Quand Hanoï et Can Tho bâtissent un nouvel axe de coopération stratégique
Lors de la Conférence sur la promotion du commerce et de l'investissement entre Hanoï et Can Tho, qui s'est tenue le 8 juin à Can Tho, le président du Comité populaire de Can Tho a indiqué qu'après la fusion, la ville s'étend sur une superficie d'environ 6 360 km², comprenant 103 communes et quartiers, pour une population globale de près de 4,2 millions d'habitants. En 2025, le PIB régional (GRDP) de la municipalité s'est élevé à plus de 306 000 milliards de dongs, avec des recettes budgétaires totales dépassant 26 000 milliards de dongs, affichant un taux d'autonomie budgétaire d'environ 60%. Forte d'un réseau fluvial dense, d'une position centrale au cœur de la région et d'un réseau de transport en cours de modernisation synchrone, la ville s'avère particulièrement propice au développement de la logistique, de l'agroalimentaire, du commerce et des services.
De surcroît, l'accès à la façade maritime et aux zones côtières issu de cette fusion ouvre des perspectives majeures pour l'économie maritime, les hubs logistiques portuaires, les énergies renouvelables ainsi que l'aquaculture et la pêche. Sur cette base, la municipalité a approuvé son schéma directeur intégré post-fusion. Celui-ci cible une croissance économique annuelle moyenne supérieure ou égale à 10%, un GRDP par habitant d'environ 8 500 dollars d'ici 2030, une part de l'économie numérique représentant au moins 30% du GRDP, avec pour ambition ultime de devenir une métropole fluviale moderne et emblématique de l'Asie du Sud-Est à l'horizon 2050.
Dans sa planification stratégique, Can Tho ambitionne de créer la Zone économique de Can Tho adossée à son port maritime. Elle prévoit également de développer un réseau de parcs industriels de grande envergure, d'étudier la création d'une zone franche, et de déployer un pôle mixte combinant industrie, logistique et technologies de pointe connecté à l'Aéroport international de Can Tho, le tout relié aux corridors économiques stratégiques de l'ensemble de la région.
Compte tenu des potentialités et des atouts respectifs des deux municipalités, le Président du Comité populaire de Can Tho a proposé à Hanoï quatre axes majeurs de coopération : la promotion commerciale et les débouchés pour les produits agricoles ; l'attraction des investissements dans les parcs industriels, les zones économiques et les infrastructures logistiques ; le développement d'un flux touristique bilatéral ; et enfin, le partenariat dans les domaines de la santé, de l'éducation et du transfert de technologies. Plus particulièrement, Can Tho a sollicité l'appui de Hanoï pour étudier le financement d'un hôpital public sur son territoire, scellant ainsi l'ancrage et la solidarité entre les deux villes dans cette nouvelle ère de développement.
Le Quang Tung, secrétaire du Comité du Parti de Can Tho, a souligné qu'au terme du réajustement des délimitations administratives fusionnant la ville de Can Tho avec les provinces de Soc Trang et Hau Giang, l'espace de développement local s'est considérablement élargi. Cela pose les jalons d'une nouvelle dynamique de croissance, porteuse d'opportunités inédites et d'ambitions plus élevées. En sa qualité de municipalité sous administration centrale et de locomotive du delta du Mékong, Can Tho s'attache à assumer son rôle de fer de lance dans les secteurs du commerce, des services, de la logistique, de l'industrie de transformation, de l'agriculture de haute technologie, de la santé, de l'éducation, ainsi que des sciences, des technologies et de l'innovation.
Le pivot central : réformer les mécanismes de gouvernance régionale
Cette dynamique de coopération renforcée entre Hanoï et Can Tho dépasse largement le cadre des deux seules municipalités. Elle pose les bases d'une intégration interrégionale élargie entre le delta du fleuve Rouge et le delta du Mékong, maximisant les synergies et la complémentarité entre ces deux pôles de croissance vitaux pour le pays.
Il s’agit d’un modèle de coopération qu’il convient d’encourager au sein des collectivités locales. En effet, selon de nombreux experts, le repli localiste domine encore largement, incitant les provinces et villes à exploiter leurs atouts de manière isolée, au détriment d'une structure d'intégration unifiée à l'échelle régionale. Les répercussions de ce cloisonnement se font cruellement sentir sur la productivité et la compétitivité. Bien que le delta du Mékong soit le premier bassin agricole du pays, l'avantage de ses volumes de production ne se traduit pas de façon proportionnelle en avantage de marché. Au niveau macroéconomique, la fragmentation de l'organisation du développement entraîne un émiettement des ressources d'investissement, nuisant ainsi à l'efficacité globale. Malgré le déploiement de grands projets d'infrastructure, l'interconnexion générale reste asynchrone, empêchant l'émergence de corridors économiques structurants. Il est donc impératif de rompre avec une logique de gestion purement administrative pour basculer vers une gouvernance axée sur l'espace de développement régional.
Ce constat s'impose avec d'autant plus d'évidence à la lumière des trois années de mise en œuvre de la Résolution No 13-NQ/TW par les autorités du delta du Mékong. Pour lever les goulets d'étranglement qui freinent l'essor du delta, l'enjeu ne réside pas uniquement dans l'apport de ressources supplémentaires, mais s'articule surtout autour du perfectionnement institutionnel et de la réorganisation spatiale du développement en faveur d'une intégration effective.
Dans cette optique, le représentant du Comité du Parti pour Can Tho a préconisé que l’État central accentue la décentralisation et le transfert de compétences, tout en responsabilisant les autorités locales dans la gestion des investissements, de la planification et du foncier, libérant ainsi des marges de manœuvre pour un pilotage proactif du développement. Parallèlement, il convient de parachever rapidement le cadre juridique pour pérenniser des modèles de rupture tels que les zones franches et les centres interrégionaux de production, de transformation et de commercialisation des produits agricoles. Ces structures auront vocation à devenir les noyaux moteurs des chaînes de valeur et à doper la compétitivité régionale.
De leur côté, les dirigeants de la province d'An Giang ont suggéré que les instances centrales édictent rapidement des mécanismes et politiques spécifiques pour l'essor de l'économie maritime. Ils ont également plaidé pour des dispositifs d’exception en faveur de l'économie transfrontalière afin de capter les investissements, conjuguant ainsi croissance économique, impératifs de défense et de sécurité nationales, et réduction de la pauvreté dans les zones frontalières. En outre, la priorité accordée aux infrastructures de transport à double usage, répondant simultanément aux objectifs de développement économique et aux missions de défense, est identifiée comme une solution majeure pour désenclaver la région et accroître sa résilience.
Le delta du Mékong doit repenser l'intégralité de son espace de développement de manière intégrée, concertée et synchrone. Loin d’être un simple ajustement de cap, il s'agit d'une véritable refondation du modèle de croissance de toute la région. Le schéma directeur régional pour la période 2021-2030, avec une vision à l'horizon 2050, a d'ailleurs tracé les lignes directrices pour l'émergence de corridors économiques, de pôles dynamiques et d'un réseau d'infrastructures interconnecté. Les objectifs de croissance sont fixés à environ 7,7% par an, avec une projection à 9,5% pour la phase suivante, adossés à un maillage intensif d'autoroutes, de ports maritimes et de plateformes logistiques.
Au niveau de la coordination, la modernisation de la gouvernance régionale — qui doit passer d'une simple « concertation » à un « pilotage effectif » par l'intermédiaire du Conseil de coordination régional — s'avère être la condition sine qua non. À cet égard, il est indispensable de clarifier les prérogatives de cet organe décisionnel pour les projets interrégionaux, et de structurer un système unifié de données régionales sur une plateforme numérique, accessible à l'ensemble des collectivités locales.
Une institution forte, dotée d'un pouvoir d'arbitrage sur les ressources, d'orientation sur l'aménagement et de leadership sur les investissements, constituera le préalable indispensable pour que la coopération régionale s'affirme comme un authentique moteur de développement.
Le 4 avril 2026, le Premier ministre a promulgué les décisions approuvant la révision des schémas directeurs des six régions pour la période 2021-2030, avec une vision à l'horizon 2050. Par la Décision No 616/QD-TTg, le Chef du gouvernement a validé l’ajustement de la planification du delta du Mékong. L’ambition affichée à l’horizon 2030 est de faire de ce delta un pôle d'économie agricole durable, dynamique et hautement performant à l'échelle nationale, régionale et mondiale. Cette mutation s'appuiera sur le développement d'un réseau de hubs agroalimentaires, de corridors économiques et de métropoles motrices concentrant des services et des industries diversifiés, le tout soutenu par un système d'infrastructures synchrones et résilientes face au changement climatique, couplé à l'essor des économies maritime et touristique. Enfin, un accent particulier est mis sur l’intensification des connexions intrarégionales, interrégionales, nationales et internationales.