L’empreinte carbone, nouvel atout stratégique des produits agricoles vietnamiens

Dans un contexte d’émergence des marchés du carbone et de durcissement des normes internationales, l’empreinte carbone devient un indicateur clé de compétitivité pour les produits agricoles.

En janvier 2026, les exportations sont estimées à 180 000 tonnes, pour une valeur de 981 millions de dollars.
En janvier 2026, les exportations sont estimées à 180 000 tonnes, pour une valeur de 981 millions de dollars.

Café : la pression d’une transition verte

Les Hauts Plateaux du Centre (Tay Nguyen) comptent près de 667 000 hectares de caféiers, soit plus de 94 % des superficies nationales, assurant les moyens de subsistance de plus de 600 000 exploitations familiales. Ces dernières années, le café vietnamien a enregistré des performances exportatrices remarquables, confirmant son rôle structurant dans l’économie agricole.

En janvier 2026, les exportations sont estimées à 180 000 tonnes, pour une valeur de 981 millions de dollars.

Derrière ces résultats, toutefois, les pressions environnementales s’intensifient : dégradation des sols, augmentation des ravageurs, hausse des coûts des intrants et exigences liées à l’engagement du Vietnam d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

L’économie circulaire, la réduction des engrais chimiques, l’optimisation de l’irrigation ou encore la valorisation des sous-produits ne constituent plus des options, mais des impératifs.

Chaque tasse de café génère entre 0,2 et 0,5 kg de CO₂, selon les méthodes de production, de transformation et de transport. À l’échelle mondiale, l’agriculture émet environ 18 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an, soit près d’un tiers des émissions globales. Dans la filière café, plus de 50 % des émissions proviennent de la production des matières premières.

Des études montrent qu’une amélioration des pratiques culturales, de la logistique et des procédés de transformation pourrait réduire jusqu’à 77 % des émissions actuelles. Une recherche menée au Brésil et au Vietnam estime l’empreinte carbone moyenne à 3,51 kg CO₂e par kilogramme de café vert — un niveau encore perfectible via des pratiques durables.

Selon Le Duc Huy, président du conseil d’administration de Simexco Dak Lak, les exigences des acheteurs internationaux constituent à la fois une contrainte et une opportunité. De grands groupes se sont engagés vers la neutralité carbone à l’horizon 2050 et accompagnent les producteurs dans la transition. Mais l’évolution des pratiques nécessite du temps.

Le règlement européen contre la déforestation (EUDR) impose désormais la traçabilité complète et la preuve d’absence de déforestation pour les produits importés, dont le café. La chaîne d’approvisionnement vietnamienne doit ainsi renforcer la transparence de ses données et la gestion des émissions dès le niveau des exploitations.

Standardiser les émissions pour renforcer la position

La transition verte concerne également d’autres filières. En janvier 2026, les exportations de riz ont atteint environ 600 000 tonnes, pour une valeur de 370 millions de dollars, en hausse en volume et en valeur.

Dans un marché mondial volatil, le passage d’une logique de volume à une logique de qualité — riz parfumé, biologique ou haut de gamme — constitue un levier stratégique.

Le projet de développement d’un million d’hectares de riz de haute qualité et à faibles émissions dans le delta du Mékong d’ici 2030 illustre cette orientation. En optimisant la gestion de l’eau, des engrais et des résidus agricoles, le riz vietnamien gagne non seulement en conformité sanitaire, mais aussi en « valeur carbone ».

L’empreinte carbone correspond à la totalité des émissions de gaz à effet de serre, exprimées en équivalent CO₂, associées à un produit ou à une activité. Elle se décline en trois catégories :

Scope 1 : émissions directes ; Scope 2 : émissions liées à l’énergie achetée ; Scope 3 : émissions sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Pour les produits agricoles exportés, le Scope 3 — transport international, stockage frigorifique, logistique — représente souvent la part la plus importante et la plus complexe.

Ainsi, un kilogramme de café consommé localement n’a pas la même empreinte qu’un produit exporté vers l’Europe. Le transport maritime ou aérien modifie significativement le bilan carbone.

La mesure, la déclaration et la vérification des émissions (MRV) selon des standards internationaux deviennent des exigences incontournables, conditionnant l’accès aux marchés et les coûts de financement.

Forêts et crédits carbone : un potentiel encadré

Le Vietnam dispose d’un potentiel important d’absorption carbone grâce à ses 4 à 5 millions d’hectares de forêts plantées. Toutefois, l’obtention de crédits carbone exige de démontrer l’additionnalité des réductions d’émissions et de suivre un processus de certification indépendant.

Le pays poursuit l’élaboration de son cadre juridique pour le marché carbone, incluant l’attribution de quotas d’émissions et la mise en place d’une plateforme d’échange. Lorsque les secteurs à fortes émissions devront respecter ces quotas, la demande de crédits se structurera, ouvrant des opportunités pour l’agriculture et la foresterie.

Par ailleurs, l’administration forestière vietnamienne a récemment adopté un plan d’action visant à se conformer au règlement européen EUDR dans le secteur forestier, avec pour objectif de finaliser les bases de données, la cartographie des parcelles et les systèmes de traçabilité avant 2026.

Un actif stratégique plutôt qu’un coût

Selon les experts, des produits affichant une faible empreinte carbone, une transparence accrue et une gouvernance rigoureuse bénéficieront d’un avantage compétitif durable.

Dans un contexte où les consommateurs et les importateurs accordent une importance croissante aux critères environnementaux, la « transition verte » n’est plus un simple slogan, mais une condition d’accès aux marchés.

Lorsque l’empreinte carbone est correctement mesurée et maîtrisée, elle cesse d’être un coût pour devenir un actif immatériel renforçant la valeur des produits agricoles vietnamiens sur la scène commerciale mondiale.

À l’heure où les barrières environnementales se multiplient, la compétitivité ne repose plus seulement sur le volume ou le prix, mais sur la capacité à démontrer des émissions maîtrisées, une gestion transparente et une responsabilité environnementale affirmée.

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