Un savoir-faire millénaire
Situé dans la commune de Chuyen My, à environ 40 kilomètres au sud du centre de la capitale vietnamienne, le village artisanal de Chuon Ngo est réputé depuis longtemps pour son savoir-faire d’incrustation de nacre.
Il est considéré comme le berceau de la marqueterie de nacre au Vietnam, l’un des cent métiers traditionnels de l’ancienne capitale Thang Long (aujourd’hui Hanoï, capitale vietnamienne).
Les archives historiques rapportent que cet artisanat fut transmis aux habitants de Chuon Ngo au XIe siècle par le général Truong Cong Thanh, sous le règne du roi Ly Nhan Tong.
Avant sa mort en 1099, le général Truong Cong Thanh avait transmis l’art de l’incrustation aux habitants du village Ngo. Depuis lors, cette technique s’est développée et s’est étendue à plusieurs villages de la commune ainsi qu’à certaines régions voisines.
Dans les années 1970, un groupe d'artisans, sous la direction de Nguyen Van To, a réalisé plus de 100 insignes à l'effigie du Président Hô Chi Minh pour un événement politique majeur organisé par le Comité central du Parti communiste du Vietnam.
À partir des blocs de bois brut et des coquilles, les incrusteurs de Chuon Ngo font preuve d’une habilité extraordinaire et d’une minutie remarquable pour créer des tableaux et des objets d’exception reflétant l’unicité de ce métier ancestral.
Mme Nguyen Thi Tam (54 ans), propriétaire de l'atelier de fabrication d'objets en bois incrustés de nacre de Tai Nguyet, pratique ce métier depuis 30 ans.
Pour elle, l’incrustation de nacre est une discipline artistique particulière, exigeant que l’artisan perfectionne ses compétences pendant au moins un an avant de devenir véritablement compétent.
La couleur du produit dépend du type de coquillage ou d’escargot utilisé pour l’incrustation.
Actuellement, l’atelier de Mme Tam utilise principalement deux types de coquillages et d’escargots : verts et rouges.
Les produits incrustés d’escargots ou de coquillages rouges se vendent à un prix plus élevé que ceux en vert, en raison de leur rareté et de leurs couleurs particulières.
Mme Tam explique : « Actuellement, les différents types de coquillages ainsi que d’escargots utilisés sont souvent importés de pays insulaires comme l’Indonésie ou Singapour. Le prix des produits dépend du type de coquillage ou d’escargot utilisés ainsi que de la taille et du type d’article. »
Bien que coûteux, les objets incrustés de nacre ne sont pas de simples produits commerciaux. Ils représentent la synthèse de l’intelligence, de la patience et de la créativité des Vietnamiens.
C’est pourquoi, à l’heure de la modernité et de l’automatisation, très peu de personnes ont la patience et la passion nécessaires pour apprendre et se consacrer à cet artisanat.
La préoccupation de maintenir la « flamme de l’artisanat »
L’atelier de Mme Nguyen Thi Tam ne compte aujourd’hui que cinq employés, tous artisans expérimentés avec plusieurs décennies de pratique.
Vivant avec l’incrustation de nacre depuis l’enfance, Vu Van Minh ressent profondément le déclin progressif de ce savoir-faire traditionnel.
« Quand j’ai commencé à apprendre ce métier en 2003, c’était un secteur très porteur. À l’époque, chaque foyer du village de Chuon Ngo pratiquait la marqueterie de nacre, car un produit incrusté de nacre était très précieux. Mais aujourd’hui, de moins en moins de gens s’y consacrent, car ils ont davantage d’opportunités d’emplois plus faciles et mieux rémunérés, et tout le monde n’a pas la patience nécessaire pour ce travail artisanal », a déclaré M. Minh.
Partageant la même préoccupation quant à la préservation de cet artisanat, Mme Nguyen Thi Nu (41 ans), marqueteuse à l’atelier de fabrication Tai Nguyet, a confié : « Auparavant, la marqueterie employait beaucoup de monde, mais maintenant, avec l’apparition de zones industrielles et la multiplication des emplois, les gens abandonnent peu à peu cet artisanat. Dans le village de Chuon Ngo, seules quelques structures continuent à perpétuer l’artisanat traditionnel de la marqueterie de nacre. »
Selon Mme Nu, après le départ à la retraite des artisans ayant 20 à 30 ans d’expérience, le village pourrait ne plus avoir personne pour poursuivre cette tradition.
« Ce métier demande beaucoup de persévérance, et actuellement, très peu de jeunes du village apprennent l’incrustation. Après le départ de ma génération, le village risque de ne plus pouvoir préserver cet artisanat. »
De plus, la marqueterie de nacre de Chuon Ngo peine encore à trouver sa place pour rester compétitive.
Mme Tam explique que la clientèle des produits en nacre est assez spécifique et difficile à atteindre, ce qui entraîne une baisse constante des ventes.
Les produits sont également plus chers que les articles en bois industriel, ce qui limite encore leur marché.
Afin de mieux s'intégrer aux différents marchés, Mme Tam et son fils ont promu les produits de leur boutique sur les réseaux sociaux et lors de foires artisanales. Cette stratégie vise à toucher une clientèle plus large.
Pour que les résonances du ciselage et de la marqueterie perdurent dans le village de Chuon Ngo, les artisans, propriétaires d’ateliers et incrusteurs doivent activement transmettre leur savoir aux jeunes générations.
Par ailleurs, des politiques de soutien appropriées de la part des autorités locales contribueront à encourager les habitants à poursuivre leur activité artisanale, à préserver ce savoir-faire et à diffuser les valeurs traditionnelles dans un contexte de modernisation croissante.