué que le Vietnam perfectionne progressivement son cadre juridique en la matière depuis l'entrée en vigueur de la Loi sur la protection de l'environnement de 2020. Si l'on dénombrait 1 912 établissements soumis à l'obligation d'inventaire des GES en 2022, ce chiffre est passé à 2 166 en 2024. Par ailleurs, le pays déploie actuellement sa feuille de route pour la création et le pilotage d'un marché national du carbone, ciblant en priorité les secteurs à forte intensité d'émissions tels que la production thermique, la sidérurgie et la cimenterie.

Selon Luong Quang Huy, face à la multiplication des barrières commerciales vertes, notamment le Mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF / CBAM) de l'Union européenne, les entreprises ne peuvent plus se contenter de satisfaire aux exigences légales nationales. Elles doivent impérativement démontrer leur capacité à piloter leurs émissions et garantir la transparence de leurs données carbone pour préserver leur compétitivité à l'échelle internationale.

Numérisation du processus d'inventaire des GES

Malgré une prise de conscience de plus en plus nette des enjeux du développement durable, la réalité montre que de nombreuses entreprises se heurtent encore à des obstacles de taille lors des premières étapes de l'inventaire de leurs émissions.

Bui Lâm Anh, directeur du développement produit chez Lead On GHG, a souligné que le principal défi actuel réside dans la gestion des données. Les informations nécessaires à la réalisation du bilan d'émissions sont souvent dispersées entre différents services — comptabilité, production, exploitation ou encore gestion de l'énergie —, ce qui rend leur centralisation extrêmement chronophage et gourmande en ressources. De plus, les coûts liés au recours à des consultants externes et à l'établissement des rapports selon les méthodes traditionnelles restent prohibitifs, en particulier pour les petites et moyennes entreprises (PME). De nombreuses entités se cantonnent ainsi à des bilans ponctuels ou calqués sur les exigences de leurs clients, faute d'avoir mis en place un système de gestion des émissions pérenne et continu.

« De nombreuses entreprises vietnamiennes, en particulier les PME, manquent de structures dédiées à la gestion des émissions ou à l'inventaire des GES. Elles sont donc contraintes de faire appel à des experts ou à des cabinets de conseil indépendants, ce qui engendre des coûts élevés et prolonge les délais de mise en œuvre », a partagé Bui Lam Anh.

Face à ce constat, Lead On GHG a développé une plateforme centralisée de gestion des émissions basée sur le cloud computing (informatique en nuage). Cet outil permet aux entreprises de centraliser leurs données d'exploitation, d'automatiser le calcul de leur empreinte carbone et de générer des bilans de gaz à effet de serre (GES) ainsi que des rapports ESG (Environnement, Social, Gouvernance) conformes aux exigences des autorités de régulation et des partenaires internationaux.

Selon Bui Lam Anh, la finalisation d'un rapport d'émissions nécessitait auparavant entre 3 et 6 mois, le temps de collecter les données, de collaborer avec des consultants et de consolider les résultats. Grâce à l'adoption de cette plateforme numérique, les données peuvent désormais être saisies directement ou synchronisées automatiquement depuis les systèmes de gestion (ERP) existants de l'entreprise. Le processus de calcul et d'édition des rapports s'effectue ainsi de manière quasi instantanée.

Les retours d'expérience terrain menés auprès de plus de 120 entreprises démontrent que ces solutions numériques permettent de réduire jusqu'à 50 % les coûts liés à la gestion des émissions, tout en économisant environ 90 % du temps consacré à l'inventaire, à la consolidation des données et à la rédaction des rapports. Au-delà du simple bilan de GES, la plateforme aide également les entreprises à piloter leur consommation d'énergie, à suivre l'utilisation des combustibles et de l'électricité, et à évaluer l'efficacité opérationnelle de chaque site de production. Elles peuvent ainsi identifier de réelles opportunités d'optimisation des coûts et de réduction des émissions.

La donnée carbone, un nouvel avantage concurrentiel

Selon les experts, la dynamique de décarbonation se propage aujourd'hui à grande vitesse, partant des multinationales pour impacter l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement mondiale. Mme Le Vy, Représentante en chef de Comtest Group Vietnam, a souligné que les donneurs d'ordres internationaux ne se limitent plus à évaluer la qualité des produits ou la capacité de livraison ; ils exigent désormais des entreprises la fourniture de bilans d'émissions de GES sur l'intégralité de leur chaîne logistique.

« Les acheteurs ne se contentent pas d'auditer les émissions de l'usine principale. Ils exigent que les fournisseurs de rang 1, 2 et 3, ainsi que tous les acteurs intermédiaires de la chaîne d'approvisionnement, présentent des rapports d'émissions similaires », a précisé Mme Le Vy.

D'après elle, les transitions numérique et écologique sont deux processus indissociables. Pour piloter efficacement ses émissions, une entreprise doit impérativement bâtir en amont un patrimoine de données numérisées, exhaustives et rigoureuses.

À l'avenir, la donnée carbone s'imposera comme un actif stratégique pour les entreprises. Celles qui disposeront de données transparentes, capables de garantir la traçabilité de leur empreinte carbone et de prouver l'efficacité de leurs mesures de réduction, bénéficieront d'un accès privilégié aux clients, aux investisseurs et aux financements verts. Les experts s'accordent à dire qu'au lieu de percevoir les exigences environnementales comme une lourde contrainte de conformité, les entreprises doivent y voir une opportunité de moderniser leur modèle de gouvernance, de doper leur productivité et de s'insérer plus profondément dans les chaînes de valeur mondiales.

Alors que le Vietnam s'est engagé à atteindre la neutralité carbone (Net Zero) d'ici 2050, l'émergence d'un écosystème de gestion des émissions adossé à la donnée numérique — connectant les entreprises aux autorités publiques — constituera le socle indispensable pour accélérer la transition verte, propulser la compétitivité du tissu entrepreneurial et pérenniser le développement durable de l'économie nationale.

Back to top