Le village d’encens de Le Minh Xuan, gardien de la mémoire

Situé en périphérie sud-ouest de Hô Chi Minh-Ville, le village d’encens de Le Minh Xuan perpétue depuis longtemps un artisanat étroitement lié à la vie spirituelle des Vietnamiens. Chaque jour, des gerbes d’encens aux teintes rouges vives sèchent au soleil dans les cours, diffusant un parfum léger.

Au fil des générations, les habitants continuent de faire vivre ce métier traditionnel, préservant ainsi un patrimoine culturel ancien au cœur d’une ville en pleine mutation.

À l’aube, dans les quartiers périphériques de Saïgon, lorsque le soleil se lève au-dessus des rangées d’arbres bordant les canaux, les rues comme Mai Ba Huong ou Thich Thien Hoa s’emplissent du parfum familier de l’encens. Cette fragrance, douce et pure, flotte dans l’air, se glissant dans les maisons et accompagnant les pas des passants.

a.png
Selon Nguyen Cat Bui Thuy, l’encens n’est pas seulement un moyen de subsistance : chaque bâton est lié à la spiritualité et à la piété. Photo : VOV

Le long des routes, les tiges d’encens, teintées de rouge, sont étalées en éventail pour sécher. De loin, elles évoquent des fleurs éclatantes sur la terre ocre. Ce village centenaire, autrefois l’un des principaux centres de production d’encens du Sud, subsiste aujourd’hui comme un fragment de mémoire au milieu des immeubles modernes et des zones industrielles.

À une trentaine de kilomètres du centre-ville, la commune de Le Minh Xuan conserve encore des espaces calmes et verdoyants. Dans l’atelier Minh Phuoc, Nguyen Cat Bui Thuy, 50 ans, accueille les visiteurs avec le sourire. Elle exerce ce métier depuis plus de trente ans, après l’avoir appris de sa mère.

Autrefois, raconte-t-elle, la population vivait principalement de l’agriculture. Peu à peu, la fabrication d’encens s’est développée, permettant à de nombreuses familles de sortir de la pauvreté. Aujourd’hui encore, ce métier demeure une source de revenus essentielle pour de nombreux habitants.

Selon Nguyen Cat Bui Thuy, l’encens n’est pas seulement un moyen de subsistance : chaque bâton est lié à la spiritualité et à la piété. Sa fabrication exige un travail minutieux : le bambou est découpé, teint, puis recouvert d’une pâte parfumée à base de sciure, de cannelle ou de bois d’agar. Les bâtons sont ensuite séchés au soleil ou dans des fours.

Cependant, ce métier fait aujourd’hui face à de nombreux défis. La concurrence des produits industriels à bas coût, la hausse des matières premières et la fermeture de petites unités de production fragilisent le village. Certains ateliers ont cessé leur activité, laissant derrière eux des portes closes et des fours éteints.

Malgré ces difficultés, de nombreux artisans restent attachés à leur métier. Pour eux, abandonner l’encens reviendrait à perdre une part de leur mémoire.

Nguyen Thi Ut, 55 ans, évoque les conditions de travail de plus en plus difficiles, notamment en saison des pluies, lorsque le séchage devient incertain.

Pour Nguyen Cat Bui Thuy, la fabrication d’encens relève aussi d’une forme de croyance : elle parle de « vocation » et de « destin », soulignant que ce métier exige patience, engagement et sincérité.

b.png
Nguyen Thi Ut, 55 ans, évoque les conditions de travail de plus en plus difficiles. Photo : VOV

Chaque bâton d’encens, une fois allumé, porte une signification : prière, mémoire, gratitude. Derrière la fumée légère qui s’élève sur les autels se cache un long processus, né du bambou, du geste des artisans et du soleil. À Le Minh Xuan, cette histoire se poursuit depuis près d’un siècle, entre persévérance, mémoire et transmission, dans le silence d’un village qui continue de diffuser son parfum au cœur de la ville moderne.

Back to top