Mais si l’étiquetage n’est là que pour éviter la confusion dans l’esprit de l’automobiliste, certains prennent le plaisir de tirer à boulet rouge sur le pistolet vert porteur de l’étiquette E10RON9 qui atteste de l’intégration de 10% d’éthanol maximum.
Ils peuvent être une source de détraction, souvent sous le couvert de la "contribution d’opinions" ou de "critique sociale".
Nombreux sont ceux, au sein de ce groupe, qui n’adhèrent pas nécessairement à une idéologie contre le régime ; ils baignent simplement dans un état d’esprit révoltant, insatisfait, mécontent de tout, et cherchent à se faire remarquer.
Les détracteurs arguent qu’au Vietnam, les autorités "imposent" l’utilisation des biocarburants, "manquent d’une feuille de route suffisamment transparente et à long terme" et "ne tiennent pas compte des habitudes et des intérêts des consommateurs".
Il convient toutefois de noter que cette mentalité de dénigrement crée aisément un terrain propice à l’exploitation par des éléments hostiles.
Quand la frontière entre "opinion" et "opposition" s’estompe, elle entrave le développement du pays.
Qu’on se le dise, le nouvel étiquetage n’est qu’un effet de la transposition en droit des politiques du Parti et de l’État, notamment la résolution n°55-NQ/TW du Politburo sur les orientations de la stratégie nationale de développement énergétique du Vietnam jusqu’en 2030, avec une vision à l’horizon 2045; et la résolution n°70-NQ/TW du 20 août 2025 du Politburo sur la garantie de la sécurité énergétique nationale jusqu’en 2030, avec une vision à l’horizon 2045.
Ces documents exigent tous la mise en œuvre de solutions visant à réduire la dépendance aux combustibles fossiles, à réduire les émissions et à protéger l’environnement.
Ainsi, le ministère de l’Industrie et du Commerce a publié la circulaire n°50/2025/TT-BCT datée du 7 novembre 2025, sur la feuille de route pour l’application du taux de mélange des biocarburants aux carburants à base de pétrole au Vietnam, prévoyant la transition de l’essence RON95 vers l’essence E10 à partir de ce 1er juin dans tout le pays.
Les Vietnam doivent donc s’accoutumer à une nouvelle signalétique en station. Le taux d’éthanol exprimé par le chiffre qui suit la lettre "E" est suivi de la mention de l’indice d’octane (dit RON, de l’anglais research octane number).
La mention E5 signifie que l’essence contient jusqu’à 5% de bioéthanol, tandis que l’essence E10 est enrichi avec 10% de bioéthanol.
L’ensemble des voitures essence neuves et la grande majorité des véhicules fabriqués depuis l’an 2000 peuvent être alimentés avec du carburant E10RON95.
Le propriétaire d’un véhicule ancien, dont le moteur n’apprécie pas de rouler à l’E10RON95, pourra donc sélectionner le pistolet marqué E5RON92, et ce jusqu’au 31 décembre 2030.
Immédiatement, les détracteurs de l’E10 ont fait leur apparition sur les réseaux sociaux.
Sur Facebook, TikTok, YouTube, ils taxent l’essence E10 d’endommagement du système d’injection, de démarrage laborieux du moteur, de surconsommation et de perte de rendement, et d’incompatibilité avec le climat chaud et humide au Vietnam.
Certains individus ont même mis en scène et monté des vidéos aux propos infondés pour déconcerter la population.
Les experts rétorquent que l’éthanol contenu dans les biocarburants possède un pouvoir calorifique inférieur à celui de l’essence classique.
Le moteur a donc besoin d’injecter une quantité de carburant plus importante pour obtenir la même puissance, ce qui engendre une hausse de la consommation, mais seulement d’environ 2 à 3%.
Les automobilistes ne remarquent pratiquement aucune différence entre l’essence E10 et l’essence fossile pure.
Certains signalent une légère perte d’accélération du moyeur après le passage à l’E10, mais cela pourrait être dû à des dépôts ou à des impuretés dans leur réservoir ou dans le système d’injection.
Bien que les essences E5 et E10 soient proposées à la pompe à titre expérimental au Vietnam depuis longtemps, il n’existe aucune preuve scientifique suggérant que les biocarburants nuisent aux véhicules, génèrent des surcoûts, des risques mécaniques, une baisse d’autonomie et un dysfonctionnement de la climatisation.
Dans le monde, le biocarburant E10 est déjà utilisé dans plus de 60 pays, notamment aux États-Unis, au Japon, en République de Corée, en Thaïlande et au Brésil.
À l’échelle mondiale, 60 pays utilisent des biocarburants, et leurs organismes de régulation n’ont pas reçu de plaintes à ce sujet.
Dô Van Tuân, président de l’Association vietnamienne des biocarburants, qui a consacré de nombreuses années à l’étude sur les biocarburants, a réfuté certaines informations fabriquées de toutes pièces au sujet de l’essence E10.
D’après lui, il est impossible que l’essence E10, laissée dans le réservoir du véhicule restant inutilisé pendant plusieurs semaines, tirera l’humidité de l’atmosphère et provoquera ainsi la séparation et l’accumulation aqueuse formée par l’eau au fond du réservoir.
"L’essence a toujours tendance à s’évaporer. Dans un réservoir étanche, la pression interne est supérieure à la pression extérieure ; par conséquent, l’essence n’absorbe jamais l’humidité extérieure", a-t-il expliqué.
Versée dans le réservoir, l’essence E10 agit comme un solvant qui nettoie les joints et durites, ce qui peut provoquer un encrassement lors de la première utilisation. Un simple nettoyage du système d’injection urs résout immédiatement le problème, qui ne se reproduira plus après, a-t-il soutenu.
Dô Van Tuân a conseillé aux automobilistes de ne surtout pas ajouter d’additifs à l’essence E10, contrairement aux recommandations de certains "experts en ligne". Car ils sont totalement inutiles et peuvent de plus endommager le moteur.
La transition officielle à l’échelle nationale vers les biocarburants à compter du 1er juin 2026 constitue la prochaine étape de la mise en œuvre de la feuille de route relative aux biocarburants conformément à la décision 53/2012/QD-TTg, datée du 22 novembre 2012, sur les taux de mélange des biocarburants aux carburants à base de pétrole.
Elle est pleinement conforme aux exigences pratiques, à la base juridique et aux orientations du Parti et du gouvernement en matière de transition énergétique, de construction d’une économie verte et de réduction des émissions de carbone.
Le vice-ministre de l’Industrie et du Commerce, Nguyên Sinh Nhât Tân, a souligné :
"La mise en œuvre de la feuille de route pour les biocarburants n’est pas une décision imposée ni une restriction des choix individuels, mais découle des impératifs du développement durable, de la sécurité énergétique, de la protection de l’environnement et du respect des engagements internationaux du Vietnam en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre."