La science et la technologie au service de la mémoire des soldats tombés pour la Patrie

Pour nous, scientifiques d’aujourd’hui, retrouver l’identité des héros tombés pour la Patrie ne relève pas seulement d’une mission professionnelle. C’est un appel sacré qui nous vient du plus profond de nous-mêmes, un « ordre du cœur » face à l’histoire et au peuple.

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Des techniciens du Centre d’expertise ADN examinent et classent des échantillons osseux difficiles avant de les soumettre au séquençage de nouvelle génération NGS-SNP. Photo : Académie des sciences et des technologies du Vietnam.

Une responsabilité historique

Je suis né et j’ai grandi à Hanoi, mais je porte en moi une profonde fierté pour la terre de mes ancêtres paternels, Vinh Long, riche en traditions révolutionnaires et berceau du professeur Tran Dai Nghia, pionnier d’une science au service de la Patrie. Pour ma famille, les souvenirs de la guerre n’ont jamais appartenu à un passé lointain.

Mon grand-père paternel est tombé au combat et ma grand-mère paternelle a reçu le titre honorifique de « Mère héroïque vietnamienne ». Aujourd’hui encore, de nombreux membres de ma famille ont péri sur les champs de bataille sans que leur identité ni leur lieu de repos aient pu être établis. C’est pourquoi, chaque fois que j’entre dans la salle de conservation des échantillons du Centre d’expertise ADN, relevant de l’Institut de biologie de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam, et que je prends délicatement dans mes mains un fragment d’os enveloppé dans un sachet stérile, je ne vois pas seulement des doubles hélices d’ADN ou de simples marqueurs génétiques.

Au plus profond de moi, je crois apercevoir les silhouettes de mes ancêtres et comprendre pleinement les larmes taries des Mères héroïques vietnamiennes, qui ont attendu pendant un demi-siècle des nouvelles de leurs enfants.

Plus de 50 ans après la fin de la guerre, environ 175 000 soldats tombés pour la Patrie n’ont toujours pas été exhumés ni inhumés dans des cimetières. Parmi les 230 000 dépouilles déjà regroupées, de nombreuses stèles portent encore la mention « Soldat tombé au combat dont l’identité n’a pas été établie ». Chaque nom manquant reste une préoccupation majeure pour le Parti et l’État, ainsi qu’une source d’angoisse pour des centaines de milliers de familles qui espèrent, depuis des générations, ramener leurs proches sur leur terre natale.

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La cérémonie de lancement du prélèvement d’échantillons biologiques sur les dépouilles de soldats tombés pour la Patrie au cimetière militaire de Giong Rieng, dans la province d’An Giang, marque le début d’une campagne pilote à grande échelle utilisant les technologies ADN de nouvelle génération, dans le cadre de la Campagne des 500 jours et nuits. Photo : Académie des sciences et des technologies du Vietnam.

En 2022, lors d’une visite à l’Institut de biotechnologie, le Premier ministre Pham Minh Chinh a découvert les travaux d’analyse ADN des dépouilles de soldats tombés pour la Patrie. Le moment où j’ai eu l’honneur de représenter les scientifiques de l’Institut pour recevoir ses félicitations et ses distinctions reste gravé dans ma mémoire. Il m’a rappelé l’urgence d’innover et de courir contre la montre pour rendre leur nom à nos frères d’armes et à nos aînés.

La modernisation des analyses ADN à l’Institut de biologie a débuté avec la coopération d’experts de la Commission internationale pour les personnes disparues (ICMP). Elle a permis d’introduire la technologie NGS-SNP, associée à la méthode FORCE et à son panel de 5 422 marqueurs SNP, ainsi qu’à un protocole d’extraction d’ADN d’os anciens. Cette approche permet d’analyser des fragments d’ADN dégradés de seulement 50 à 70 nucléotides et d’atteindre un taux de réussite supérieur à 80 % pour la récupération de l’ADN nucléaire. Elle élargit également les possibilités d’identification généalogique jusqu’aux quatrième et cinquième générations, par les lignées paternelle et maternelle, notamment grâce aux petits-enfants, arrière-petits-enfants et parents éloignés.

Les résultats obtenus sur le terrain témoignent de progrès remarquables. Au cimetière de Tra Linh, dans la province de Cao Bang, 54 échantillons sur 58 (93 %) ont satisfait aux critères de comparaison génétique. À Nga Bay, dans l’ancienne province de Can Tho, des marqueurs SNP ont été obtenus pour tous les échantillons, permettant d’identifier six soldats. À Giong Rieng, dans la province d’An Giang, 535 échantillons issus de dépouilles longtemps immergées sont en cours d’analyse.

Le 21 mai 2026, sous une pluie battante, le lancement du prélèvement d’échantillons biologiques au cimetière militaire de Giong Rieng a révélé une réalité douloureuse : après plus de 40 ans, certaines dépouilles, submergées dans l’eau et la boue, se désagrégeaient au moindre contact. Cette situation touche de nombreux anciens champs de bataille.

Après 50 à 70 ans, le climat tropical chaud et humide et les sols acides ont fortement dégradé les restes humains. Le temps presse : les échantillons se détériorent, les témoins vieillissent ou disparaissent et les plans des sépultures sont perdus. De nombreuses mères et épouses, qui attendent depuis des décennies des nouvelles de leurs proches, sont aujourd’hui très âgées ; certaines mères sont mortes sans avoir pu voir le nom de leur enfant gravé sur sa tombe.

Face à cette urgence, les scientifiques du Centre d’expertise ADN intensifient leurs efforts dans le cadre de la « Campagne des 500 jours et nuits visant à accélérer la recherche, le regroupement et l’identification des dépouilles des soldats tombés pour la Patrie », avec pour objectif de retrouver davantage de profils ADN et d’identifier plus de soldats à partir de restes humains fortement dégradés.

Depuis plus de cinq mois, les techniciens travaillent de longues heures en silence, en salles blanches et vêtus de combinaisons intégrales. Chaque fragment osseux est soigneusement nettoyé, débarrassé de sa couche altérée, broyé dans un mortier réfrigéré, puis soumis à des dizaines d’étapes complexes d’extraction biochimique.

Les cadres et membres du Parti de l’Institut de biologie restent fidèles à cette devise : « Courir contre le temps, sans tolérer la moindre erreur, pas même d’un millimètre ». Derrière chaque échantillon se trouve une vie sacrifiée pour la Patrie ; derrière chaque résultat, l’espoir d’une famille qui attend depuis un demi-siècle. La moindre contamination ou erreur algorithmique pourrait compromettre définitivement l’identification d’un soldat.

Poursuivre l’œuvre de mémoire et de reconnaissance

Soucieuse de partager ses avancées technologiques et consciente de sa responsabilité envers le Parti et le peuple, l’Institut de biologie a organisé des formations spécialisées et transféré l’intégralité du protocole NGS-SNP à trois établissements de référence : l’Institut médico-légal militaire du ministère de la Défense, l’Institut des sciences criminelles du ministère de la Sécurité publique et l’Institut national de médecine légale du ministère de la Santé. Ce transfert de compétences, alliant formation et pratique approfondie, a renforcé les capacités d’expertise à l’échelle nationale et permis de mobiliser les avancées scientifiques de l’Académie au service d’un effort collectif.

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Le Centre d’expertise ADN inaugure une formation consacrée à l’expertise ADN de nouvelle génération (NGS-SNP), au transfert de technologie et à son application à l’identification des dépouilles de soldats tombés pour la Patrie. Photo : Académie des sciences et des technologies du Vietnam.

L’Institut a renforcé sa coopération avec plusieurs médias, dont le journal Nhan Dan, la télévision du Vietnam, l’Agence vietnamienne d’information, la télévision de la Défense nationale et le journal Tuoi Tre, pour réaliser des reportages et des émissions en duplex. Ces productions mettent en lumière le travail des équipes, de la réception et de la conservation de dizaines de milliers d’échantillons biologiques à l’application de la technologie NGS-SNP, tout en informant le public et en renforçant la confiance des familles.

Pour financer ces activités, l’Institut a également mobilisé des ressources sociales, avec le soutien de grands groupes et entreprises vietnamiens, notamment Vingroup et Kinh Bac. La combinaison des fonds publics, des contributions privées et de l’assistance technique internationale permet d’acquérir rapidement des équipements et des réactifs modernes. Elle illustre aussi la mobilisation collective des entreprises et de la société aux côtés du Parti et de l’État pour mener à bien cette mission de mémoire et de reconnaissance.

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Le professeur Tran Hong Thai, membre du Comité central du Parti, secrétaire du Comité du Parti et président de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam, également vice-président de la Commission centrale des politiques et des stratégies, pose pour une photo souvenir avec les dirigeants de l’Académie, le Comité de pilotage 515 et les membres du Centre d’expertise ADN. Photo : Académie des sciences et des technologies du Vietnam.

Les avancées majeures réalisées par l’Institut de biologie dans le cadre de la « Campagne des 500 jours et nuits visant à accélérer la recherche, le regroupement et l’identification des dépouilles des soldats tombés pour la Patrie » sont le fruit de l’attention et de la direction étroite et résolue des instances du Parti à tous les niveaux. Elles doivent notamment beaucoup à l’impulsion donnée par le professeur Tran Hong Thai, membre du Comité central du Parti, secrétaire du Comité du Parti et président de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam, également vice-président de la Commission centrale des politiques et des stratégies.

Lors d’une séance de travail avec le Comité de pilotage 515 de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam, le secrétaire du Comité du Parti a souligné cette exigence d’action : « Notre reconnaissance ne peut se limiter aux paroles, aux bâtonnets d’encens brûlés en mémoire des disparus ou aux visites aux familles. Elle doit se traduire par des actions concrètes, par l’excellence du savoir scientifique, par les technologies modernes et par les résultats les plus précis possibles, afin d’apporter un réconfort aux proches des soldats tombés pour la Patrie. »

Cette réussite repose également sur l’implication directe du professeur Chu Hoang Ha, vice-président de l’Académie, membre du Comité national de pilotage 515 et chef du Comité de pilotage 515 de l’Académie. Il a accompagné les délégations jusque dans des cimetières isolés des régions frontalières, facilité les liens avec des projets internationaux financés par l’aide publique au développement (APD) et orienté l’élaboration d’un protocole NGS-SNP adapté aux réalités vietnamiennes. Elle témoigne aussi de la détermination du Comité du Parti et de la direction de l’Institut de biologie, ainsi que de l’engagement sans relâche des cadres et experts du Centre d’expertise ADN.

Les dirigeants de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam ont ainsi transformé les laboratoires en un « champ de bataille en temps de paix », où les scientifiques surmontent avec persévérance les difficultés et les risques liés à leurs travaux pour déchiffrer fragment après fragment, la mémoire génétique enfouie sous terre.

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