Après le fait que les deux pays ont porté leurs relations bilatérales au niveau du Partenariat stratégique intégral, cet évènement constitue une opportunité majeure pour approfondir les fondements culturels, intensifier les échanges populaires et consolider l’amitié indéfectible entre ces deux pays voisins au sein de la communauté de l’ASEAN.
Dans les relations internationales contemporaines, certaines visites se mesurent avant tout à l’aune des documents signés, des accords de coopération, des chiffres du commerce et de l’investissement, ou encore des engagements politiques. D’autres, en revanche, revêtent une portée bien plus profonde : elles ravivent la mémoire de l’amitié, renouvellent la confiance stratégique, élargissent les espaces de coopération et jettent les bases d’un avenir plus solidaire entre les peuples. À mon sens, la visite officielle en Thaïlande du Secrétaire général et Président Tô Lâm s'inscrit précisément dans cette seconde dimension.
Le Vietnam et la Thaïlande sont deux proches voisins partageant le même espace culturel d’Asie du Sud-Est, ainsi qu’une aspiration commune à la paix, à la stabilité, au développement et à la prospérité. Depuis près de cinquante ans et l'établissement de leurs relations diplomatiques, les liens entre les deux pays n'ont cessé de se consolider, de s’élargir et de s’approfondir, pour devenir l'une des relations les plus dynamiques et les plus efficaces au sein de l’ASEAN. En particulier, le Partenariat stratégique intégral établi en 2025 a marqué un jalon historique, reflétant le haut niveau de confiance politique mutuelle et la détermination partagée des dirigeants des deux pays à propulser la coopération bilatérale vers une phase plus profonde et plus substantielle.
Il convient de souligner que les relations entre le Vietnam et la Thaïlande ne reposent pas uniquement sur des intérêts stratégiques, mais qu'elles sont continuellement nourries par des flux culturels et des liens humains d'une grande résilience. Les deux peuples partagent une grande proximité dans leur mode de vie, leur conscience communautaire, leurs valeurs familiales, leur respect des traditions et leur ambition de développement. C’est cette convergence qui préserve la relation bilatérale de toute rigidité diplomatique, lui insufflant une chaleur humaine, une profondeur historique et un ancrage profond dans la vie sociale.
Je porte une attention toute particulière au rôle de la culture dans les relations Vietnam - Thaïlande. Si la politique fixe le cadre de la confiance et que l'économie crée des intérêts interdépendants, la culture, elle, constitue le socle profond qui pérennise cette relation. Elle permet aux deux peuples de se comprendre non seulement par la raison, mais aussi par le cœur ; non seulement à travers des documents officiels, mais à travers des récits, des souvenirs, des patrimoines, des festivals, de la gastronomie, du tourisme, de l’art et des rencontres du quotidien.
Au fil des ans, la coopération dans les domaines de la culture, de l’éducation, du tourisme et des échanges populaires s’est fortement intensifiée. Les deux pays comptent aujourd’hui une vingtaine de jumelages entre provinces et villes. De plus, la communauté des Vietnamiens de Thaïlande constitue un pont d'amitié essentiel. Enfin, les sites dédiés au Président Hô Chi Minh en Thaïlande revêtent une importance historique et affective majeure, contribuant à cultiver l'amitié traditionnelle entre les deux peuples. Bien plus que de simples repères historiques, ces sites sont des espaces culturels et diplomatiques uniques où la mémoire du Président Hô Chi Minh, le mouvement patriotique de la diaspora vietnamienne et l'affection du peuple thaïlandais pour le Vietnam sont préservés et transmis de génération en génération.
Sous cet angle, cette visite du Secrétaire général et Président Tô Lâm peut être considérée comme une occasion cruciale de porter la coopération culturelle, touristique et les échanges populaires vers de nouveaux horizons. Il ne s'agit plus seulement de multiplier les semaines culturelles, les spectacles artistiques ou les échanges de délégations, mais d'adopter une approche plus stratégique : ériger la culture en soft power de la relation bilatérale, faire du tourisme un vecteur de connexion des âmes, et transformer les échanges populaires en socle sociétal du Partenariat stratégique intégral.
Le Vietnam et la Thaïlande possèdent tous deux un rayonnement culturel exceptionnel. Le Vietnam se distingue par sa profondeur historique, ses patrimoines, son identité communautaire, sa culture villageoise, sa richesse gastronomique, ses villes créatives et ses récits nationaux inspirants. De son côté, la Thaïlande bénéficie d’une expertise remarquable dans le soft power (marquage touristique, promotion de la culture populaire, développement des industries créatives) ayant réussi à transformer son identité nationale en un pôle d’attractivité international. Les deux pays ont tout intérêt à s’inspirer mutuellement, à se compléter et à co-créer des produits culturels et touristiques communs au sein de l’espace de l’ASEAN.
« Il pourrait s’agir d’itinéraires touristiques reliant les patrimoines du Vietnam, de la Thaïlande et du Mékong ; de programmes d’échange pour les jeunes, les étudiants, les artistes et les créateurs ; ou encore de festivals du film, de la musique, de la gastronomie et du design. Cela engloberait également des projets de coopération entre musées, théâtres, universités et entreprises créatives, ainsi que des plateformes numériques dédiées à la promotion culturelle des deux pays. Enfin, citons les initiatives visant à initier plus profondément les voyageurs thaïlandais à la culture vietnamienne, et à inviter les Vietnamiens à découvrir la Thaïlande non plus comme une simple destination touristique, mais comme un espace culturel familier au sein de la maison commune de l’ASEAN.
Dans le contexte actuel, alors que le monde est le témoin d’une reconfiguration majeure des chaînes d'approvisionnement et d’une concurrence exacerbée en matière de technologies, d’énergie, de données et de capital humain, cette visite a pour but d’ouvrir de nouvelles perspectives dans les domaines du commerce, de l'investissement, de la logistique, de la connectivité des chaînes logistiques, de la transition numérique, de l'économie verte, de l'économie circulaire, des énergies renouvelables, de l'innovation et de la transformation industrielle. Il est toutefois primordial de percevoir le lien intrinsèque qui unit ces secteurs à la culture. En effet, il ne saurait y avoir de transition numérique réussie sans culture numérique ; pas d’économie verte pérenne sans une culture du respect de la nature ; pas d’innovation vigoureuse sans un écosystème culturel qui encourage l'audace, l’initiative et le droit à la différence ; et point de chaîne d'approvisionnement durable sans confiance, éthique des affaires et responsabilité sociale.
En d’autres termes, la culture ne se situe pas en marge de la coopération économique, elle se trouve au cœur même d'un nouveau modèle de développement. C’est elle qui confère une identité à l’économie, de la profondeur au tourisme, de l’inspiration à l’innovation, de l’attractivité à l’intégration et des fondations durables aux relations interétatiques. À l'heure où le Vietnam et la Thaïlande convergent vers la transition verte, la transformation numérique, le développement créatif et l’affirmation de leur statut au sein de l’ASEAN, la coopération culturelle doit impérativement être érigée en pilier stratégique, et non plus reléguée au rang de simple domaine subsidiaire.
Je considère que cette visite officielle en Thaïlande du Secrétaire général et Président Tô Lâm véhicule également un message de haute portée pour l’ASEAN. C’est le message d'un Vietnam qui attache une importance primordiale à son voisinage, à sa région, à la solidarité de l'ASEAN, et qui aspire constamment à bâtir, aux côtés de ses partenaires, une Asie du Sud-Est pacifique, résiliente, prospère et forte de son identité. Forts de leur positionnement, de leur potentiel et de leur rôle respectifs, le Vietnam et la Thaïlande sont à même de contribuer davantage à l’intégration intracommunautaire, à la coopération de la sous-région du Mékong, ainsi qu’à la connectivité des infrastructures, du tourisme, du commerce et des échanges humains à l'échelle régionale.
Dans les relations internationales, certains capitaux se mesurent en termes de flux financiers, de projets, de volumes commerciaux ou de nuitées touristiques. Il existe pourtant un autre capital, intangible, mais inestimable : celui de la confiance, de la compréhension mutuelle, de la sympathie et de l’amitié entre les peuples. Pour le Vietnam et la Thaïlande, ce précieux capital s’est accumulé au fil des décennies, nourri par les pages partagées de l'histoire, par la présence de la diaspora vietnamienne en Thaïlande, par les jumelages locaux, ainsi que par les voyages, les rencontres, les souvenirs culturels et les aspirations communes.
Dès lors, j'ose espérer que cette visite ne se contentera pas d'insuffler un nouvel élan à la coopération politique, économique, commerciale et d'investissement, mais qu'elle contribuera à élargir, approfondir et consolider la passerelle culturelle entre nos deux nations. Lorsque la culture se voit restituer sa juste place, la relation Vietnam - Thaïlande ne se renforce pas seulement par la convergence d’intérêts, elle s'enrichit par l'affect ; elle s’élargit non seulement par la coopération, elle s’ancre aussi profondément par la confiance ; et au-delà des sommets diplomatiques à atteindre, elle touche à la profondeur humaniste de l’amitié entre les deux peuples.
C’est là le fondement indispensable pour que le Partenariat stratégique intégral Vietnam - Thaïlande s'incruste concrètement dans la réalité : par des voies interconnectées, des chaînes d'approvisionnement élargies, des projets d’envergure déployés, des flux touristiques croisés, des programmes culturels rayonnants, des jeunes générations en parfaite symbiose, et surtout, par la conviction intime que deux peuples si proches par l'histoire, si semblables par la culture et si solidaires face à l'avenir, sauront œuvrer de concert pour une ASEAN unie, créative, humaniste et prospère. »