La relance du programme électronucléaire est étroitement liée à la question des capacités de gouvernance publique.
Dans ce contexte, l'amélioration progressive de l’autorité de radioprotection et de sûreté nucléaire est considérée comme un maillon essentiel, appelé à poser les fondations de l’ensemble du programme de développement de l’énergie nucléaire dans les années à venir.
Actuellement, l’autorité de radioprotection et de sûreté nucléaire (relevant du ministère vietnamien des Sciences et de la Technologie) assure la gestion étatique de la sûreté, de la sécurité et des inspections nucléaires.
Toutefois, sa structure organisationnelle n’a pas encore été conçue selon une approche suffisamment spécialisée et sectorielle, de sorte qu’elle ne répond pas encore pleinement aux exigences liées à la gestion d’une centrale nucléaire.
Les unités spécialisées en sûreté nucléaire, sécurité nucléaire, inspection nucléaire, expertise technique approfondie et gestion des situations d’urgence ne sont pas encore structurées de manière complète et cohérente conformément aux standards internationaux.
Les fonctions et les missions demeurent dispersées entre différentes unités, et il n'existe pas encore d'unités spécialisées solides, capables de mener des évaluations indépendantes et exhaustives des problématiques techniques complexes des centrales nucléaires.
Par ailleurs, le dispositif d’organisation du soutien technique demeure insuffisamment développé, ce qui limite les capacités d’analyse, d’évaluation et d’aide à la décision des autorités publiques.
Selon les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la supervision d’une première tranche nucléaire requiert à elle seule un effectif minimal de 100 à 150 experts spécialisés.
Or, les effectifs actuels de l’autorité de radioprotection et de sûreté nucléaire demeurent très inférieurs à ce seuil minimal recommandé ainsi qu’aux standards internationaux.
À cela s’ajoute l’absence de groupes d’experts de référence dans plusieurs domaines stratégiques indispensables à l’évaluation, à la délivrance des licences et au contrôle de sûreté des centrales nucléaires, notamment la physique des réacteurs, la thermohydraulique nucléaire, l’analyse probabiliste de sûreté, les systèmes électriques et de contrôle-commande, les matériaux, la géologie ou encore le génie civil.
La majorité des équipements techniques dédiés à l’expertise et à la supervision sont désormais obsolètes et ne répondent plus aux exigences d’analyse et de simulation des centrales nucléaires de nouvelle génération.
Le mécanisme de financement manque également de flexibilité pour garantir l’indépendance de l’autorité de sûreté, un principe que l’AIEA considère comme fondamental pour tout organisme de régulation nucléaire.
Le dispositif financier actuel ne permet pas non plus d’assurer des investissements de long terme en faveur du développement de ressources humaines hautement qualifiées.
Il ne crée pas suffisamment de conditions favorables pour attirer et fidéliser des experts de haut niveau, tout en limitant la capacité de mobiliser rapidement des ressources pour des missions urgentes telles que l’évaluation des dossiers de sûreté, les inspections sur site, la gestion des incidents ou encore le recours à des experts et organismes internationaux de soutien technique.
Compte tenu de l'urgence du développement de l'énergie nucléaire, le Premier ministre a promulgué la décision no 624/QĐ-TTg approuvant le projet de renforcement des capacités de l’autorité de radioprotection et de sûreté nucléaire à l’horizon 2035.
Ce projet vise à transformer progressivement cet organisme en une véritable autorité nationale de régulation, dotée des compétences, des ressources et des capacités techniques nécessaires pour exercer pleinement les fonctions de gestion étatique dans les domaines de la sûreté radiologique ainsi que de la sûreté et de la sécurité nucléaires.
Ce projet vise à faire progressivement de cet organisme un organe de réglementation national doté de l'autorité, des ressources et des capacités techniques suffisantes pour exercer pleinement ses fonctions de gestion étatique dans les domaines de la radioprotection, de la sûreté et de la sécurité nucléaires.
L’un des principaux axes de cette réforme réside dans le renforcement et la consolidation des fonctions de gestion directement liées au programme électronucléaire, avec un accent particulier mis sur les capacités d’expertise, d’évaluation, d’inspection, de contrôle et de supervision en matière de sûreté et de sécurité nucléaires, ainsi que sur la mise en place et l’exploitation d’un système de réponse aux urgences radiologiques et nucléaires opérationnel 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.
La structure organisationnelle de l’autorité de radioprotection et de sûreté nucléaire sera rationalisée et spécialisée, afin de répondre aux exigences de gestion des projets de centrales nucléaires et autres installations nucléaires, et d'être conforme aux pratiques internationales.
En matière de ressources humaines, l’objectif fixé consiste à porter les effectifs à au moins 288 personnes d’ici 2030.
Il conviendra également de garantir la disponibilité d’employés qualifiés dans l’ensemble des spécialités nécessaires à l’exercice des missions de gestion publique relatives à la sûreté radiologique, à la sûreté nucléaire et à la sécurité nucléaire pour le projet de centrale nucléaire de Ninh Thuan 1 ainsi que pour le projet de réacteur nucléaire de recherche.
Dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, le ministère des Sciences et des Technologies a indiqué qu’il déploierait simultanément plusieurs séries de mesures destinées à renforcer les capacités de gestion publique en matière de sûreté radiologique, de sûreté nucléaire et de sécurité nucléaire, afin de répondre aux exigences des projets de centrales nucléaires et de réacteurs de recherche.
L’une des missions prioritaires consistera à élaborer un programme de formation, de perfectionnement et de développement des ressources humaines destinées à la gestion publique, à la recherche-développement, aux applications et au soutien technique dans le domaine de l’énergie atomique.
Ce projet devrait être soumis à l’approbation du Premier ministre au cours de l’année 2026.