Les experts les appellent toutefois à privilégier la qualité, à mieux comprendre les marchés étrangers et à exploiter l’intelligence artificielle (IA) pour optimiser leurs coûts.
Au début de l’année, le ministère de l’Industrie et du Commerce a lancé le programme « Go Global - Expansion sur les marchés internationaux 2026-2035 », avec l’ambition de faire émerger 1 000 entreprises capables de rivaliser à l’échelle mondiale, dont 20 grands groupes et 30 entreprises de taille moyenne leaders dans des marchés de niche.
Pour Anish Daryani, fondateur et PDG de Havas Moonfolks et Moonfolks Vietnam, cette ambition commence à se concrétiser. Il cite notamment l’expansion de l’écosystème VinFast et du service de transport Green SM en Asie du Sud-Est. Des marques comme Pizza 4P’s et Maison Marou se sont également développées depuis Hô Chi Minh-Ville vers Jakarta, Tokyo, Singapour et New York.
Les chiffres confirment cette dynamique. Selon l’Agence de l’investissement étranger du ministère vietnamien des Finances, les investissements vietnamiens à l’étranger ont atteint plus de 1,2 milliard de dollars au premier semestre 2026, contre 487,1 millions un an plus tôt. Les capitaux se concentrent principalement dans l’agriculture, la sylviculture et l’aquaculture, la production et distribution d’électricité et de gaz ainsi que la construction. Parmi 33 pays et territoires bénéficiaires, le Laos arrive en tête avec 324,7 millions de dollars, devant le Cambodge et le Kirghizistan.
Une étude d’UOB confirme l’intérêt croissant des entreprises vietnamiennes pour les marchés internationaux. Sept entreprises sur dix interrogées avaient déjà développé des activités commerciales ou d’investissement à l’étranger en 2025. Pour les deux prochaines années, 80 % envisagent d’y investir, avec un montant moyen estimé à 28 millions de dollars. L’Asie du Sud-Est, notamment la Thaïlande, Singapour et l’Indonésie, figure parmi leurs principales destinations.
Cette expansion répond non seulement à la recherche de nouveaux revenus, mais aussi à la volonté de créer des capacités de production et de saisir de nouvelles opportunités commerciales. Des changements structurels de l’économie, une meilleure adaptation au numérique et une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée constituent, selon Anish Daryani, des atouts importants pour les entreprises vietnamiennes.
Le marché chinois illustre ce potentiel. Trung Nguyên Legend observe notamment un intérêt croissant des consommateurs chinois pour le café, au détriment du thé, surtout dans les grandes villes. Le groupe prévoit d’y développer près de 130 cafés en 2026.
Miser sur la marque et l’IA
Pour réussir à l’étranger, les entreprises vietnamiennes doivent toutefois dépasser leur seul avantage en matière de prix. Selon Anish Daryani, la concurrence fondée uniquement sur le coût conduit à une « course vers le bas ». Les marques doivent au contraire valoriser leur propriété intellectuelle, leur savoir-faire en matière de design et leur identité.
Elles doivent également adapter leur stratégie aux spécificités juridiques et culturelles de chaque marché. Une formule qui fonctionne à Hô Chi Minh-Ville ne peut être reproduite à l’identique à Jakarta, Manille, Bangkok ou Kuala Lumpur.
L’IA peut contribuer à relever ces défis. Ethan Wang, directeur mondial des produits et services aux clients de la plateforme B2B d’Alibaba, estime qu’elle permet aux petites entreprises vietnamiennes de disposer de capacités autrefois réservées aux structures beaucoup plus importantes. L’analyse des données issues des plateformes de commerce électronique transfrontalier aide à identifier les produits les plus demandés et à prendre de meilleures décisions. L’IA peut aussi automatiser la sélection des produits, la création de visuels et les échanges avec les clients dans différentes langues, 24 heures sur 24.
Dans le marketing, elle permet notamment d’identifier et de gérer à grande échelle les créateurs de contenu et consommateurs influents dans les différents pays de l’ASEAN, un marché particulièrement fragmenté sur le plan culturel.
Pour Anish Daryani, au cours de la prochaine décennie, la compréhension et l’adaptation aux cultures locales seront déterminantes pour le développement du commerce en Asie du Sud-Est. Les entreprises vietnamiennes disposent ainsi d’une fenêtre d’opportunité pour transformer leur présence internationale en véritables marques régionales et mondiales.