Le long courant des arts martiaux vietnamiens à Thang Long – Hanoï

Des anciens terrains d’entraînement militaire de Thang Long d’autrefois aux écoles d’arts martiaux de Hanoï d’aujourd’hui, le courant des arts martiaux vietnamiens a traversé d’innombrables vicissitudes au fil de l’histoire.

Bien au-delà d’une simple technique de combat, ils incarnent aussi l’esprit, le courage et les valeurs morales du peuple vietnamien dans les moments décisifs de la défense nationale.

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La danse dite « Con di danh bong » au festival du village de Trieu Khuc. Photo : VOV.

À travers documents et anecdotes, le journaliste Nguyen Ngoc Tien guide le lecteur vers une ville qui fut jadis un centre florissant des arts martiaux. Il y fait naître à la fois une certaine nostalgie et une réflexion sur la préservation et la renaissance de ces traditions dans la vie contemporaine.

Autrefois, pour combattre l’ennemi, nos ancêtres ne comptaient pas seulement sur leur bravoure, mais devaient aussi maîtriser les arts martiaux. Outre les techniques à mains nues, ils pratiquaient également des disciplines liées aux armes traditionnelles. Des dynasties Ly à Nguyen, des compétitions martiales étaient organisées chaque année après le Têt traditionnel sur la terre de Thang Long – Hanoï.

Si les chroniques anciennes décrivent peu les méthodes d’entraînement, elles évoquent néanmoins de nombreux généraux célèbres. Au Ve siècle, Ly Bon vainquit les troupes Liang et fonda l’État de Van Xuan grâce, notamment, aux exploits de Ly Phuc Man (originaire de Yen So, Hoai Duc) et de Pham Tu (originaire de Thanh Liet, Thanh Tri). Tous deux excellaient dans le combat à mains nues (Bach da), maîtrisaient les armes et possédaient un grand talent stratégique. Aujourd’hui encore, de nombreuses maisons communales les vénèrent comme génies tutélaires en reconnaissance de leurs mérites.

Au VIIIe siècle, Hanoï vit émerger une autre figure illustre : Phung Hung, originaire de Duong Lam, Son Tay. Lorsqu’il leva des troupes contre la dynastie Tang, il conduisit les jeunes hommes au village de Trieu Khuc pour s’entraîner. Afin de divertir ses soldats après les exercices, il créa, à partir de mouvements martiaux, la danse dite « Con di danh bong ».

La maison communale de Trieu Khuc rend hommage à Phung Hung, honoré comme génie tutélaire sous le titre de Bo Cai Dai Vuong.

À l’automne 1010, Ly Cong Uan transféra la capitale de Hoa Lu à Thang Long, sur les fondations de l’ancienne citadelle de Dai La. Il fit construire le palais Tap Hien pour les mandarins civils et le palais Giang Vo, dans les zones de Giang Vo et Hao Nam, destiné à l’entraînement des mandarins militaires.

Dans les campagnes contre les Song, les Yuan puis les Qing, les lettrés jouaient un rôle d’encouragement moral, tandis que les militaires faisaient preuve de bravoure sur les champs de bataille. Pendant des siècles, Thang Long – Hanoï demeura ainsi le centre des arts martiaux du Vietnam.

En 1724, le roi Le Du Tong institua des concours martiaux, à l’image des concours littéraires, et les lauréats furent appelés Tao Si. Les candidats ayant réussi les épreuves locales se rendaient à Thang Long pour l’examen principal, appelé Bac cu, organisé dans le village de Thinh Quang (aujourd’hui près de Dong Da).

Sous la période Le Trung Hung (1724–1785), la cour organisa 19 sessions d’examen, couronnant 199 lauréats Tao Si. En 1740, le seigneur Trinh Giang fit ériger un temple des arts martiaux dans la citadelle. Plus tard, lorsque Nguyen Anh renversa la dynastie Tay Son et fonda la dynastie Nguyen en 1802, transférant la capitale à Huê, l’empereur Tu Duc continua néanmoins à organiser des concours martiaux à Hanoï.

À la fin du XIXe siècle, en réponse au mouvement Can Vuong, de nombreux pratiquants issus d’écoles clandestines rejoignirent les forces de résistance contre les Français. Craignant l’efficacité de ces combattants, l’administration coloniale en Indochine interdit l’ouverture d’écoles d’arts martiaux jusqu’en 1925.

Lorsque la situation sécuritaire se stabilisa, cette interdiction fut levée. Entre 1926 et 1954, les écoles d’arts martiaux se multiplièrent à Hanoï, y compris avec l’introduction de disciplines étrangères comme la boxe. Dans une société marquée par le désordre du régime semi-colonial et semi-féodal, certains établissements privilégiaient la technique au détriment de l’éthique, entraînant des dérives telles que vols, violences et rivalités territoriales.

Dans ce contexte mêlant influences occidentales et chinoises, le maître Nguyen Loc fonda en 1938 le Vovinam, synthèse de différentes écoles nationales et étrangères. Doté d’une base théorique solide et d’une philosophie affirmée, le Vovinam s’imposa progressivement dans le paysage des arts martiaux vietnamiens.

Aujourd’hui, Hanoï reste le plus grand centre d’arts martiaux du Vietnam, riche de nombreuses écoles et courants. Il est toutefois regrettable que les « dix-huit disciplines martiales traditionnelles » se soient en grande partie perdues. Leur restauration, accompagnée de compétitions comme autrefois, serait sans doute hautement souhaitable.

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