La reprise de la production, la progression des échanges commerciaux et la poursuite des investissements ont créé une base solide pour atteindre les objectifs de croissance fixés pour l’ensemble de l’année. Toutefois, les économistes estiment que, dans un contexte international marqué par de fortes incertitudes, le défi consiste désormais non seulement à maintenir ce rythme de croissance, mais aussi à en améliorer la qualité et à renforcer la résilience de l’économie.
Selon un rapport de l’Institut de l’économie vietnamienne et mondiale relevant de l’Académie des sciences sociales du Vietnam, les performances du premier semestre reflètent l’efficacité des politiques macroéconomiques ainsi que le redressement progressif des principaux moteurs de croissance. Le commerce extérieur est resté dynamique et plusieurs secteurs industriels ont retrouvé leur élan.
Les experts soulignent néanmoins que ces résultats ne doivent pas masquer les risques auxquels l’économie vietnamienne demeure confrontée. Les perspectives de l’économie mondiale restent incertaines et les prévisions de croissance publiées par les organisations internationales continuent de varier sensiblement, ce qui témoigne d’un environnement international encore instable.
Pour Phan Duc Hieu, membre de la Commission de l’économie et des finances de l’Assemblée nationale, ces divergences de prévisions montrent que les autorités doivent privilégier une gestion souple et réactive, fondée sur l’évolution réelle de la conjoncture. Selon lui, l’essentiel n’est pas d’adopter de nouvelles mesures, mais d’accélérer la mise en œuvre des résolutions et politiques déjà approuvées afin qu’elles produisent rapidement leurs effets sur les activités économiques et l’environnement des entreprises.
Les spécialistes estiment également que l’amélioration de la qualité de la croissance constitue désormais une priorité. Nguyen Tu Anh, directeur de la recherche en politiques publiques à l’Université VinUni, considère que les résultats obtenus au premier semestre sont encourageants, même si l’objectif d’une croissance à deux chiffres n’a pas encore été atteint. Selon lui, les objectifs ambitieux fixés par le gouvernement ont permis de mobiliser l’ensemble du système économique et de soutenir la dynamique de croissance.
Il observe par ailleurs un intérêt croissant des grands fonds d’investissement internationaux pour le marché vietnamien, signe que le Vietnam est de plus en plus perçu comme une destination attractive parmi les marchés émergents.
L’expert met toutefois en garde contre plusieurs défis structurels. Le secteur de l’électronique et de l’informatique connaît désormais un déficit commercial plus marqué en raison de sa forte dépendance aux composants, aux semi-conducteurs et aux matières premières importés. À mesure que la production s’accroît, les besoins d’importation de technologies augmentent également.
Par ailleurs, les investissements directs étrangers (IDE) présentent des niveaux de risque différents. Les investissements destinés aux activités exportatrices demeurent relativement protégés contre les fluctuations du taux de change, tandis que les flux de capitaux à plus court terme restent plus sensibles aux variations monétaires et à la confiance des investisseurs. Le maintien d’un taux de change stable apparaît donc comme un facteur essentiel pour préserver l’attractivité du Vietnam.
Les exportations affichent également des évolutions contrastées selon les secteurs. Les industries technologiques continuent d’enregistrer une forte progression, alors que des secteurs traditionnels tels que le textile-habillement ou la chaussure connaissent une croissance plus modérée. Cette situation s’explique notamment par la dépendance persistante des secteurs de haute technologie à l’égard des entreprises à capitaux étrangers, tandis que les entreprises vietnamiennes peinent encore à accroître leur taux d’intégration dans les chaînes de valeur.
Les experts attirent également l’attention sur les évolutions des politiques commerciales des principaux partenaires du Vietnam. Les nouvelles exigences de l’Union européenne en matière de développement durable, notamment le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, devraient avoir un impact croissant sur les exportations vietnamiennes au cours des prochains mois. Les entreprises sont ainsi appelées à anticiper ces évolutions afin de préserver leur compétitivité.
Face à ces défis, Nguyen Anh Duong, de l’Institut de recherche sur les politiques et les stratégies, recommande de suivre de près les évolutions des politiques commerciales internationales afin d’adapter les stratégies d’exportation. Il préconise également de soutenir davantage les secteurs traditionnels confrontés à une baisse des commandes et à une faible valeur ajoutée, tout en orientant les investissements vers des projets susceptibles de réduire la dépendance aux importations de matières premières.
Selon lui, la qualité des IDE constitue désormais un enjeu majeur. Les nouveaux investissements devraient être davantage orientés vers les secteurs à forte valeur ajoutée et favoriser une coopération plus étroite avec les entreprises vietnamiennes, plutôt que de se limiter aux seules activités d’exportation.
Les économistes estiment en outre que le développement d’un véritable écosystème de fournisseurs nationaux demeure indispensable. À l’heure actuelle, les liens entre les grands groupes à capitaux étrangers et les entreprises vietnamiennes restent insuffisants, limitant les retombées positives des IDE sur l’économie nationale. Le renforcement des capacités des entreprises locales, notamment des PME, leur permettrait de participer plus activement aux chaînes de valeur mondiales et d’améliorer durablement leur compétitivité.
Enfin, les spécialistes soulignent l’importance de préserver la stabilité macroéconomique afin de renforcer la résilience de l’économie. Le maintien de réserves de change suffisantes, la maîtrise des risques liés aux mouvements internationaux de capitaux et la préparation de scénarios d’intervention en cas de remontée des taux d’intérêt mondiaux figurent parmi les priorités pour les mois à venir.
Au-delà des performances enregistrées au premier semestre, le véritable défi pour le Vietnam sera donc de transformer cette croissance rapide en une croissance durable, fondée sur une meilleure qualité des investissements, une plus grande autonomie des entreprises nationales et une capacité accrue à résister aux chocs extérieurs. Pour les experts, c’est à cette condition que le pays pourra consolider durablement sa trajectoire de développement et atteindre ses objectifs économiques à moyen et long terme.