Fin mars, dans la rue Nguyen Thi Minh Khai, à Hô Chi Minh-Ville, Sam, un jeune russe, s’est interrogé en découvrant une rangée de petits tabourets en plastique rouges et bleus alignés sur le trottoir.
À ses yeux, ils semblaient si bas qu'ils étaient presque au ras du sol. Adultes comme enfants s’y installaient pourtant avec aisance pour manger, boire et discuter.
Intrigué, il a fini par s'y asseoir lui aussi. Mais au bout d’une dizaine de minutes seulement, le jeune homme n’a cessé de changer de position, éclatant de rire tout en se plaignant d’avoir les jambes engourdies.
Évoquant ces petits tabourets de trottoir, Sam raconte que sa première expérience ne remonte pas à Hô Chi Minh-Ville, mais à Hanoï.
« À l'époque, je m'étais assis sur un petit tabouret en plastique dans la rue pour manger du thon. J'avais l'impression de vivre une expérience vraiment locale », raconte-t-il.
Selon lui, ce qui rend ces petits sièges rouges et bleus si particuliers réside dans leur capacité à rapprocher les gens.
Des échoppes de rue aux stands de thé installés sur les trottoirs, chacun se retrouve assis à proximité des autres, ce qui facilite les échanges et crée une atmosphère chaleureuse.
Sam est loin d’être le seul à avoir vécu ce type d’expérience lors de sa première rencontre avec ces fameux tabourets en plastique.
Alessandro Perasso, un touriste italien, se souvient avoir essayé de s’y asseoir pour la première fois avec une certaine appréhension.
« Je pensais que j’allais le casser, parce que je suis assez grand et costaud », plaisante-t-il.
Au départ, Alex croyait qu'il s'agissait simplement de sièges pour enfants disséminés dans les rues.
Après s’être renseigné, il a compris qu’ils faisaient en réalité partie intégrante de la culture de la street food vietnamienne.
À ses yeux, ces petits tabourets constituent même une sorte de « signe distinctif » : là où ils apparaissent, il y a souvent de bons plats à déguster. Et ses expériences sur place n'ont fait que confirmer cette impression.
De son côté, Matko Kmezic, venu de Croatie, porte un regard différent sur ces sièges emblématiques. Pour lui, ils ne sont pas inconfortables ; au contraire, il les trouve même plus agréables que des chaises classiques.
« J’aime cette sensation d’être assis au bord de la rue, presque fondu dans la circulation et le rythme de la ville, tout en conservant un moment de calme très personnel », explique-t-il.
Pour Matko, s'asseoir sur ces petits tabourets autour d’un verre de thé glacé est progressivement devenu une habitude.
Il fréquente régulièrement les échoppes de trottoir, où il boit du thé, échange avec les habitants et en profite même pour pratiquer le vietnamien.
Séduit par cette culture du trottoir, Matko a même fini par intégrer ces petits tabourets en plastique dans son propre café ambulant en Europe.
Au Vietnam, ces petits tabourets en plastique ne servent pas seulement à s’asseoir : ils rapprochent les gens et incarnent une culture de rue où l’on mange, échange et partage à quelques centimètres du sol.