Les peintures de culte des Dao, appelées Tau Khang, représentent les divinités, les ancêtres et les figures du monde spirituel. Elles témoignent d'une forte influence du taoïsme et des croyances ancestrales. Selon la tradition et les interdits propres aux Dao, elles ne sont dévoilées qu'à l'occasion de cérémonies majeures, telles que le Cap sac (rite d'initiation), le Tau sai (rite de remerciement aux ancêtres ou investiture de rang supérieur) ou encore les funérailles, où elles guident l'âme du défunt vers l'au-delà.
L'espace d'exposition consacré au rite Cap sac des Dao rouge à Lao Cai invite le public à mieux comprendre la richesse de ce patrimoine culturel. La valeur d'un héritage ne réside pas uniquement dans son ancienneté ou la rareté des objets, mais aussi dans sa capacité à préserver la mémoire collective, à relier les générations et à renforcer le sentiment d'appartenance.
Chez les Dao, tout homme parvenu à l'âge adulte doit accomplir le Cap sac. À cette occasion, il reçoit un certificat rituel, considéré comme un laissez-passer pour rejoindre la terre des ancêtres après sa mort. Cette cérémonie constitue également l'investiture indispensable pour exercer la fonction de maître de culte, l'une des plus prestigieuses de la société traditionnelle dao.
L'origine de ces peintures reste sujette à débat. Certains chercheurs y voient l'influence de l'art taoïste chinois, tandis que d'autres soulignent la parenté avec les estampes populaires du delta du Nord, notamment celles de Hang Trong à Hanoï. Une autre hypothèse attribue directement aux Dao la création et la transmission de cette tradition picturale. Quelle que soit leur origine, ces œuvres illustrent la remarquable capacité des Dao rouge à intégrer et réinterpréter diverses influences culturelles au fil de leur histoire.
Réalisées avec des pigments végétaux – rouge vermillon, jaune curcuma, vert ou blanc de chaux –, elles se distinguent par une composition sobre et un langage visuel hautement symbolique. Elles n'acquièrent toutefois leur caractère sacré qu'après le rituel d'invocation par lequel les maîtres de culte invitent les divinités à habiter les peintures. Cette pratique illustre l'étroite relation entre art populaire et croyances spirituelles. (Selon la documentation du Musée d'ethnologie du Vietnam.)
Les peintures sont réalisées sur du papier do, chacune mesurant environ 40 × 80 cm. Leur exécution exige un savoir-faire particulier que seuls quelques artistes maîtrisent. Certaines œuvres représentent jusqu'à une trentaine de visages aux expressions variées. Les peintres doivent respecter des règles strictes et consacrent généralement de plusieurs mois à une année à la réalisation d'un ensemble complet. Son coût, qui peut atteindre plusieurs dizaines de millions de dôngs, explique en partie la raréfaction de ces peintures traditionnelles.
Dans les croyances dao, ces peintures occupent une place centrale et traduisent une conception du monde où humains et divinités coexistent. Comme les autres cérémonies rituelles, le Cap sac suit un protocole transmis de génération en génération. Après les offrandes d'encens et l'appel des divinités au son du cor rituel par les maîtres Tao, les coffres contenant les peintures sont ouverts et celles-ci sont solennellement suspendues sur trois côtés de la maison.
Les objets rituels utilisés lors du Cap sac des Dao rouge sont présentés dans l'espace d'exposition situé au deuxième étage du bâtiment Trong Dong du musée d'ethnologie du Vietnam.
Pour être initié, un homme doit apprendre les caractères chinois ainsi que l'écriture Nom Dao afin de lire les textes rituels, maîtriser les cérémonies et respecter de nombreux interdits destinés à préserver sa pureté rituelle. (Photo : un manuscrit rituel des Dao rouge exposé dans l'espace consacré au Cap sac.)
Les costumes et les instruments rituels sont également présentés au public. Le Cap sac comprend trois niveaux d'investiture : 3 lampes (qua tang), 7 lampes et 12 lampes (Tau sai). À chacun correspond un nombre d'« esprits auxiliaires » – respectivement 36, 72 et 120 – que le futur maître de culte est autorisé à invoquer pendant les cérémonies. D'une durée de trois jours et trois nuits, le rite associe des éléments du taoïsme, du bouddhisme et des croyances populaires dao. Son moment le plus important est la remise des lampes, du certificat rituel et des esprits auxiliaires au nouvel initié.
Réservé aux hommes, le Cap sac exclut les femmes des préparatifs rituels. Celles-ci demeurent dans la pièce intérieure, une répartition symbolique des espaces sacrés qui s'inscrit de longue date dans les croyances dao. Au-delà de l'initiation individuelle, cette cérémonie réaffirme l'ordre social, les valeurs morales et la cohésion de la communauté. Elle exprime également la confiance des Dao dans la protection des divinités, des ancêtres et dans la reconnaissance de la communauté, garantes de la transmission des traditions.
Un écran diffuse l'intégralité du Cap sac, permettant aux visiteurs de découvrir en détail cette cérémonie emblématique des Dao rouge du Vietnam. Au-delà de leur fonction rituelle, les peintures reflètent la vision du monde, la conception de la vie et le panthéon des Dao. Elles constituent ainsi une source documentaire précieuse pour mieux comprendre l'univers spirituel et les traditions que cette communauté préserve depuis des générations.