L’intelligence artificielle et les mutations de l’enseignement supérieur

Le développement rapide de l’intelligence artificielle (IA) exerce un impact profond sur le marché du travail, l’enseignement supérieur ainsi que sur les choix d’orientation des élèves.

Les élèves se renseignent sur les informations relatives aux admissions universitaires lors de la Journée de conseil en orientation et en recrutement.
Les élèves se renseignent sur les informations relatives aux admissions universitaires lors de la Journée de conseil en orientation et en recrutement.

Des élèves s’informent sur les admissions universitaires lors d’une Journée de conseil à l’orientation et au recrutement.

À l’occasion de la campagne de recrutement universitaire 2026, de nombreuses filières liées à l’IA continuent de susciter un vif intérêt chez les candidats, tout en imposant de nouvelles exigences aux établissements d’enseignement supérieur en matière de renouvellement des programmes, des méthodes pédagogiques et de préparation des ressources humaines à l’ère numérique.

L’IA façonne les choix de filières

Selon le professeur associé Vu Duy Hai, responsable des admissions et de l’orientation à l’Université polytechnique de Hanoï, l’IA est un domaine à forte intensité scientifique et technologique qui exige des étudiants des capacités de raisonnement logique, de créativité ainsi qu’une solide maîtrise des sciences fondamentales. Cette réalité explique pourquoi les seuils d’admission dans cette spécialité demeurent particulièrement élevés dans de nombreux établissements. À l’Université polytechnique de Hanoï, les candidats doivent ainsi obtenir au moins 28 points pour espérer être admis.

Toutefois, Vu Duy Hai souligne que l’excellence académique à l’entrée ne constitue qu’une condition nécessaire. Une fois à l’université, la réussite dépend avant tout de la capacité d’apprentissage autonome, de l’esprit d’initiative et des efforts personnels déployés tout au long du cursus.

Concernant les perspectives professionnelles, il indique que la demande de main-d’œuvre dans le domaine de l’IA est actuellement très importante, aussi bien dans les organismes publics que dans les entreprises qui accélèrent leur transformation numérique. Les diplômés des filières liées à l’IA bénéficient ainsi de perspectives d’emploi particulièrement prometteuses sur des marchés internationaux très compétitifs tels que le Japon et la Corée du Sud.

L’IA devient aujourd’hui un outil offrant un avantage compétitif aux apprenants dans leurs études comme dans leur carrière. Cette évolution modifie sensiblement les choix d’orientation des candidats.

Le professeur associé Nguyen Phu Khanh

Le vice-recteur de l’Université Phenikaa

L’IA devient aujourd’hui un outil offrant un avantage compétitif aux apprenants dans leurs études comme dans leur carrière. Cette évolution modifie sensiblement les choix d’orientation des candidats.

Selon le professeur associé Nguyen Phu Khanh, vice-recteur de l’Université Phenikaa, l’IA est devenue un levier majeur de réussite académique et professionnelle, ce qui explique les changements marqués observés ces dernières années dans les préférences des étudiants.

Autrefois, les élèves s’intéressaient principalement aux métiers réputés offrir de bonnes perspectives d’emploi ou des revenus élevés. Désormais, ils s’interrogent davantage sur l’impact potentiel de l’IA sur les professions envisagées. Beaucoup cherchent à savoir si le métier qu’ils souhaitent exercer risque d’être automatisé et quels avantages pourrait leur apporter la maîtrise des technologies de l’IA.

Cette évolution des attentes a conduit les établissements d’enseignement supérieur à adapter leurs programmes et à créer de nouvelles filières. Dans le cadre de son plan de recrutement universitaire pour 2026, l’Université du Commerce extérieur (Foreign Trade University) ouvre ainsi dix nouvelles formations dans des domaines en forte croissance, notamment l’économie numérique, les technologies, les données et l’intelligence artificielle.

De son côté, l’Université du Commerce a choisi d’intégrer l’IA dans l’ensemble de ses cursus. Selon Nguyen Quang Trung, directeur adjoint du service Communication et Admissions, l’établissement intensifie l’utilisation de l’IA afin de renforcer les compétences numériques des étudiants dans un contexte de transformation digitale accélérée. Les programmes associent connaissances fondamentales, compétences professionnelles, compétences numériques et expériences pratiques, tout en développant les partenariats avec les entreprises afin de rapprocher les étudiants des exigences réelles du marché du travail.

En 2026, l’Université du Commerce lance six nouveaux programmes de formation, dont une licence en informatique intitulée Applications de l’intelligence artificielle dans les affaires. Cette formation vise à préparer des diplômés disposant à la fois de solides connaissances en gestion et de compétences en IA appliquées à des domaines tels que l’analyse de données, le marketing numérique, la finance et l’investissement, la gestion opérationnelle ou encore la gestion de la chaîne logistique.

Cette tendance montre que l’IA n’est plus une discipline isolée, mais devient progressivement une composante essentielle d’un large éventail de professions, allant de l’ingénierie et des technologies à l’économie, au management et aux services.

Renouveler les méthodes de formation

L’IA ne transforme pas seulement les admissions et les programmes d’études ; elle modifie également les pratiques d’enseignement et d’apprentissage dans l’enseignement supérieur.

Selon le professeur Hoang Anh Tuan, recteur de l’Université des sciences sociales et humaines relevant de l’Université nationale du Vietnam à Hanoï, l’IA n’est plus seulement une technologie : elle est devenue un nouvel outil et un nouveau mode d’action qui influence profondément l’éducation et la formation à l’échelle mondiale.

D’après lui, l’IA ouvre de nombreuses perspectives en matière de personnalisation des apprentissages, de soutien à la recherche et de développement de la créativité des apprenants. Toutefois, ces opportunités s’accompagnent également de défis majeurs liés à l’éthique, à l’égalité d’accès aux technologies et surtout à la capacité de l’être humain à maîtriser l’IA plutôt qu’à en subir l’influence.

Aujourd’hui, l’IA n’est plus seulement une technologie ; elle est devenue un outil et une nouvelle méthode qui exerce une influence considérable sur l’éducation et la formation à l’échelle mondiale.

Le professeur Hoang Anh Tuan, recteur de l’Université des sciences sociales et humaines relevant de l’Université nationale de Hanoï

« Aujourd’hui, l’IA n’est plus seulement une technologie ; elle est devenue un outil et une nouvelle méthode qui exerce une influence considérable sur l’éducation et la formation à l’échelle mondiale », souligne-t-il.

Dans le même esprit, le docteur Nguyen Quang Huy, recteur de l’École des technologies de l’Université nationale d’économie, estime que l’IA apporte un soutien considérable aux enseignants comme aux étudiants dans l’enseignement, l’apprentissage et la recherche scientifique.

Pour les enseignants, les outils d’IA facilitent la préparation des cours, des plans pédagogiques et des évaluations. Ils aident également à rechercher des documents, à synthétiser des contenus et à normaliser les productions académiques.

Pour les étudiants, l’IA permet d’optimiser le temps d’étude, d’améliorer les révisions, d’aider à la réalisation des exercices, à la préparation des présentations et au perfectionnement des compétences linguistiques.

Le docteur Nguyen Quang Huy met toutefois en garde contre une dépendance excessive aux outils d’IA, qui pourrait affaiblir les capacités de réflexion autonome et la créativité fondamentale des apprenants. Cette situation oblige les établissements à repenser leurs approches pédagogiques, en passant d’une logique de transmission des connaissances à une démarche axée sur l’accompagnement, le développement de l’esprit critique et la vérification de l’information.

Selon le professeur Nguyen Tien Thao, directeur du département de l’enseignement supérieur au ministère de l’Éducation et de la Formation, l’IA, l’informatique et les domaines liés aux données numériques peuvent être abordés sous deux angles.

Le premier consiste à participer à la conception et au développement des technologies, c’est-à-dire à la recherche, à l’innovation et à la contribution directe aux nouveaux produits d’IA.

Le second consiste à appliquer l’IA dans les différents secteurs d’activité afin d’améliorer l’efficacité du travail, la productivité et la qualité des produits.

« Le développement de l’IA n’affecte pas uniquement le secteur des technologies de l’information ; il influence désormais tous les métiers à des degrés divers. L’exploitation efficace de cette technologie dépend avant tout de la compréhension et des compétences de chaque individu. Il n’est pas nécessaire d’étudier l’IA pour être capable de l’utiliser dans son activité professionnelle », souligne-t-il.

Les évolutions observées dans les admissions, les programmes de formation et les méthodes d’apprentissage montrent que l’IA provoque des transformations profondes au sein de l’enseignement supérieur. Dans un contexte où les technologies s’imposent dans tous les domaines de la vie quotidienne, les établissements ne doivent pas seulement créer de nouvelles filières. Ils doivent également doter les apprenants de capacités d’adaptation, d’un esprit créatif et de la maîtrise des outils technologiques. Ces compétences constitueront un facteur déterminant de la compétitivité des ressources humaines à l’ère numérique.

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